
Feda Wardak, artiste et architecte afghano-français, présente sur Radio Grenouille Ce que le ciel ne sait pas, créé avec le chorégraphe Saïdo Lehlouh pour le Festival de Marseille au Centre de la Vieille Charité. Une foreuse de métal de onze mètres et un plateau incliné y racontent les convoitises dont l'Afghanistan a été l'objet et les paysans qui réparent les galeries d'eau détruites par les bombardements. Au micro de Jean-Baptiste Imbert, il relie routes, drones, sous-sols et mémoire familiale.
Une foreuse au milieu de la Vieille Charité
Feda Wardak, artiste et architecte afghano-français, présente sur Radio Grenouille Ce que le ciel ne sait pas, œuvre plastique monumentale activée par une chorégraphie de Saïdo Lehlouh, créée pour le Festival de Marseille au Centre de la Vieille Charité. L’installation tient en deux éléments : une vis sans fin en métal de onze mètres, qui tourne sur son axe comme une foreuse, et un grand plateau incliné qui figure les sols afghans et leur fragilité. Il cite le géographe Élisée Reclus : « le pouvoir appartiendra à ceux qui mettront les habitants de ce plateau en communication facile avec le reste du monde ». Pour lui, les routes ont aussi servi les convoitises : il raconte la route circulaire construite pendant la guerre froide, qui servit vingt ans plus tard à l’invasion soviétique, puis, à partir de 2001, aux bases américaines. Il explique le titre par la guerre des drones, pilotés selon lui depuis le Nevada par d’anciens joueurs de jeux vidéo : des populations qui priaient un ciel qui les bombardait, sans comprendre pourquoi.
« C’est presque deux mondes qui n’ont jamais communiqué », résume-t-il, entre le tireur et sa cible.
Les chercheurs d’eau
Arrivé très jeune en France, Feda Wardak retourne depuis une quinzaine d’années dans la vallée dont sa famille est originaire, une plaine désertique d’environ vingt kilomètres sur vingt, entourée de montagnes. Il y travaille avec des artisans qui réparent des galeries d’eau souterraines millénaires, parfois creusées sur quatre ou cinq générations et longues de plusieurs kilomètres. Ces réseaux ont été ciblés par les bombardements, une stratégie qu’il juge « vieille comme le colonialisme » : priver une terre d’eau pour en chasser les habitants. Réparer ces sous-sols, c’est pour lui une forme de résistance ; les sols sont « l’endroit des stigmates », sur la peau comme dans la roche. Ce travail a donné naissance à un répertoire d’œuvres qu’il appelle Chercheurs d’eau, dont fait partie Ce que le ciel ne sait pas. Il évoque la création sonore, nourrie de ses enregistrements en Afghanistan (souffles, coups de pioche, eau, chants soufis du zikr) et de la voix d’un grand-oncle survivant d’une frappe de drone, et parle d’un double extractivisme : celui des corps et celui des identités culturelles effacées par l’exil.
Il termine sur la cour de la Vieille Charité, qu’il découvrait six mois plus tôt, et sur le dialogue entre la foreuse de métal et la pierre ocre.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Ce que le ciel ne sait pas : œuvre de Feda Wardak et Saïdo Lehlouh, escalier hélicoïdal tournant inspiré de la vis sans fin des foreuses.
- Chercheurs d’eau : répertoire d’œuvres de Feda Wardak autour de la recherche et de la réparation de l’eau.
- Centre de la Vieille Charité : lieu marseillais des représentations, dont la chapelle est attribuée dans l’entretien à Pierre Puget.
- Élisée Reclus : géographe dont une phrase sur l’Afghanistan ouvre la réflexion de l’artiste.
- Festival de Marseille : festival de création contemporaine qui accueille l’œuvre pour sa 31e édition.
Au fil de l’épisode
- 00:00:47 : présentation de Feda Wardak et de Ce que le ciel ne sait pas
- 00:01:49 : une œuvre plastique activée par la danse
- 00:03:15 : la foreuse et le plateau incliné
- 00:03:50 : Élisée Reclus et les montagnes afghanes
- 00:05:30 : son lien à l’Afghanistan et la réparation des voies d’eau
- 00:08:20 : raconter ses territoires d’origine
- 00:09:55 : routes de la guerre froide et invasions
- 00:11:45 : les drones et le sens du titre
- 00:15:13 : les galeries d’eau creusées sur plusieurs générations
- 00:18:25 : les sols, lieu des stigmates
- 00:19:26 : une foreuse de métal de onze mètres
- 00:23:37 : la création sonore, le zikr et la mémoire familiale
- 00:27:12 : la cour de la Vieille Charité
FAQ
Qui est Feda Wardak ?
Feda Wardak est un artiste et architecte afghano-français, qui se définit comme architecte-constructeur. Il construit des œuvres paysagères monumentales, réalise des films et des performances, et travaille depuis une quinzaine d’années avec des artisans afghans qui réparent des réseaux d’eau souterrains dans la vallée d’origine de sa famille.
Qu’est-ce que Ce que le ciel ne sait pas ?
C’est une œuvre de Feda Wardak et du chorégraphe Saïdo Lehlouh, créée pour le Festival de Marseille au Centre de la Vieille Charité. Une vis sans fin en métal de onze mètres tourne au-dessus d’un plateau incliné, activée par des danseurs, une création sonore et la lumière, pour raconter les convoitises sur l’Afghanistan et les résistances paysannes autour de l’eau.
Pourquoi l’eau est-elle au centre du travail de Feda Wardak ?
Selon lui, les bombardements en Afghanistan ont visé les réseaux d’eau, galeries souterraines creusées sur des générations, pour pousser les habitants à l’exil. Il voit dans ceux qui cherchent et réparent cette eau une forme de résistance, et a réuni ses œuvres sur ce thème dans un répertoire appelé Chercheurs d’eau.
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