
Dans Ils font Marseille, l'humoriste Patrick Bosso, figure de plusieurs générations de Marseillais, et Julien Vinh, ancien ingénieur devenu l'un des visages de la nouvelle scène locale, se retrouvent pour la première fois côte à côte dans le fauteuil de l'émission. L'accent qui ouvre des portes et en ferme d'autres, la montée à Paris, la télévision qui faisait une carrière en un samedi soir, Instagram qui remplit aujourd'hui les salles : deux parcours qui disent comment l'humour marseillais a changé.
L’accent, une signature et un plafond de verre
Dans cet épisode d’Ils font Marseille, deux humoristes marseillais de générations différentes partagent le même canapé : Patrick Bosso, qui revendique une dizaine de spectacles et environ 1 600 représentations, et Julien Vinh, qui fait du stand-up depuis quatre ans et demi. À la question de savoir s’ils « font Marseille », Patrick Bosso répond qu’il « est » Marseille, comme tous les Marseillais. Il raconte n’avoir écrit qu’un seul spectacle consacré à la ville, les autres parlant de sa famille et de sa vie, ce qui lui a permis de jouer en Belgique, en Suisse et jusqu’à New York et Miami ; selon lui, ce n’est même pas à Marseille qu’il vendait le plus de billets, mais dans le Sud-Ouest et en Bretagne, chacun se reconnaissant dans la grand-mère de ses sketches. Il garde le souvenir amer des émissions de télévision où on l’annonçait toujours comme « le Marseillais », jusqu’à lui installer un terrain de pétanque quand d’autres invités avaient un piano. Julien Vinh dit être fier que des spectateurs, hors de Marseille, viennent le remercier pour l’accent, tout en reconnaissant que rester « Marseille-Marseille » peut poser un plafond de verre. Son spectacle, explique-t-il, ne parle pas de la ville mais de sa vie, de son passage d’ingénieur à humoriste, de ses parents et de son éducation. Les deux s’accordent sur un point : l’accent fait rire deux minutes, il ne suffit pas, et le public rit d’abord aux blagues.
Patrick Bosso observe pourtant que les jeunes humoristes des comedy clubs marseillais parlent beaucoup de leur ville sur scène, comme si elle était une personne.
De Pigalle à la télévision : le parcours de Patrick Bosso
Patrick Bosso raconte qu’il n’avait pas de vocation. Employé de mairie à Marseille, il obtient une mutation à Paris sur le conseil de son cousin, puis travaille la nuit dans un cabaret de Pigalle, où un ami marseillais l’a fait embaucher, avant de courir l’après-midi à ses cours de théâtre. Il dit être arrivé à la télévision avec une nouvelle génération d’humoristes, mais avec dix ans de plus que la plupart d’entre eux. Il évoque l’aide de son ami Eric Cantona et de son frère à ses débuts, le refus de l’ancien patron d’un café-théâtre de Marseille qui le trouvait « trop marseillais », et la soirée où son sketch du supporter, joué chez Drucker, a tout changé : le lundi suivant, les réservations explosaient. Il décrit aussi les cafés-théâtres de son époque, où l’on se présentait avec un spectacle entier, sans producteur. Au cinéma, il dit avoir souvent refusé des rôles et raconte avoir dû choisir entre deux tournages au même moment : il a tenu parole pour Les Collègues, renonçant aux Enfants du Marais. Il conclut que rien ne vaut, pour lui, le moment où la lumière s’éteint et où le rideau s’ouvre.
Il raconte aussi la journée où une cliente l’a rabroué dans un magasin parce qu’il n’était pas « rigolo » : son père était mort la veille.
Julien Vinh, la scène et la nécessité des réseaux
Julien Vinh explique que, pour lui, le rêve reste la scène et les grandes salles, mais qu’il faut aujourd’hui publier des vidéos sur Instagram pour les remplir : il a commencé les vidéos deux ans après ses débuts en stand-up, une fois qu’il avait un spectacle à vendre. Il y prend goût, parle d’un « délire de communauté » avec des abonnés qui connaissent sa vie et l’arrêtent dans la rue, et reconnaît avoir aussi ses détracteurs. Patrick Bosso, dont le compte Instagram a été ouvert à l’initiative de son agent, s’interroge sur ces humoristes qui filment tout et sur la perte de mystère, et raconte qu’à son époque une émission pouvait réunir huit millions de téléspectateurs. Les deux reviennent sur l’idée que le succès apparent prend des années : Julien Vinh cite la formule selon laquelle il faut dix ans pour devenir connu du jour au lendemain, et prend l’exemple du rappeur Jul, longtemps moqué avant d’être aimé de tous.
