
La chorégraphe Olivia Grandville, formée à l'Opéra de Paris et directrice du centre chorégraphique national de La Rochelle depuis 2022, vient créer En même temps au Festival de Marseille, sur le plateau de La Criée. Au micro de Radio Grenouille, à la veille des premières, elle explique pourquoi l'unisson, ce plaisir de voir des corps parfaitement synchronisés, la rend méfiante, comment elle a bâti sa pièce à partir d'images collectées sur internet, et ce qu'elle attend du public marseillais.
Une chorégraphe qui se méfie de l’unisson
Dans cet entretien enregistré par Radio Grenouille pour le Festival de Marseille, la chorégraphe Olivia Grandville présente En même temps, pièce pour neuf interprètes créée sur le plateau de La Criée, à Marseille. Formée à l’Opéra de Paris, où elle a dansé de 1981 à 1988 avant d’en démissionner à 23 ans, elle dirige depuis 2022 le centre chorégraphique national de La Rochelle. Elle raconte avoir failli s’installer à Marseille dans les années 1990 avec son compagnon metteur en scène et leurs enfants, et se dit heureuse de voir la danse contemporaine occuper un grand plateau. Son sujet : l’unisson, qu’elle refuse de confondre avec le collectif. Pour elle, l’unisson qu’elle met en scène est « la duplication du même », une synchronisation sur un même rythme que l’on retrouve dans le sport, les disciplines militaires et la danse telle qu’elle circule sur les réseaux sociaux, sous forme de gestes dupliqués au point de devenir viraux. Elle cite une phrase tirée de L’Homme et le sacré, « la guerre est le pendant sombre de la fête », et avoue sa propre méfiance face aux foules : dans une manifestation, elle a du mal à reprendre un slogan commun. Elle rappelle qu’à son arrivée dans la danse contemporaine, l’unisson passait pour une forme ringarde, et constate son retour en force aujourd’hui, « dans absolument tous les styles de danse ».
Le titre est un clin d’œil assumé à une formule du président de la République : selon elle, on ne peut pas tenir de grands discours militants et produire des formes qui reproduisent ce que l’on dénonce.
Une pièce bâtie comme une enquête
Olivia Grandville décrit une méthode d’enquête, sans formation universitaire : elle tire des fils entre des images, puis les met à l’épreuve sur le plateau. L’équipe a commencé par collecter sur YouTube et ailleurs des images de mouvements synchronisés, montées en une partition chorégraphique qui a servi de matrice. Les neuf danseurs, de nationalités différentes, ont pour la plupart été choisis en audition, à l’exception de deux ou trois fidèles, dont un danseur et comédien qu’elle connaît depuis longtemps. La bande-son, composée par deux musiciens avec qui elle travaille de longue date, accélère de 120 à 150 battements par minute sur toute la première partie, avant d’ouvrir un autre rapport à la musique, où la danse développe sa propre musicalité à côté d’elle. La vidéo et la lumière ont été conçues en parallèle, chacun travaillant de son côté. La pièce est dédiée à Hélène Petitpré, administratrice et autrice de textes sur la danse, morte le 13 février 2026, qui avait monté la production.
Elle dit espérer que la pièce « grince un petit peu » et que le public en saisisse le double fond, avant une tournée qui passera notamment par Arcachon, Nantes, Bordeaux, Bayonne, Paris, La Rochelle et Annecy.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Festival de Marseille : festival de création contemporaine qui programme En même temps pour sa 31e édition.
- La Criée : le théâtre marseillais où la pièce est créée.
- Opéra de Paris : où Olivia Grandville s’est formée et a dansé de 1981 à 1988.
- Centre chorégraphique national de La Rochelle : qu’elle dirige depuis 2022.
- L’Homme et le sacré : livre dont elle a tiré la phrase placée en exergue de la pièce.
- Radio Grenouille : la radio marseillaise qui mène l’entretien.
Au fil de l’épisode
- 00:01:02 : présentation du parcours d’Olivia Grandville, de l’Opéra de Paris au centre chorégraphique national de La Rochelle
- 00:02:43 : son lien avec Marseille et l’importance de danser sur le grand plateau de La Criée
- 00:04:03 : l’unisson, duplication du même plutôt que collectif
- 00:05:27 : la phrase sur la guerre et la fête, et sa méfiance face aux foules
- 00:07:28 : le retour de l’unisson sur les scènes de danse contemporaine
- 00:09:39 : les réseaux sociaux et la danse virale
- 00:10:28 : la collecte d’images synchronisées transformée en partition
- 00:13:33 : une méthode d’enquête, tirer des fils entre les choses
- 00:15:35 : le choix des neuf danseurs en audition
- 00:18:47 : la bande-son et le tempo qui accélère
- 00:21:58 : la création vidéo
- 00:23:01 : la lumière et le travail des collaborateurs
- 00:25:29 : la dédicace à Hélène Petitpré
- 00:26:43 : ce qu’elle attend du public marseillais
- 00:27:12 : l’origine du titre En même temps
- 00:28:38 : son action à la tête du centre chorégraphique national de La Rochelle
- 00:29:35 : la tournée et l’évolution de la pièce
FAQ
Qui est Olivia Grandville ?
Olivia Grandville est une chorégraphe formée à l’Opéra de Paris, où elle a dansé de 1981 à 1988 avant d’en démissionner à 23 ans. Elle a mis en danse des sujets très divers, a inventé un karaoké chorégraphique et dirige depuis 2022 le centre chorégraphique national de La Rochelle. Elle crée En même temps au Festival de Marseille.
De quoi parle la pièce En même temps ?
En même temps est une pièce pour neuf interprètes qui interroge l’unisson en danse. Olivia Grandville y met en doute l’idée que danser ensemble soit forcément collectif : elle voit dans l’unisson une synchronisation sur un même rythme, présente aussi dans le sport, les défilés militaires et la danse virale des réseaux sociaux.
Pourquoi la pièce s’appelle-t-elle En même temps ?
Selon Olivia Grandville, le titre est un clin d’œil à une formule du président de la République. Elle explique qu’on ne peut pas tout faire en même temps : défendre de grands discours militants tout en produisant des formes qui évoquent ce que l’on dénonce. Pour elle, les actes et les formes doivent être en accord avec les discours.
Où a été créée En même temps ?
La pièce a été créée à Marseille, sur le plateau de La Criée, pour la 31e édition du Festival de Marseille. Elle dure environ une heure et quart et est déconseillée aux moins de 15 ans en raison de passages de nudité, avant une tournée qui passe notamment par Nantes, Bordeaux, Paris et La Rochelle.
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