
Le chorégraphe marocain Khalid Benghrib présente au micro de Radio Grenouille Urban Gnawa Project, une transe collective avec 250 danseurs amateurs créée pour le Festival de Marseille à la Friche la Belle de Mai. Il raconte les cérémonies gnawa de sa grand-mère, qui ouvrait sa porte à tous, son parcours entre le Maroc et la France, la compagnie qu'il a fondée à son retour au Maroc, et la façon dont il fait passer l'essence du rituel dans la danse contemporaine sans en trahir la dimension sacrée.
Une transe collective sans hiérarchie
Le chorégraphe marocain Khalid Benghrib, né à Casablanca, présente sur Radio Grenouille Urban Gnawa Project, sa performance pour la 31e édition du Festival de Marseille, donnée à la Friche la Belle de Mai avec 250 danseurs amateurs. Il y mêle rituel gnawa et danse contemporaine, sur la musique d’un maître gnawi et de sa troupe, combinée à la musique électronique de Max Frimout. L’origine du projet remonte à son enfance : sa grand-mère étalait le tapis, servait le thé et le couscous à la confrérie, la musique commençait et la transe s’installait. Il distingue plusieurs transes, de jubilation, d’extase, d’abandon, de décharge, et dit chercher ici la transe de rencontre, où chacun donne ce qu’il peut, sans leader : « Je peux donner que peu, mais c’est tout ce que j’ai. » Pour lui, le gnawa n’a de dimension « ni géographique ni religieuse » : comme sa grand-mère qui ouvrait la porte à tous, il dit « poser un espace » où chacun entre à sa guise, en prenant l’essence du rite sans jamais mettre la cérémonie elle-même sur scène, ce qu’il jugerait « irrespectueux ».
Il voit Marseille comme une ville « incroyablement mélangée », et salue l’équipe qui a réuni les 250 participants et monté les ateliers.
Transmettre, du Maroc au monde
Arrivé en France en 1981, Khalid Benghrib dit avoir traversé toute la structuration de la danse française, des subventions aux centres chorégraphiques, et se définit comme un activiste par l’art. Il raconte son retour au Maroc en 2003 avec son épouse, chorégraphe elle aussi, après des ateliers avec 19 jeunes, dans une période qu’il décrit comme sombre face au mouvement extrémiste, et la question de son père : « Qu’est-ce que tu as rendu de ton savoir ? » La compagnie qu’ils y fondent a formé, selon lui, plus de 71 danseurs professionnels qui travaillent aujourd’hui en Europe et ailleurs, et a contribué à l’émergence de la danse contemporaine au Maroc. Il enseigne aussi dans des universités, des conservatoires et des écoles, en France et à l’étranger, et explique comment il aide des amateurs à se connecter à eux-mêmes par le corps.
Pourquoi la danse ? « C’est la matière la plus puissante qui relie les gens sans langage », répond-il.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Urban Gnawa Project : performance participative de Khalid Benghrib réunissant 250 danseurs amateurs, présentée le dimanche 14 juin.
- Festival de Marseille : festival de création contemporaine dont c’est la 31e édition, du 14 juin au 8 juillet, dans 14 lieux de la ville.
- Friche la Belle de Mai : lieu marseillais où se tient la performance.
- Max Frimout : auteur de la musique électronique de la performance.
- Gnawa : tradition musicale et rituelle de transe, transmise au chorégraphe par ses grands-mères.
- Université d’Otago, Université d’Auckland, Opéra du Caire : institutions où il a enseigné.
Au fil de l’épisode
- 00:00:46 : la 31e édition du Festival de Marseille
- 00:01:29 : présentation de Khalid Benghrib et d’Urban Gnawa Project
- 00:02:38 : sortir de la distance entre la scène et le public
- 00:03:57 : les cérémonies de la grand-mère et l’origine du projet
- 00:04:36 : les différentes transes et la transe de rencontre
- 00:06:32 : un corps collectif sans hiérarchie ni leader
- 00:07:09 : transmettre et continuer d’apprendre
- 00:08:07 : arrivé en France en 1981, un activiste par l’art
- 00:09:41 : le retour au Maroc et la naissance de la compagnie
- 00:13:37 : plus de 71 danseurs professionnels formés
- 00:14:44 : rituel gnawa et musique électronique
- 00:18:22 : garder la dimension sacrée du rite
- 00:20:20 : la transe comme source de création
- 00:20:58 : faire danser des amateurs
- 00:23:56 : un projet pensé pour Marseille
- 00:26:19 : pourquoi la danse
FAQ
Qui est Khalid Benghrib ?
Khalid Benghrib est un chorégraphe, danseur et metteur en scène né à Casablanca, arrivé en France en 1981. Son travail croise danse contemporaine, théâtre, arts visuels et traditions populaires marocaines, autour du rituel, de la mémoire et de la transe. Il enseigne en France et à l’étranger et a fondé une compagnie au Maroc en 2003.
Qu’est-ce qu’Urban Gnawa Project ?
C’est une performance participative créée pour le Festival de Marseille à la Friche la Belle de Mai : 250 danseurs amateurs vivent une transe collective, sans hiérarchie ni leader, entre rituel gnawa et danse contemporaine, sur la musique d’un maître gnawi et de sa troupe mêlée à la musique électronique de Max Frimout.
Comment Khalid Benghrib adapte-t-il le rituel gnawa à la scène ?
Il dit prendre l’essence du rite, sa philosophie, sans jamais présenter la cérémonie elle-même sur scène, ce qu’il jugerait irrespectueux. À partir de ce fondement, il applique les codes et les structures du théâtre pour construire une forme scénique qui dialogue avec la tradition.
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