
Romane Bohringer, actrice et réalisatrice, était l'invitée d'honneur de la 27e édition du Festival international Music & Cinema Marseille, où elle a présenté Dites-lui que je l'aime et L'Amour flou. Au micro de Vicky Moreau, elle raconte comment le livre de Clémentine Autain l'a menée à enquêter sur sa propre mère. Elle parle d'un film entre documentaire et fiction, d'un montage traversé de doutes, du courage que donne la réalisation et d'une musique pensée comme une mémoire.
Un livre qui parlait à sa place
Dans ce numéro d’Interlude, le podcast du Festival international Music & Cinema Marseille (MCM), Vicky Moreau reçoit à Marseille, face à Notre-Dame-de-la-Garde, l’actrice et réalisatrice Romane Bohringer, invitée d’honneur de la 27e édition. Elle y présentait Dites-lui que je l’aime (2025), adaptation libre du livre de Clémentine Autain, et L’Amour flou, coréalisé avec Philippe Rebbot en 2018. Romane Bohringer raconte avoir lu le livre en une heure, sur une plage de Guadeloupe où elle tournait comme actrice : dès la troisième phrase, elle a eu le sentiment que l’autrice employait les mots qu’elle aurait choisis si elle avait su écrire. Elle a appelé ses producteurs dans les minutes qui ont suivi. Elle rêvait alors d’une fiction, soulagée de ne pas passer par sa propre histoire. Mais ses producteurs et son coscénariste l’ont poussée plus loin : « le vrai film se cache quelque part ». Le scénario a fini par croiser son histoire et celle de Clémentine Autain, deux enfances marquées par l’absence maternelle. D’où une forme hybride : archives, fiction pour les souvenirs de l’autrice, forme plus subjective pour les siens, enquête et aventure romanesque confiée à son fils. Elle dit avoir suivi son « intime conviction » malgré les lecteurs décontenancés par ce mélange des genres, par amour d’un cinéma « ludique et libertaire ».
Elle tenait à ce que les deux récits aient une part égale : « Être deux, c’est être une multitude ». Ce n’est qu’après la naissance de son premier enfant, raconte-t-elle, que sa mère s’est mise à lui manquer ; elle estime avoir mis seize ans à mûrir ce film.
Le doute, le montage et le courage
Le tournage fut selon elle « exceptionnel de bonheur », le montage beaucoup plus difficile : la forme multipliait les façons de se perdre, et elle évoque des heures sombres avec sa monteuse, avec l’impression d’avoir échoué. Ce qui l’a fait tenir : le travail, la patience et l’engagement envers ceux qui ont produit le film. Très pudique et timide, elle décrit une forme de dissociation : face au matériau, ce n’est plus elle qu’elle traite, elle est la réalisatrice qui doit « amener le navire à son port ». L’écriture a été la phase la plus éprouvante, après trente ans à éviter les souvenirs ; faire un film lui a donné « un courage » qu’elle n’avait pas eu dans la vie. Pour la musique, signée par deux jeunes compositeurs avec qui elle travaillait au théâtre, elle voulait une matière organique, liée à la mémoire et aux fantômes, plus violoncelle que piano, capable d’accompagner des témoignages sans les écraser. Elle évalue à une cinquantaine de minutes la musique d’un film d’une heure et demie, souvent sans qu’on s’en rende compte.
Pour la première fois, dit-elle, la musique était prête en même temps que le film. Et la bande originale de son enfance serait « Mistral gagnant » de Renaud, pour la relation d’un père avec sa petite fille.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Dites-lui que je l’aime : film de Romane Bohringer (2025), adapté du livre de Clémentine Autain, présenté en séance spéciale à Cannes.
- L’Amour flou : premier film de Romane Bohringer, coréalisé avec Philippe Rebbot en 2018, inspiré de leur séparation.
- Clémentine Autain : autrice du livre adapté, qui a elle aussi perdu sa mère jeune.
- Les Nuits fauves : film de Cyril Collard qui a valu à Romane Bohringer le César du meilleur espoir féminin en 1992.
- Mistral gagnant : chanson de Renaud, bande originale de son enfance.
Au fil de l’épisode
- 00:00:53 : le parcours de Romane Bohringer, de la scène à la réalisation
- 00:02:27 : la musique de son enfance
- 00:02:59 : la lecture du livre de Clémentine Autain
- 00:04:59 : d’un projet de fiction à son histoire personnelle
- 00:06:22 : une forme entre archives, fiction et enquête
- 00:09:31 : douter pendant le montage
- 00:11:35 : se montrer à l’écran malgré la pudeur
- 00:13:21 : puiser dans son passé, avec son coscénariste
- 00:15:02 : deux histoires pour en raconter des milliers
- 00:18:05 : peut-on cesser de douter ?
- 00:18:57 : devenir mère et regarder sa propre mère
- 00:21:06 : la musique du film
- 00:23:37 : une musique présente dès le tournage
FAQ
De quoi parle Dites-lui que je l’aime de Romane Bohringer ?
Le film adapte librement le livre de Clémentine Autain et met en regard deux enfances marquées par l’absence maternelle : celle de l’autrice et celle de la réalisatrice. Il mêle archives, scènes de fiction et enquête, à la frontière du documentaire. Il a été présenté en séance spéciale à Cannes.
Pourquoi Romane Bohringer a-t-elle adapté le livre de Clémentine Autain ?
Elle raconte l’avoir lu en une heure en Guadeloupe et s’être reconnue dès la troisième phrase, comme si l’autrice parlait à sa place. Elle a appelé ses producteurs aussitôt. Ce sont eux et son coscénariste qui l’ont ensuite poussée à y mêler sa propre histoire.
Comment a été pensée la musique de Dites-lui que je l’aime ?
Romane Bohringer voulait une musique organique, collée à l’intérieur des personnages et liée à la mémoire, plutôt violoncelle que piano. Deux jeunes compositeurs l’ont écrite en partie avant le tournage, puis retravaillée au montage. Elle estime à une cinquantaine de minutes la musique sur une heure et demie de film.
Pourquoi Romane Bohringer était-elle au Festival Music & Cinema de Marseille ?
Elle était l’invitée d’honneur de la 27e édition, du 30 mars au 4 avril 2026. Elle a choisi d’y présenter ses deux films de réalisatrice, Dites-lui que je l’aime et L’Amour flou, et s’est confiée au podcast Interlude du festival.
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