
Jean-François Barbieri a passé 33 ans dans la police judiciaire, dont près de dix-neuf à la brigade des stupéfiants de Marseille. Au micro d'Ils font Marseille, il raconte un métier fait d'écoutes, de filatures et de patience, loin des séries policières. De la réforme de la police marseillaise à la fin des années 1980 à l'affaire Topaz, en passant par la Bolivie et l'arrivée des caïds de cité, il décrit quarante ans d'évolution du banditisme marseillais et les erreurs qui font tomber les trafiquants.
Trente-trois ans de police judiciaire, de Paris à Marseille
Dans Ils font Marseille, Jean-François Barbieri, ancien enquêteur de la police judiciaire, raconte son métier loin des séries télévisées : « un travail de fourmi » fait de recoupements, de filatures et d’écoutes qui durent des années. Après six ans à la PJ parisienne, à la brigade des mineurs, il arrive à Marseille fin 1987, dans un mouvement d’une centaine d’inspecteurs envoyés pour renforcer la police marseillaise après des braquages de banques dans le quartier des Cinq-Avenues, dont les auteurs s’étaient enfuis par les égouts. Il passe un an et demi à la brigade criminelle, où il vit mal le poids de la hiérarchie, puis à la brigade du proxénétisme, avant d’intégrer en 1991 la brigade des stupéfiants, où il restera près de dix-neuf ans. Il termine sa carrière comme attaché d’ambassade en Bolivie, chargé de coopération contre le narcotrafic. Il rappelle que les règlements de comptes ne sont pas nouveaux à Marseille : à son arrivée, ils tournaient autour des machines à sous.
Il décrit la bascule des années 2000 : les dealers de cité deviennent des caïds qui prennent la main, par la prison ou par les guerres, sur les réseaux d’importation tenus jusque-là par le banditisme corso-marseillais.
L’affaire Topaz, une enquête de sept ans
Jean-François Barbieri revient longuement sur l’affaire Topaz, sur laquelle il a travaillé d’environ 1996 à 2003 : une équipe d’anciens braqueurs installés en Espagne, surnommés « les Tontons », qui importaient de la résine de cannabis du Maroc, de l’herbe du Mexique et de la cocaïne du Brésil. Les principales arrestations ont lieu en 1998, lors d’une remise d’argent à Madrid entre fournisseurs mexicains et clients français, avec des valises contenant 500 000 dollars en petites coupures. Il explique comment les enquêteurs ont cassé le langage codé des trafiquants, comment une erreur de leur chef leur a livré la moitié d’un nouveau code, et comment, en réécoutant seul des dizaines de conversations où il était question de « foin », il a compris que la cargaison attendue du Mexique, que les enquêteurs avaient prise pour 250 kilos de cocaïne, était en fait de l’herbe de cannabis. Il raconte aussi les fuites venues de l’intérieur de la PJ, finalement identifiées, et un volet perdu en appel faute de quelques vérifications : « si on apporte un dossier bancal au magistrat, il ne peut pas faire des miracles ».
Il évoque enfin un témoin revenu sur ses aveux, avec qui il a été confronté à la barre d’une cour d’assises spéciale, et le procès de 2016 à Aix-en-Provence qui l’a décidé à écrire.
De la feuille de coca aux quartiers nord
Sur la Bolivie, l’ancien policier précise que la culture de la coca y est légale et encadrée, comme au Pérou, pour un usage traditionnel, mais qu’une production plus riche en alcaloïdes, développée dans la région du Chapare, part selon lui à 90 % vers le narcotrafic. Il explique que le prix grimpe surtout avec le transport transatlantique : à son départ de Bolivie en 2012, le kilo de cocaïne valait environ 1 500 dollars sur place et près de 30 000 dollars en Espagne. Il constate aussi que de jeunes tueurs de moins de 20 ans, sans préparation, laissent aujourd’hui plus de traces, mais que les trafiquants profitent toujours des progrès techniques avant la police. Interrogé sur l’affaire de la BAC Nord, il dit garder « un doute » et juge que le film du même nom dépeint bien la situation dans les cités, tout en prêtant aux BAC un rôle de démantèlement des réseaux qu’elles n’ont pas.
