Podcast Méditerranée.

#94 – Ariane Ascaride – Une vie de théâtre et de résistance joyeuse !

avec Ariane Ascaride

Ariane Ascaride, comédienne marseillaise du quartier de la Plaine, théâtre et engagement

Ariane Ascaride, comédienne née à Marseille, reçoit Caroline Bindel dans sa loge du Lucernaire, à Paris, où elle joue « Touchée par les fées ». Elle remonte à son enfance dans le quartier de la Plaine, à son père comédien amateur qui lui a appris à parler sans accent, au conservatoire où il a fallu changer de codes. Elle parle aussi de son indignation, d'une façon de résister « dans la joie », des pressions subies par les comédiennes et d'une ville qui, dit-elle, attire autant qu'elle repousse.

Une fille de la Plaine devenue comédienne

Ariane Ascaride, comédienne marseillaise, reçoit Caroline Bindel dans sa loge du Lucernaire, à Paris, où elle joue « Touchée par les fées », un spectacle écrit par Marie Desplechin. Elle commence par Marseille : le trajet quatre fois par jour entre la rue d’Alger et le lycée du cours Pierre-Puget, les passants qu’elle appelait ses « horloges », une grand-mère qui refusait le bus et faisait à pied toutes les crèches des églises de la ville. Elle se dit « une fille du quartier de la Plaine », entre la Plaine et le boulevard Baille, et décrit Marseille comme une ville qui « fonctionne comme un aimant » : elle attire et repousse. Son premier souvenir de théâtre est son père sur scène, avec une troupe d’amateurs, et l’odeur de sa boîte à maquillage. À 8 ans, il la fait monter sur scène et lui apprend à dire « mouton » sans accent. Elle raconte ensuite le conservatoire de Marseille, puis celui de Paris, où il a fallu changer la façon de parler, de bouger et de s’habiller pour comprendre les codes du théâtre français, avant de décider de « mixer » les deux.

« Je n’ai pas décidé de devenir comédienne », dit-elle : pour elle, c’est une manière d’appréhender le monde, nourrie par une curiosité qu’elle a gardée de l’enfance.

Une résistance joyeuse, du cinéma à la scène

Enregistré le 18 octobre, au lendemain d’une journée de mobilisation, l’entretien laisse place à son indignation : elle dit soutenir le mouvement des lycéens, critique la réponse policière et regrette qu’on parle davantage des violences que des manifestants. Elle relie cette capacité d’indignation à une enfance où l’argent manquait et au regard méprisant subi au conservatoire. Sa façon de résister, dit-elle, « c’est dans la joie ». Elle évoque le film de Robert Guédiguian « Une femme aujourd’hui », l’histoire d’une jeune femme transclasse confrontée à un viol, puis les pressions que les comédiennes ont longtemps subies de la part de metteurs en scène, et la confusion actuelle entre ce métier et la représentation : « ce métier, c’est se mettre derrière le personnage ». Sur « Touchée par les fées », qu’elle porte depuis quinze ans avec Marie Desplechin et un chorégraphe, elle explique qu’elle raconte ses histoires à l’autrice, qui les écrit, ce qui la tient à distance de l’intime. Beaucoup de femmes l’attendent à la sortie pour lui dire « moi aussi ». Elle se souvient d’une représentation en plein air devant la Bonne Mère, à Marseille, à la tombée du jour, devant 500 personnes.

Elle raconte enfin l’histoire de son César, volé lors d’un cambriolage puis rendu dix ans plus tard sur la place du Châtelet, et conclut : « je suis fidèle », à sa ville, à sa classe, à ses idéaux.

