
Édith Amsellem, metteuse en scène marseillaise et fondatrice de la compagnie Erdo, présente sur Radio Grenouille Le Grand Défilé, sa création pour la 31e édition du Festival de Marseille, aux ateliers Jeanne Barret. Trois ans et demi de recherche, trois actrices professionnelles, neuf jeunes femmes de Marseille choisies sans casting et douze archétypes du féminin sur un catwalk : elle raconte comment le vêtement lui sert à interroger le genre et ce que sa génération a transmis aux jeunes femmes.
Le vêtement comme prétexte, le défilé comme espace d’émancipation
Dans ce grand entretien enregistré par Radio Grenouille pour la 31e édition du Festival de Marseille, la metteuse en scène marseillaise Édith Amsellem présente Le Grand Défilé, créé aux ateliers Jeanne Barret, dans le 15e arrondissement de Marseille. Elle corrige d’emblée sa présentation : elle a fait de la danse, mais ne se dit pas chorégraphe, et a fait appel à un regard chorégraphique extérieur. Son travail repose sur deux axes : la place des femmes dans la société et les espaces non dédiés, c’est-à-dire tous les lieux qui ne sont pas faits pour accueillir des spectacles, où elle fait dialoguer le réel et la fiction. Elle cite Yvonne, princesse de Bourgogne, montée sur le château Tobogan de la Friche pour parler de la cruauté de l’enfance. Le vêtement, explique-t-elle, est venu de la lecture d’une thèse de sociologie du genre au prisme des pratiques vestimentaires, selon laquelle il ne reste que très peu d’endroits où hommes et femmes sont strictement séparés : les toilettes et les vêtements. Trois ans et demi de recherche, d’ateliers et de workshops ont mené au Grand Défilé, en donnant naissance en chemin à d’autres spectacles, Les Beautés et Les Superbes, ce dernier né de trois mois d’atelier avec des lycéens. Le spectacle a deux parties : un défilé sur un catwalk, puis un backstage déambulatoire où chaque jeune femme se raconte sur une petite scène d’un mètre sur un mètre, le public étant placé en voyeur. Le texte est cosigné avec les trois actrices professionnelles, à partir de leurs histoires. Elle décrit sa « dramaturgie en gruyère » : des moments écrits, des solos de danse, de gym, de chant ou de contorsion, et des trous laissés aux neuf amatrices recrutées dans chaque ville.
Ces amatrices ne sont pas castées : Édith Amsellem demande aux équipes de relations publiques de solliciter des jeunes femmes qu’elles ont croisées, pour donner la parole à celles qu’on n’entend pas.
Douze archétypes et un féminisme par contamination
Sur le catwalk défilent douze figures archétypales : la maman, la sorcière, la vieille, la mariée, la Lolita, la veuve. Au départ, il y en avait quarante-cinq, mêlant archétypes et stéréotypes ; les improvisations avec des groupes de jeunes femmes ont permis de trier. Âgée de 56 ans, elle voulait comprendre ce que sa génération a transmis : les jeunes femmes rejettent-elles ces archétypes, ou les subissent-elles encore ? La Lolita, figure de l’injonction à la sexualisation de l’enfance, parle encore beaucoup aux jeunes filles, tandis que la veuve, l’injonction aux larmes, leur reste la plus étrangère. Édith Amsellem se dit féministe et revendique le mot ; elle parle d’un « féminisme par contamination », qui passe par des week-ends de travail en non-mixité avec des jeunes femmes qui ne partagent pas forcément ses engagements, sans jamais leur faire dire ce qu’elles ne veulent pas dire. Elle raconte avoir signé son premier spectacle à 42 ans, après une carrière d’actrice, et cite sa première « claque » : la lecture de King Kong Theory. Elle revient aussi sur son renvoi de l’école de danse de l’Opéra de Marseille, à 12 ans et demi, pour « morphologie trop généreuse ».