Son premier livre, Tigre et Loup, préfacé par le journaliste Frédéric Ploquin, raconte sa carrière ; Narco Party porte sur le narcotrafic à Marseille.
Les références de l’épisode
- Tigre et Loup : premier livre de Jean-François Barbieri, sur sa carrière, préfacé par Frédéric Ploquin.
- Narco Party : son dernier livre, consacré au narcotrafic à Marseille.
- Affaire Topaz : dossier de trafic international de stupéfiants sur lequel il a travaillé d’environ 1996 à 2003.
- Brigade des stupéfiants de la PJ de Marseille : service où il a passé près de dix-neuf ans.
- Roger Marion : commissaire de la brigade criminelle à son arrivée à Marseille.
- French Connection : époque du banditisme marseillais dont étaient issus certains trafiquants de l’affaire Topaz.
- Affaire de la BAC Nord : affaire visant des policiers marseillais, sur laquelle il dit garder un doute.
- BAC Nord : film qu’il juge fidèle à la réalité des cités.
- Chapare : région bolivienne de culture de coca destinée, selon lui, au narcotrafic.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de Jean-François Barbieri, 33 ans de police judiciaire
- 00:00:50 : ses livres, Tigre et Loup et Narco Party
- 00:01:18 : un parcours de Paris à Marseille, puis la Bolivie
- 00:02:41 : arrivée à Marseille fin 1987 et image de la ville
- 00:04:34 : la réforme de la police marseillaise après les braquages des Cinq-Avenues
- 00:06:23 : le poids de la hiérarchie à la brigade criminelle
- 00:08:26 : la brigade du proxénétisme puis les stupéfiants
- 00:10:53 : la criminalité marseillaise au début des années 1990
- 00:13:40 : la bascule vers les caïds de cité
- 00:17:40 : règlements de comptes et jeunes tueurs
- 00:20:07 : technologie : les trafiquants toujours en avance
- 00:22:12 : d’anciens braqueurs reconvertis dans le narcotrafic
- 00:24:53 : sept ans sur l’affaire Topaz
- 00:28:59 : les fuites venues de l’intérieur de la PJ
- 00:30:03 : renseignement et erreurs de voyous
- 00:32:39 : le langage codé et l’erreur du chef
- 00:37:15 : quand le « foin » n’était pas de la cocaïne
- 00:44:18 : faire parler un suspect en garde à vue
- 00:45:57 : des aveux rétractés et la confrontation à la barre
- 00:49:14 : le procès de 2016 et l’écriture des livres
- 00:52:19 : la coca en Bolivie et le trajet de la cocaïne
- 00:57:37 : son regard sur l’affaire de la BAC Nord
FAQ
Qui est Jean-François Barbieri ?
Jean-François Barbieri est un ancien enquêteur de la police judiciaire. Après six ans à Paris, à la brigade des mineurs, il a travaillé à la PJ de Marseille à partir de fin 1987, surtout à la brigade des stupéfiants, puis comme attaché d’ambassade en Bolivie. Retraité depuis 2013, il est l’auteur de Tigre et Loup et de Narco Party.
Qu’est-ce que l’affaire Topaz ?
L’affaire Topaz est un dossier de trafic international de stupéfiants sur lequel Jean-François Barbieri a travaillé d’environ 1996 à 2003. Il visait une équipe d’anciens braqueurs installés en Espagne, qui importaient du cannabis du Maroc et du Mexique et de la cocaïne du Brésil. Les principales arrestations ont eu lieu en 1998 à Madrid.
Comment le narcotrafic marseillais a-t-il changé depuis les années 1990 ?
Selon Jean-François Barbieri, au début des années 1990, les cités étaient alimentées par des trafiquants corso-marseillais héritiers du grand banditisme. À partir des années 2000, les dealers de cité sont devenus des caïds qui ont pris la main sur ces réseaux, à la faveur des incarcérations et des guerres entre bandes.
Pourquoi la cocaïne prend-elle autant de valeur entre la Bolivie et l’Europe ?
Selon l’ancien enquêteur, c’est le transport transatlantique qui fait grimper le prix, à cause de la logistique, des contrôles et de la corruption à payer. Il cite un kilo à environ 1 500 dollars en Bolivie en 2012, contre près de 30 000 dollars à l’arrivée en Espagne, et plus encore en France.
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