
Deux jours après le passage dévastateur de la tempête Alex en octobre 2020, Loetitia Loré, maire de Venanson, livre un témoignage poignant. Son village de 159 âmes, perché sur les hauteurs de la Vésubie, s'est retrouvé totalement coupé du monde, sans eau, sans électricité, ni communications. Elle raconte les heures d'angoisse, la peur et ce sentiment d'abandon qui l'a envahie. Mais au cœur de la catastrophe, elle décrit aussi la formidable chaîne de solidarité qui s'est immédiatement mise en place entre les habitants, une force essentielle pour affronter l'urgence et envisager la reconstruction.
Du papier à la catastrophe
Le jour où la tempête Alex frappe la vallée de la Vésubie, Loetitia Loré et ses adjoints travaillent ironiquement sur le Plan Communal de Sauvegarde, un document préfectoral de gestion de crise. Ils en sont encore à plaisanter de la section « inondation », tant le risque leur paraît improbable à Venanson. Quelques heures plus tard, la réalité dépasse la fiction. La maire se souvient de ses tentatives dérisoires pour dégager une grille d’évacuation avec ses baskets blanches, avant que l’eau ne déferle partout. La situation bascule rapidement : une habitante se retrouve isolée dans sa vacherie, les communications se coupent, et les premières nouvelles de routes et de ponts emportés par les flots commencent à arriver, semant l’angoisse.
« On est passé du papier à la réunion », raconte-t-elle, décrivant une montée en puissance de la crise qui la prend, comme tout le monde, par surprise.
Seule au monde
La nuit de la tempête et le réveil du samedi matin sont un choc. Loetitia Loré décrit la peur qui l’a saisie, pour sa famille comme pour ses 159 administrés, et ce sentiment d’abandon, l’impression d’être « un petit peu seul au monde ». Son rôle de maire prend alors tout son sens : rassurer, ne pas ajouter du stress au stress, et ne communiquer que des informations vérifiées. La découverte du paysage dévasté au lever du jour est une vision d’horreur, avec des « cratères » là où se trouvaient des maisons d’amis à Saint-Martin-Vésubie. Paradoxalement, de nombreux habitants du village, plus épargnés, ne réalisent pas immédiatement l’ampleur de la catastrophe qui vient de se jouer.
« J’appréhendais de regarder par le baus, comme on dit chez nous, et de voir l’ampleur, c’était horrible. »
La solidarité comme seule réponse
Privé de tout, Venanson est entièrement dépendant de Saint-Martin-Vésubie pour ses commerces, sa pharmacie ou son médecin. L’avenir paraît flou, mais face à l’isolement, une solidarité exemplaire se met en place. Spontanément, chacun met ses compétences au service de la communauté. Deux jeunes équipés d’une pelle et de tronçonneuses nettoient les accès, un habitant dégage une voie avec son tracteur, et les deux infirmiers du conseil municipal deviennent un pilier de l’organisation des secours. Un système de communication interne est même improvisé : pour rassembler tout le monde, la maire fait sonner les cloches de l’église.
« Chacun sait ce qu’il y a à faire au village pour faciliter la vie. Et ils le font. »
Les leçons de la crise
Cette épreuve a profondément marqué la maire et sa vision des choses. La principale leçon, martèle-t-elle, est l’importance cruciale de la communication. L’obtention d’un téléphone satellite a été un tournant, un outil précieux qui, s’il avait été disponible plus tôt, aurait pu apaiser le sentiment d’abandon. Elle observe aussi avec lucidité que les ouvrages anciens ont mieux résisté que les constructions récentes, une piste de réflexion pour l’avenir. Pour Loetitia Loré, il y a un avant et un après Alex. La crise a révélé la fragilité du territoire mais aussi l’incroyable résilience de sa communauté, désormais organisée pour faire face à une nouvelle vie.
« Le maître mot de la gestion de ces crises, c’est la communication. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Christian Estrosi, Éric Ciotti, Flora Zannikelli.
- Lieux : Venanson, Saint-Martin-Vésubie, vallée de la Vésubie, vallée de la Roya, Alpes-Maritimes.
- Organisations : Nice-Matin, Métropole Nice Côte d’Azur, Enedis.
- Événement : Tempête Alex.
- Document : Plan Communal de Sauvegarde (PCS).
Au fil de l’épisode
- L’ironie de travailler sur le plan de gestion de crise le matin même de la tempête.
- Les premiers signes de la montée des eaux et l’isolement d’une habitante dans sa ferme.
- La coupure des communications et l’arrivée des premières nouvelles alarmantes sur l’état des routes.