Les costumes, faits en récupération, s’adaptent du 32 au 50 et à toutes les tailles : Le Grand Défilé se veut le défilé de toutes les femmes. Elle présente enfin Les Superbes, recréé avec des seniors des maisons du Bel Âge.
Les références de l’épisode
- Festival de Marseille : festival de création contemporaine, dont c’est la 31e édition, producteur du Grand Défilé.
- Ateliers Jeanne Barret : lieu du 15e arrondissement de Marseille transformé en catwalk et en backstage pour le spectacle.
- Compagnie Erdo : compagnie fondée par Édith Amsellem.
- Yvonne, princesse de Bourgogne : pièce montée par la metteuse en scène sur le château Tobogan de la Friche.
- Les Beautés et Les Superbes : créations nées pendant les trois ans et demi de recherche sur le vêtement.
- King Kong Theory : lecture qu’elle décrit comme son premier déclic féministe.
- Lolita : figure issue du livre de Nabokov et de son adaptation par Kubrick, l’un des douze archétypes du spectacle.
- Théâtre Massalia : coréalisateur du spectacle avec le ZEF.
- Maisons du Bel Âge : structures pour seniors partenaires de la version des Superbes avec des personnes âgées.
Au fil de l’épisode
- 00:00:38 : le Festival de Marseille et sa 31e édition
- 00:02:48 : metteuse en scène, pas chorégraphe
- 00:03:35 : investir des espaces non dédiés, du château Tobogan aux ateliers Jeanne Barret
- 00:04:37 : pourquoi le vêtement pour interroger le genre
- 00:05:41 : trois ans et demi de recherche et les spectacles nés en chemin
- 00:07:59 : à quelques jours de la première, le catwalk et le backstage
- 00:09:38 : trois actrices professionnelles et neuf amatrices
- 00:11:54 : la « dramaturgie en gruyère »
- 00:12:43 : le non-casting et la technique « par en dessous »
- 00:14:53 : créer à Marseille, sa ville
- 00:15:58 : douze figures archétypales, de quarante-cinq au départ
- 00:18:52 : la Lolita et la veuve
- 00:21:00 : un féminisme par contamination
- 00:23:42 : un premier spectacle à 42 ans et la lecture de King Kong Theory
- 00:25:34 : la danse classique et le renvoi de l’Opéra de Marseille
- 00:27:05 : des costumes en récup, du 32 au 50
- 00:27:39 : Les Superbes avec les seniors des maisons du Bel Âge
- 00:30:01 : les dates et l’équipe du Grand Défilé
FAQ
Qu’est-ce que Le Grand Défilé d’Édith Amsellem ?
C’est une création de la 31e édition du Festival de Marseille, présentée aux ateliers Jeanne Barret. Elle mêle théâtre, arts visuels et mode : un défilé sur un catwalk, puis un backstage déambulatoire, où trois actrices et neuf jeunes femmes de Marseille incarnent douze archétypes du féminin.
Comment sont choisies les amatrices du Grand Défilé ?
Elles ne sont pas castées. Édith Amsellem demande aux équipes de relations publiques des théâtres de solliciter des jeunes femmes qu’elles connaissent, ayant envie de se raconter et une pratique artistique. Le but est d’atteindre des personnes qui ne vont pas au théâtre, ce qu’un appel sur les réseaux sociaux ne permet pas.
Quels archétypes du féminin défilent dans le spectacle ?
Douze figures, retenues parmi quarante-cinq après de nombreuses improvisations : parmi elles, la maman, la sorcière, la vieille, la mariée, la Lolita et la veuve. Édith Amsellem veut savoir si les jeunes femmes d’aujourd’hui rejettent ou subissent encore les archétypes qui ont façonné sa génération.
Pourquoi Édith Amsellem utilise-t-elle le vêtement pour parler du genre ?
Elle s’appuie sur une thèse de sociologie du genre au prisme des pratiques vestimentaires, selon laquelle les vêtements et les toilettes sont parmi les derniers lieux où hommes et femmes restent strictement séparés. Le vêtement lui sert de prétexte pour interroger le rapport au corps et la performativité du genre.
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