
Éric Akopian a cofondé à Marseille l'association Clean My Calanques en 2017, après avoir vu les déchets envahir les calanques où il courait pendant son service chez les chasseurs alpins. Neuf ans plus tard, des centaines de bénévoles le suivent et les écoles le réclament. Dans Ils font Marseille, il répond sans détour à la question qu'on lui pose partout : la ville est-elle toujours aussi sale ? Sa réponse tient en un mot, « multifactoriel », et il explique pourquoi les mentalités changent plus vite que les trottoirs.
Des footings dans les calanques au premier ramassage
Dans le podcast Ils font Marseille, Éric Akopian, cofondateur de l’association Clean My Calanques, revient sur neuf années de ramassages de déchets à Marseille et répond à une question simple : la ville est-elle toujours aussi sale ? Né à Marseille, il a vécu en Arménie, au Canada et en Tunisie avant de s’y réinstaller à 10 ans. Il se souvient du choc devant la saleté, et de la phrase qu’il entend depuis : « c’est Marseille, c’est comme ça ». Engagé à 18 ans chez les chasseurs alpins, qu’il présente comme les troupes de montagne de l’armée française, il est basé à Chambéry et s’entraîne en dénivelé dans les Alpes et les Pyrénées. De retour à Marseille, ses footings entre Morgiou et Sormiou lui montrent que les déchets, ramenés par le vent, les intempéries et les vagues, atteignent les coins les plus reculés des calanques. En avril 2017, il organise avec des amis la randonnée qu’ils font depuis l’enfance, baignade, musique et pique-nique compris, avec simplement « une paire de gants et un sac » en plus. Ils sont sept.
Une ou deux semaines plus tard, les déchets sont revenus. Plutôt que de jouer « les pigeons de service », la bande décide de ramasser pour mieux sensibiliser en amont : dès la fin de 2017, l’association intervient dans les écoles.
Ramasser, sensibiliser, communiquer
Éric Akopian décrit trois axes placés « au même niveau » : le ramassage, la sensibilisation et la communication. Avec sa meilleure amie, cofondatrice de l’association et professionnelle de la communication, il mise tout de suite sur les réseaux sociaux : reprises de rap aux paroles écologistes, vidéos avec des influenceurs et des artistes marseillais, passages sur scène entre deux concerts dans les festivals, devant 15 000 personnes, et des verres remplis de mégots échangés contre une boisson. Pendant six ans, rien ne rentre dans les caisses : il raconte que l’administration les a appelés en soupçonnant une fraude, tant leurs dépenses annuelles étaient faibles, autour de 2 000 euros selon lui. Il a tenu grâce à un appartement acheté à 19 ans avec ses économies de militaire et mis en location, puis grâce à des petits boulots pendant ses trois années de STAPS et à son métier de coach sportif. Les ateliers dans les écoles, gratuits pendant huit ans, sont désormais facturés 100 euros : Marseille compte 400 écoles et les demandes affluent.
Cette visibilité sert aussi à peser face aux institutions. L’association tient à son indépendance : elle a refusé de porter la flamme olympique « parce que c’était Coca derrière » et se méfie des subventions qui exposent à la récupération politique.
Pourquoi Marseille reste sale
Les enfants sensibilisés en 2017 sont devenus des adolescents qui jettent moins, constate Éric Akopian, et les supporters de l’OM comme les festivals sollicitent désormais l’association. Mais la saleté, insiste-t-il, est « multifactorielle » : incivisme, surconsommation de plastique, gestion des déchets mal assurée pendant des décennies, intempéries, explosion du tourisme, manque de sanctions. Il plaide pour des amendes, estime que Marseille a « 20-30 ans de retard » et reconnaît que les agents de la Métropole et de la Ville travaillent à le rattraper. Interrogé sur les soupçons de corruption autour des déchets, il dit poser la question frontalement aux experts sans obtenir de réponse claire, et ne pas pouvoir trancher. Il refuse aussi l’étiquette « écolo », qui selon lui divise : ne pas jeter par terre, « c’est du civisme ».
