
Dans Ils font Marseille, Manuel Bompard, député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône et coordinateur national de La France insoumise, raconte comment un docteur en mathématiques appliquées, passé par une start-up d'intelligence artificielle, est devenu le directeur des campagnes présidentielles de Jean-Luc Mélenchon. Installé à Marseille, il donne sa lecture des dernières municipales, du logement dans le centre-ville et de la présidentielle à venir, et répond aux questions d'un animateur chef d'entreprise sur l'IA, l'antisémitisme et la fiscalité.
De l’aile d’avion à l’intelligence artificielle
Dans Ils font Marseille, Manuel Bompard, député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône et coordinateur national de La France insoumise, revient sur un parcours peu courant à l’Assemblée nationale. Né en 1986 dans la Loire, élevé dans la Drôme, il fait une école d’ingénieur à Grenoble en mathématiques appliquées et en informatique, puis un doctorat consacré à l’optimisation aérodynamique de la forme des ailes d’avion, et un post-doctorat à Toulouse. Il rejoint ensuite une petite entreprise d’intelligence artificielle, où il travaille jusqu’à son élection au Parlement européen en 2019. Interrogé sur l’IA, il refuse l’alternative entre enthousiasme et peur : utile pour détecter des maladies sur des images médicales, elle doit selon lui être encadrée face aux deep fakes ou au pilotage des travailleurs dans les entrepôts logistiques. Il plaide pour une IA française souveraine, avec des clouds et des données hébergés sur des infrastructures nationales, et pour orienter l’épargne des Français vers les start-up afin qu’elles ne passent pas sous contrôle étranger.
Sur l’emploi, il estime que remplacer par des machines les tâches les plus pénibles ou dangereuses, comme l’entretien des centrales nucléaires, libère du temps, mais il se montre plus réservé quand l’IA touche à la création culturelle, puisqu’elle « reproduit » selon lui ce qui a été créé.
Vingt ans aux côtés de Jean-Luc Mélenchon
Manuel Bompard situe son déclic politique dans ses années d’école d’ingénieur, avec la mobilisation contre le contrat première embauche puis la campagne du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Après la présidentielle de 2007, la lecture d’un livre de Jean-Luc Mélenchon le convainc ; il rejoint le Parti de gauche dès sa création fin 2008 et entre à sa direction en 2010. Il dit avoir beaucoup appris de François Delapierre, directeur de campagne en 2012, avant de diriger lui-même la campagne des européennes de 2014, puis les campagnes présidentielles de 2017 et 2022. Il décrit une relation d’apprentissage devenue une confiance réciproque, au sein d’une équipe qui a fait émerger, selon lui, une nouvelle génération de responsables.
Installé à Marseille depuis cinq ou six ans, il dit s’y sentir marseillais. Élu député au second tour en 2022, puis au premier tour en 2024, il partage sa semaine entre l’Assemblée nationale et sa circonscription, et reconnaît la frustration du député d’opposition.
Marseille, du logement indigne aux municipales
Sa circonscription couvre les 1er, 2e et 3e arrondissements de Marseille et une petite partie des 5e et 6e, du Panier à la Joliette en passant par la Plaine et l’essentiel du Vieux-Port. Il y décrit une situation sociale dure, mais beaucoup de débrouille et de solidarité. Selon lui, la première demande qu’il reçoit concerne le logement : 50 000 personnes attendent un logement social à Marseille, même les ménages reconnus prioritaires au titre du droit au logement opposable attendent plusieurs années, ce qui nourrit un marché de marchands de sommeil. Il cite aussi le manque de transports accessibles aux personnes handicapées et des cantines si petites que certains enfants n’ont que quinze minutes pour manger. Sur les municipales, il regrette une campagne réduite à un choix pour ou contre l’extrême droite, au détriment d’un débat sur le bilan de la majorité sortante, dont il juge que l’espoir de changement a été largement déçu. Il dénonce le clientélisme et cite le tunnel Prado-Carénage comme exemple de concession défavorable aux usagers.
Il défend la campagne de La France insoumise, qui présentait pour la première fois ses propres listes dans tous les secteurs, et le retrait de sa liste au second tour pour faire barrage au Rassemblement national, au prix d’aucun élu au conseil municipal et de 12 élus dans les conseils d’arrondissement.
Présidentielle, antisémitisme et entreprises
À moins d’un an de la présidentielle, Manuel Bompard affirme qu’un chemin existe pour son camp, en évoquant la pauvreté, la canicule et la crise écologique, et dit souhaiter une campagne de fond. Il énumère plusieurs propositions de son mouvement : hausse du SMIC, planification écologique, passage à une 6e République. Interrogé sur les accusations d’antisémitisme visant La France insoumise, il les juge selon ses mots instrumentalisées en raison des positions de son mouvement sur Gaza, tout en affirmant que l’antisémitisme existe en France et doit être combattu comme tous les racismes, et que les Français juifs ne sont pas responsables de la politique du gouvernement israélien.