En fin d’émission, ils évoquent l’idée de se retrouver sur scène ensemble, et proposent comme futurs invités un joueur de boules et Jul.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Eric Cantona : footballeur, ami de Patrick Bosso, qui l’a aidé au début de sa carrière.
- Les Collègues : film tourné l’été à Marseille, dans lequel Patrick Bosso a joué.
- Les Enfants du Marais : film pour lequel Patrick Bosso avait été retenu dans un rôle de boxeur, avant de renoncer.
- Jul : rappeur marseillais cité comme exemple d’un artiste d’abord moqué puis adopté.
- Olympia : salle parisienne que Patrick Bosso décrit comme l’aboutissement d’une tournée.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : deux humoristes dans le fauteuil d’Ils font Marseille
- 00:01:04 : « Moi je ne fais pas Marseille, je suis Marseille »
- 00:03:53 : un seul spectacle sur Marseille et 1 600 représentations
- 00:05:04 : la télévision et l’étiquette du Marseillais
- 00:07:55 : un spectacle devant deux cents fêtards déguisés
- 00:10:35 : l’accent ne suffit pas à faire rire
- 00:12:22 : pas de vocation, de la mairie de Marseille à Paris
- 00:16:52 : les nuits à Pigalle et les cours de théâtre
- 00:18:07 : l’aide d’Eric Cantona
- 00:19:26 : le quartier, école de l’humour
- 00:22:31 : Julien Vinh, d’ingénieur à humoriste
- 00:25:00 : refusé à Marseille, il fallait monter à Paris
- 00:26:34 : le sketch du supporter qui change tout
- 00:28:15 : dix ans pour être connu du jour au lendemain
- 00:30:05 : les cafés-théâtres, sans producteur
- 00:31:44 : Instagram, passage obligé pour remplir les salles
- 00:38:21 : le « délire de communauté » avec les abonnés
- 00:41:51 : le cinéma refusé et le bonheur de la scène
- 00:46:37 : choisir entre Les Collègues et Les Enfants du Marais
- 00:55:01 : l’Olympia, un aboutissement
- 00:57:00 : aimés puis rejetés, l’exemple de Jul
- 01:01:30 : ce que le public retient d’une seule rencontre
- 01:03:07 : les invités qu’ils proposent pour l’émission
FAQ
Qui sont Patrick Bosso et Julien Vinh ?
Ce sont deux humoristes marseillais de générations différentes. Patrick Bosso a joué une dizaine de spectacles, environ 1 600 fois selon lui, après des débuts à Paris dans les années 90. Julien Vinh, ancien ingénieur aux cheveux bleus, fait du stand-up depuis quatre ans et demi et s’est fait connaître par ses vidéos.
L’accent marseillais aide-t-il un humoriste ?
Pour Patrick Bosso, il l’a vite fait identifier mais l’a aussi enfermé dans le rôle du « Marseillais » à la télévision. Julien Vinh y voit une fierté et un possible plafond de verre. Les deux estiment que l’accent ne fait rire que deux minutes : ce sont les blagues et l’écriture qui tiennent un spectacle.
Comment Patrick Bosso est-il devenu humoriste ?
Il raconte qu’il n’avait pas de vocation. Employé de mairie à Marseille, il a obtenu une mutation à Paris, travaillé de nuit dans un cabaret de Pigalle et suivi des cours de théâtre. Ses débuts ont été aidés par Eric Cantona, et son sketch du supporter chez Drucker a fait décoller sa carrière.
Pourquoi les jeunes humoristes publient-ils autant sur Instagram ?
Selon Julien Vinh, les vidéos sont devenues le moyen de faire connaître un spectacle et de remplir les salles, alors qu’à l’époque de Patrick Bosso une émission de télévision suffisait. Il dit y prendre plaisir et apprécier la proximité avec ses abonnés, mais le but reste la scène.
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