- Le sentiment de peur et d’abandon de la maire face à l’ampleur de la catastrophe.
- La découverte au lever du jour d’un paysage dévasté dans la vallée.
- Le décalage entre la gravité de la situation et la perception de certains habitants, plus épargnés.
- La dépendance logistique de Venanson, village sans commerces ni services médicaux.
- La formidable solidarité qui s’organise spontanément entre les villageois.
- Le rôle essentiel des deux infirmiers membres du conseil municipal.
- L’appel aux résidents secondaires à ne pas monter au village pour préserver les ressources.
- La leçon principale tirée de la crise : l’importance vitale de la communication.
- La réflexion sur la meilleure résistance des constructions anciennes face aux flots.
- La mise en place d’un système d’alerte local en faisant sonner les cloches de l’église.
- Le constat qu’il y aura un avant et un après la tempête Alex pour le village.
FAQ
Qui est Loetitia Loré ?
Loetitia Loré est la maire de Venanson, un petit village de la vallée de la Vésubie, dans les Alpes-Maritimes. Dans cet épisode, enregistré deux jours après la catastrophe, elle témoigne de son expérience en première ligne lors du passage de la tempête Alex en octobre 2020, qui a totalement isolé sa commune de 159 habitants.
Qu’est-ce que la tempête Alex a provoqué à Venanson ?
La tempête a principalement détruit la route reliant Venanson au reste de la vallée, coupant le village du monde. Elle a entraîné des pannes d’eau et d’électricité et isolé plusieurs habitants dans des quartiers périphériques. Si les dégâts matériels sur la commune ont été moins spectaculaires qu’à Saint-Martin-Vésubie, l’isolement total a constitué le défi majeur pour la population.
Comment les habitants de Venanson se sont-ils organisés ?
Face à l’isolement, les habitants ont fait preuve d’une grande solidarité. Ceux qui possédaient des compétences utiles, comme la conduite d’engins ou des connaissances médicales, se sont immédiatement mobilisés. La maire a mis en place un système de communication original en utilisant les cloches de l’église pour rassembler la population et diffuser les informations importantes.
Quelle a été la plus grande difficulté pour la maire pendant la crise ?
Au-delà de la gestion logistique, Loetitia Loré évoque un profond sentiment d’abandon et d’isolement, exacerbé par la coupure totale des moyens de communication. Ne pas pouvoir contacter les secours ou recevoir des informations de l’extérieur a été l’une des épreuves les plus difficiles, générant une forte angoisse et l’impression d’être seule au monde.
Quelle est la principale leçon tirée de cette catastrophe ?
Pour Loetitia Loré, la leçon essentielle est l’importance capitale de la communication en gestion de crise. Elle est convaincue que disposer d’un moyen de communication fiable, comme un téléphone satellite, dès le début des événements aurait permis de mieux gérer la situation, de rassurer la population et d’éviter le sentiment d’abandon.
Episode final: « Cela fait partie des entretiens les plus émouvants émotionnellement »
5 Nov
#30 – « Les échanges avec les sinistrés sont toujours des moments très forts » – Xavier Pelletier, préfet délégué à la reconstruction des vallées
22 Oct
#29 – « Ma plus grande joie, c’est de voir mes administrés vivants » – Ivan Mottet, maire de Saint-Martin Vésubie
1 Oct
#28 – « Ce qu’il s’est passé, c’est surréaliste, qui plus est dans les premiers mois d’un mandat » – Sébastien Olharan, maire de Breil-sur-Roya
24 Sep
#27 – “Cette tempête a scellé dans le marbre les rapports avec les habitants” – Loetitia Loré, maire de Venanson
17 Sep
#26 – » Je suis encore dans la plaie ouverte » – Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende
10 Sep
#25 – “Il a fallu reconstruire, relancer, repartir de l’avant” – Sabine Soldati, agricultrice à Breil-sur-Roya
27 Août
#24 – « Il faut revenir à l’humain » – Éric Gilli, conservateur bénévole au Musée du patrimoine du haut pays de Saint-Martin-Vésubie
14 Août
#23 – « On n’a pas peur de l’eau, on a peur de la pluie » – Dominique Monge, Breil-sur-Roya
31 Juil
#22 – « On doit repartir de l’avant » – Hélène Martin, les potagers de la Vésubie
16 Juil
#21 – “Faire table rase pour construire quelque chose de mieux” – Charles Claudo, association Remontons La Roya
2 Juil
#20 – « On a besoin que les gens reviennent chez nous » – Nicolas Feraud et Pierre Fiorucci, vallée de la Vésubie
18 Juin
Transformation numérique & Tech
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