Les références de l’épisode

  • « Touchée par les fées » : spectacle écrit par Marie Desplechin à partir des récits d’Ariane Ascaride, joué au Lucernaire.
  • Marie Desplechin : autrice avec qui Ariane Ascaride travaille ce spectacle depuis quinze ans.
  • Robert Guédiguian : cinéaste avec qui elle tourne ; elle évoque son film « Une femme aujourd’hui ».
  • « Marius et Jeannette » : film pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice en 1998.
  • « Gloria Mundi » : film qui lui a valu le prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise.
  • « Le Voyage en Arménie » : film cité parmi ses rôles récompensés.
  • Coupe Volpi : le trophée de la Mostra de Venise, qu’elle garde chez elle.
  • Les Cahiers du Sud : revue marseillaise à laquelle avait participé le fondateur de la troupe d’amateurs de son père.
  • Marcel Pagnol : camarade de classe de ce fondateur, parti à Paris quand lui restait à Marseille.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:33 : rencontre dans la loge du Lucernaire
  • 00:02:03 : la première image de Marseille, le trajet vers le lycée du cours Pierre-Puget
  • 00:03:17 : la grand-mère qui faisait les crèches à pied
  • 00:04:06 : Noël à Marseille et la fille du quartier de la Plaine
  • 00:04:35 : une ville devenue tendance et les nouveaux arrivants
  • 00:06:14 : Marseille, une ville qui attire et repousse
  • 00:07:38 : le premier souvenir de théâtre, son père sur scène
  • 00:09:08 : à 8 ans, apprendre à parler sans accent
  • 00:11:11 : la curiosité héritée de l’enfance
  • 00:12:03 : du conservatoire de Marseille à celui de Paris
  • 00:14:36 : réaction aux violences du 17 octobre
  • 00:17:39 : d’où vient sa capacité à s’indigner
  • 00:20:37 : résister dans la joie
  • 00:21:29 : le film « Une femme aujourd’hui » de Robert Guédiguian
  • 00:23:30 : ce qu’elle voudrait dire aux jeunes comédiennes
  • 00:26:39 : « Touchée par les fées » joué en plein air devant la Bonne Mère
  • 00:28:47 : quinze ans de travail avec Marie Desplechin
  • 00:31:40 : les femmes qui l’attendent à la fin du spectacle
  • 00:32:45 : les récompenses et le sentiment d’illégitimité
  • 00:34:32 : l’histoire du César volé puis retrouvé
  • 00:37:25 : « je suis fidèle »
  • 00:38:12 : questions courtes : une calanque, les navettes, le Vieux-Port

FAQ

Dans quel quartier de Marseille Ariane Ascaride a-t-elle grandi ?

Ariane Ascaride se présente comme « une fille du quartier de la Plaine », entre la Plaine et le boulevard Baille, dans le centre de Marseille. Elle habitait rue d’Alger et allait à pied au lycée du cours Pierre-Puget, un trajet qu’elle faisait quatre fois par jour et dont elle garde un souvenir très précis.

Qu’est-ce que le spectacle « Touchée par les fées » ?

« Touchée par les fées » est un spectacle écrit par Marie Desplechin à partir des histoires qu’Ariane Ascaride lui raconte sur son enfance et ce qui l’a construite. La comédienne le porte depuis quinze ans et en joue la quatrième version, au Lucernaire au moment de l’entretien. Elle dit avoir voulu que personne ne parle à sa place.

Comment Ariane Ascaride a-t-elle commencé le théâtre ?

Selon elle, tout vient de son père, comédien dans une troupe d’amateurs à Marseille. Son premier souvenir de théâtre est de le voir jouer, et l’odeur de sa boîte à maquillage. À 8 ans, il la fait monter sur scène lors d’une répétition et lui fait prononcer « mouton » sans accent. Elle entre ensuite au conservatoire de Marseille, puis à celui de Paris.

Comment Ariane Ascaride a-t-elle retrouvé son César ?

Son César de la meilleure actrice, reçu pour « Marius et Jeannette », lui a été volé lors d’un cambriolage quelques mois plus tard. Dix ans après, son frère aîné lui donne rendez-vous place du Châtelet, à Paris : un jeune homme lui rend le trophée, récupéré par un collègue qui l’avait trouvé sur un trottoir près de la gare de l’Est.

Cité Radieuse par Caroline Bindel

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