Face à l’animateur, lui-même chef d’entreprise, il défend les cotisations sociales et propose un impôt sur les sociétés progressif, un pôle public bancaire, des tarifs réglementés de l’électricité et une priorité aux entreprises locales dans les marchés publics.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La France insoumise : mouvement dont Manuel Bompard est coordinateur national.
- Parti de gauche : parti créé par Jean-Luc Mélenchon fin 2008, que Manuel Bompard rejoint dès sa fondation.
- François Delapierre : directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2012, qui l’a formé.
- Contrat première embauche : projet contre lequel il s’est mobilisé étudiant.
- Référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen : campagne qui a éveillé son engagement.
- Tunnel Prado-Carénage : concession marseillaise qu’il dénonce.
- Droit au logement opposable : dispositif dont les bénéficiaires attendent selon lui plusieurs années.
- Crédit d’impôt recherche : aide qu’il juge captée par de grands groupes.
- Secours populaire : association dont il suggère d’inviter la présidente.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de Manuel Bompard, député et coordinateur national de La France insoumise
- 00:02:17 : son arrivée à Marseille et le périmètre de sa circonscription
- 00:04:11 : école d’ingénieur, thèse sur les ailes d’avion et start-up d’intelligence artificielle
- 00:06:48 : sa vision de l’IA, entre usages utiles, régulation et souveraineté
- 00:12:22 : l’IA et le travail, remplacer les tâches pénibles
- 00:15:29 : le déclic politique, du contrat première embauche au référendum de 2005
- 00:17:52 : le Parti de gauche, François Delapierre et les campagnes présidentielles
- 00:22:24 : la frustration et le rôle du député d’opposition
- 00:23:32 : son regard sur les élections municipales à Marseille
- 00:30:47 : logement social, marchands de sommeil, transports et cantines
- 00:33:59 : la progression du Rassemblement national
- 00:38:13 : la campagne municipale de La France insoumise et le retrait au second tour
- 00:41:26 : la présidentielle et les propositions de son mouvement
- 00:49:16 : la question de l’antisémitisme
- 00:55:46 : entrepreneurs, cotisations sociales et fiscalité des entreprises
- 01:08:09 : les personnes qu’il suggère d’inviter dans l’émission
FAQ
Quel est le parcours de Manuel Bompard avant la politique ?
Ingénieur en mathématiques appliquées et en informatique formé à Grenoble, Manuel Bompard a soutenu une thèse sur l’optimisation aérodynamique des ailes d’avion, puis fait un post-doctorat à Toulouse. Il a ensuite travaillé dans une petite entreprise d’intelligence artificielle jusqu’en 2019, année de son élection au Parlement européen, avant de devenir député en 2022.
Quelle est la position de Manuel Bompard sur l’intelligence artificielle ?
Il défend une position qu’il dit modérée : développer les usages utiles, comme la détection de maladies sur des images médicales, et encadrer les usages dangereux, comme les deep fakes ou le pilotage des travailleurs. Il plaide pour une IA française souveraine et pour orienter l’épargne nationale vers les start-up afin qu’elles restent sous contrôle français.
Quels quartiers de Marseille couvre la circonscription de Manuel Bompard ?
Selon lui, la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône couvre les 1er, 2e et 3e arrondissements de Marseille et une petite partie des 5e et 6e autour de la Plaine. Elle comprend notamment le Panier, la Joliette et l’essentiel du Vieux-Port. Il y décrit une situation sociale difficile mais beaucoup de solidarité.
Quel est selon lui le principal problème de Marseille ?
Manuel Bompard place le logement en tête : 50 000 personnes attendraient un logement social à Marseille, avec plusieurs années d’attente même pour les ménages prioritaires, ce qui alimente selon lui un marché de logements indignes. Il cite aussi les transports, l’accessibilité pour les personnes handicapées et l’état des cantines scolaires.
Pourquoi La France insoumise s’est-elle retirée au second tour des municipales à Marseille ?
D’après Manuel Bompard, la liste s’est retirée pour empêcher le Rassemblement national de remporter la ville, une décision qu’il qualifie de responsable mais coûteuse : le mouvement n’a aucun élu au conseil municipal et compte 12 élus dans les conseils d’arrondissement. C’était la première fois qu’il présentait ses propres listes à Marseille.
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