Pour durer, il garde le sport, les compétitions de MMA et, depuis septembre, des formations au stand-up, son rêve d’enfant, pour faire passer des messages par l’humour.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Clean My Calanques : association marseillaise de ramassage et de sensibilisation, née en 2017.
- Chasseurs alpins : troupes de montagne de l’armée française, où Éric Akopian s’est engagé à 18 ans.
- Calanques de Sormiou et de Morgiou : terrain de ses footings et du premier ramassage.
- Clean My Nature : association que Clean My Calanques a aidée à se lancer.
- La Provence : quotidien dont une journaliste a défendu l’association après le refus de la flamme olympique.
- Gabrielle Giraud : humoriste marseillaise qu’il recommande d’inviter, auteure d’un sketch sur un ramassage au cours Julien.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : la propreté de Marseille, sujet de l’épisode
- 00:00:49 : le quotidien d’un chasseur alpin
- 00:02:55 : une enfance entre Marseille, l’Arménie, le Canada et la Tunisie
- 00:05:33 : les footings dans les calanques et le déclic
- 00:06:23 : le premier ramassage entre amis en 2017
- 00:07:33 : des déchets qui reviennent et le choix de sensibiliser
- 00:10:53 : les réseaux sociaux et les premières interventions dans les écoles
- 00:13:05 : six années sans argent
- 00:15:41 : un appartement acheté à 19 ans pour tenir
- 00:18:12 : l’éco-anxiété, le burn-out militant et l’engagement comme un marathon
- 00:20:22 : le plaisir des grands ramassages
- 00:23:49 : garder le nom Clean My Calanques, même en ville
- 00:24:31 : une saleté multifactorielle
- 00:26:03 : le MMA et le rêve du stand-up
- 00:28:51 : parodies, influenceurs et communication
- 00:31:27 : ramassage, sensibilisation et communication, les trois axes
- 00:33:05 : la récupération politique
- 00:34:30 : le refus de porter la flamme olympique
- 00:36:42 : les dons et l’anecdote du soupçon de fraude
- 00:38:33 : aider d’autres associations à se lancer
- 00:39:36 : le départ de la cofondatrice
- 00:43:24 : la question de la corruption
- 00:46:03 : des ateliers scolaires devenus payants
- 00:48:09 : Marseille est-elle plus propre qu’en 2017 ?
- 00:51:07 : le refus de l’étiquette écolo
- 00:53:46 : l’œil qui scanne les mégots à la plage
- 00:55:15 : une humoriste marseillaise à inviter
FAQ
Qui est Éric Akopian ?
Éric Akopian est le cofondateur de l’association marseillaise Clean My Calanques. Né à Marseille, il a été chasseur alpin dans l’armée, a suivi trois ans de STAPS, travaille comme coach sportif et pratique le MMA en compétition. Depuis septembre, il se forme au stand-up, qu’il voit comme un moyen de faire passer des messages sur l’environnement et sur sa ville.
Qu’est-ce que Clean My Calanques ?
Clean My Calanques est une association créée à Marseille en 2017 après un premier ramassage de déchets entre sept amis dans les calanques. Elle organise des ramassages festifs qui réunissent jusqu’à plusieurs centaines de bénévoles, intervient dans les écoles et les festivals et communique beaucoup sur les réseaux sociaux. Elle agit aussi en ville, car les déchets des rues finissent dans la mer.
Pourquoi Marseille est-elle encore sale selon Clean My Calanques ?
Pour Éric Akopian, la saleté de Marseille a plusieurs causes mêlées : l’incivisme, la surconsommation de plastique, une gestion des déchets mal assurée pendant des décennies, les intempéries, l’afflux touristique des dernières années et le manque de sanctions. Les mentalités évoluent, surtout chez les jeunes, mais il estime que la ville a encore vingt à trente ans de retard.
Comment Clean My Calanques se finance-t-elle ?
Pendant six ans, l’association a fonctionné sans argent, grâce au bénévolat de ses fondateurs et à l’aide de commerçants marseillais. Elle vit aujourd’hui surtout des dons, des adhésions, d’un système de participation des entreprises et d’un peu de subventions. Ses ateliers scolaires, longtemps gratuits, coûtent désormais 100 euros.
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