
David Lucchini, réalisateur, monteur et directeur de la photographie, a grandi en Corse et construit son cinéma à Marseille. Dans CinéMassilia, il revient sur Ter-Ter, court métrage autoproduit qui l'a mené jusqu'à Cannes, puis sur son travail de chef opérateur pour Mon Milieu et pour les films de Sabrina Nouchi. Il parle de ses longs métrages restés à l'état de projet malgré des aides publiques, de son choix du cinéma guérilla, de son goût pour le grain et l'imperfection, et de la mentalité des équipes marseillaises.
De la forêt corse aux écoles de Marseille
Dans ce 23e numéro de CinéMassilia, le podcast qui met en lumière celles et ceux qui font le cinéma à Marseille, David Lucchini raconte son parcours de réalisateur, monteur et directeur de la photographie. Né en 1982, il a grandi à Solenzara, en Corse, où il tournait des films d’horreur avec son frère et ses amis d’enfance dès l’âge de 8 ans, avec de petits caméscopes, dans la campagne et la forêt corses. Il présente trois objets fondateurs : le gant de Freddy Krueger, souvenir des VHS d’un oncle cinéphile, le médaillon de L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen, son premier film en salle, et un livre de Ken Loach, dont il admire la manière de considérer toute l’équipe comme faisant le film. Après l’option cinéma au lycée de Porto-Vecchio et un passage par la fac d’histoire à Corte, il rejoint à Marseille l’AMCAM, une école de cinéma aujourd’hui disparue. Il dit n’y avoir pas appris grand-chose techniquement, mais y avoir trouvé « une énergie de groupe ». Il revient sur ses débuts au montage, très chargés en effets, puis sur son premier film professionnel, qu’il juge « catastrophique » parce que « très académique ». À la fin de l’école, alors que beaucoup partent travailler sur Plus belle la vie, il refuse la télévision, fait une expérience de régisseur qui le déçoit et choisit de produire lui-même ses films, à crédit.
Il ne se considère pas toujours comme directeur de la photographie : il fait, dit-il, « l’image que j’ai envie de voir », et reconnaît avoir du mal à travailler avec un autre directeur de la photographie que son ami d’enfance Boris Sabin.
Ter-Ter, Cannes et les projets avortés
Ter-Ter naît d’une rencontre avec un comédien corse et d’un tournage reporté en décembre, à Paris, en pleine tempête de neige. David Lucchini achète alors un Canon 5D, bricole un support avec des pieds de lit et un trépied, et tourne avec une équipe bénévole, pour environ 2 000 euros tout compris. Le court métrage est sélectionné à Banlieus’Arts au festival de Cannes, avec Grand Corps Malade pour parrain, puis au Your Film Festival créé par YouTube et Ridley Scott, où il figure parmi les films retenus sur plus de 80 000 envois et termine 17e. Il en garde aussi un regard lucide sur le Short Film Corner, où l’on paie pour projeter son film. Suivent Les Enfants d’Abraham, projet de long métrage avec un casting reconnu, abandonné faute de financement, et un développement de Ter-Ter en série pour Canal, avec Hugues Pagan, le créateur de Mafiosa, comme directeur de collection, sans suite. Son long métrage Hela obtient des aides à l’écriture et au développement de la Région Sud et du CNC, mais échoue faute de coproduction : il décide de le tourner en guérilla, et en a déjà tiré un court métrage avec les jeunes de ses ateliers en collège.
« Quand vous faites deux longs métrages qui sont avortés, ça vous fait huit ans », résume-t-il, en rappelant ce que ces attentes coûtent dans une vie personnelle.
Chef opérateur au service du film
Avec la réalisatrice et actrice Sabrina Nouchi, passée par la même école, la collaboration est fluide : il a notamment travaillé à l’image de Ça arrive, un huis clos, et elle lui laisse carte blanche. Sur Mon Milieu, de Milo Chiarini, il cumule l’image et le montage, apprend à travailler avec un réalisateur qu’il ne connaissait pas et applique un principe : « je fais ce qui est le mieux pour le film », même quand il n’est pas d’accord. Il défend les gros plans, un cinéma « organique », le grain et l’imperfection, qui « rend une âme au projet » face aux images trop léchées. Il évoque le film qu’il a écrit pour son fils, Un monde à nous, tourné pour ses 10 ans, et ses projets : la série The Fall Above, une série sur une légende corse du XIIIe siècle coécrite avec Boris Sabin et Hugues Pagan, et sa participation au jury de l’Open Festival Marseille.
Il décrit enfin un cinéma marseillais en train d’éclore, porté par des réalisateurs qui se connaissent, et une ville qu’il aime filmer pour sa lumière, son côté populaire et multiculturel.
Les références de l’épisode
- Ter-Ter : court métrage coréalisé par David Lucchini, autoproduit, sélectionné à Banlieus’Arts à Cannes et au Your Film Festival.
- Mon Milieu : film de Milo Chiarini dont David Lucchini a été chef opérateur et monteur.
- Ça arrive : huis clos de Sabrina Nouchi sur lequel il a travaillé à l’image.
- Les Enfants d’Abraham : projet de long métrage resté inachevé.
- Un monde à nous : film écrit pour son fils, tourné pour ses 10 ans.
- L’Histoire sans fin, de Wolfgang Petersen : son premier film vu au cinéma.
- Ken Loach : cinéaste dont il admire le rapport à l’équipe et à l’humain.
- Hugues Pagan : créateur de Mafiosa, directeur de collection sur la série Ter-Ter et coauteur de sa série en développement.
- AMCAM : ancienne école de cinéma de Marseille où il a étudié.
- Open Festival Marseille : festival de courts métrages dont il est membre du jury, du 15 au 17 octobre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:39 : présentation de David Lucchini, entre la Corse et Marseille
- 00:01:03 : trois objets, de Freddy Krueger à Ken Loach
- 00:02:43 : les premiers films tournés enfant en Corse
- 00:05:32 : réalisateur, monteur et directeur de la photographie
- 00:09:19 : l’école AMCAM à Marseille
- 00:11:24 : un premier film trop académique
- 00:15:23 : sept ans entre l’école et Ter-Ter
- 00:18:21 : la naissance de Ter-Ter, tourné dans la neige avec un Canon 5D
- 00:21:12 : Cannes, Banlieus’Arts et le Your Film Festival
- 00:24:00 : inscrire son court métrage en festival
- 00:26:42 : Les Enfants d’Abraham, un long métrage avorté
- 00:29:35 : la série Ter-Ter avec Hugues Pagan
- 00:30:54 : la collaboration avec Sabrina Nouchi
- 00:34:17 : Mon Milieu, entre image et montage
- 00:38:04 : le gros plan, le grain et l’imperfection
- 00:39:24 : Un monde à nous, le film tourné avec son fils
- 00:41:33 : Hela, du financement public au tournage guérilla
- 00:45:27 : la série The Fall Above
- 00:47:15 : une série sur une légende corse avec Hugues Pagan
- 00:53:10 : juré à l’Open Festival Marseille
- 00:55:18 : le Marseille de David Lucchini
FAQ
Qui est David Lucchini ?
David Lucchini est un réalisateur, monteur et directeur de la photographie né en 1982, qui a grandi à Solenzara, en Corse, et travaille à Marseille. Il a coréalisé le court métrage Ter-Ter et signé l’image de films comme Mon Milieu de Milo Chiarini et ceux de Sabrina Nouchi.
Comment a été tourné le court métrage Ter-Ter ?
Selon David Lucchini, Ter-Ter a été tourné à Paris en décembre, pendant une tempête de neige, avec un Canon 5D acheté pour l’occasion et une équipe entièrement bénévole. Le budget, environ 2 000 euros, est passé presque entièrement dans la caméra. Le film a été sélectionné à Cannes avec Banlieus’Arts.
Pourquoi David Lucchini aime-t-il le grain et l’imperfection ?
Il défend un cinéma qu’il qualifie d’organique. Pour lui, le grain et les imperfections donnent du caractère à l’image et rendent une âme au projet, quand les images très léchées se ressemblent toutes. Il dit chercher avant tout l’émotion, d’où son goût pour les gros plans.
Qu’est-ce que le cinéma guérilla selon David Lucchini ?
C’est faire un film avec son matériel, ses connaissances et son équipe, sans attendre les financements. Après des années d’aides à l’écriture et au développement sans production au bout, il a choisi de tourner ainsi son long métrage Hela à Marseille, pour qu’il existe enfin.
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