
Laurent Kérusoré, Thomas Marci dans « Plus belle la vie » depuis 2005, est l'invité d'« Ils font Marseille ». Breton adopté par les Marseillais, il raconte comment un contrat de six semaines est devenu vingt ans de série, et ce que son personnage homosexuel a changé pour de nombreuses familles. Il parle aussi, sans détour, des agressions homophobes subies autour du débat sur le mariage pour tous, de l'arrêt de la série en 2022, de sa reprise sur TF1 et de son attachement à la Bonne Mère.
Thomas Marci, de six semaines à vingt ans
Dans « Ils font Marseille », Laurent Kérusoré, interprète de Thomas Marci dans « Plus belle la vie » depuis plus de vingt ans, raconte la série, sa vie à Marseille et les agressions homophobes qu’il a subies. Breton d’origine, il dit s’être « laissé adopter » par les Marseillais en vivant plus de quinze ans dans le 7e arrondissement, où il faisait ses courses et connaissait ses voisins. Il revient sur les débuts de la série, lancée en 2004 sur France 3 avec un tournage dans le quartier du Panier, alors peu touristique, avant que l’équipe ne doive tourner ailleurs pour ne plus gêner les commerçants. Les premiers mois sont difficiles ; en 2005, la série se tourne vers les intrigues policières et c’est à ce moment qu’arrive Thomas, venu chercher son père. Sa productrice lui propose le rôle d’un personnage homosexuel à une époque où, rappelle-t-il, le mariage pour tous n’existe pas : un contrat de six semaines, faute de savoir comment le public réagirait. Convoqué au bout de cinq semaines, il croit son rôle terminé ; c’est l’inverse, les téléspectateurs se sont attachés au personnage. Il insiste sur un choix des auteurs : Roland, le père, accepte l’homosexualité de son fils, et l’histoire n’est pas celle « d’un gay qui arrive » mais d’un fils qui cherche son père.
Il évoque aussi le rythme du tournage (jusqu’à 16 séquences par jour au début, sept aujourd’hui), des audiences de six à huit millions de téléspectateurs à 20 h 20, et le jour où, au festival de Luchon, l’équipe a mesuré son succès en voyant la foule se presser autour des voitures.
Le visage d’une ville et la violence homophobe
Laurent Kérusoré raconte son premier autographe, signé dans le 7e arrondissement à un Marseillais qui voulait le dédicacer « pour Robert », et explique pourquoi la série n’a pas imité l’accent marseillais : selon lui, l’imitation aurait été ridicule, et les écoles de théâtre faisaient alors effacer les accents. Il dit avoir toujours défendu Marseille face aux couvertures de presse qu’il jugeait injustes. Puis il parle, avec sobriété, des agressions homophobes subies, surtout dans les mois précédant le vote du mariage pour tous : il évoque 17 agressions, dont 13 suivies d’un passage à l’hôpital, et précise que leurs auteurs n’étaient le plus souvent pas marseillais. Il se dit résilient, mais s’inquiète d’une société qui, selon lui, « régresse ». Il raconte enfin les lettres reçues de parents et de grands-parents qui le remerciaient de les avoir aidés à ne pas juger leur enfant, et l’histoire d’un fils qui a fait son coming out à son père en se comparant à Thomas.
Il rappelle que Thomas a été le premier personnage de la télévision française à se marier, en 2013.
L’arrêt, la reprise sur TF1 et la Bonne Mère
En 2022, l’équipe apprend par la presse l’arrêt de la série par France Télévisions. Laurent Kérusoré accepte de tourner la dernière prise, devant un plateau du Mistral rempli de tous ceux qui y avaient travaillé, et dit avoir vécu la diffusion du dernier épisode comme « la fin du deuil ». Environ six mois plus tard, alors qu’il tourne « La Stagiaire », on lui propose de reprendre le rôle pour la reprise sur TF1, désormais diffusée l’après-midi. Il explique ne pas être carriériste, avoir refusé un rôle dans « The White Lotus » qui l’aurait montré presque nu, et préférer travailler toutes les semaines plutôt que quelques semaines par an. Aujourd’hui installé à la campagne, il n’a posé qu’une condition à son contrat : un hôtel avec vue sur la Bonne Mère, où il monte quand il a une décision à prendre.
L’entretien se termine sur la disparition de deux proches de la série, le deuil vécu loin des réseaux sociaux, et sur le lien entre Marseillais, OM et « Plus belle la vie ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Plus belle la vie : série quotidienne lancée en 2004 sur France 3, reprise par TF1 après son arrêt en 2022.
- Thomas Marci : personnage joué par Laurent Kérusoré, fils de Roland, premier personnage de la télévision française à se marier.
- Le Mistral : quartier imaginaire de Marseille où se déroule la série.
- Le Panier : quartier de Marseille où la série a été tournée à ses débuts.
- Festival de Luchon : festival de la fiction télévisée où l’équipe a pris conscience de sa popularité.
- Mariage pour tous : le débat de 2013 a coïncidé avec la période d’agressions la plus difficile pour l’acteur.
- La Stagiaire : série dans laquelle il tournait quand on lui a proposé la reprise de « Plus belle la vie ».
- La Bonne Mère : lieu où il monte prendre du recul quand il revient à Marseille, et qu’il veut voir depuis sa chambre d’hôtel.
- Olympique de Marseille : club dont la devise « À jamais les premiers » a été reprise pour l’arrêt de la série.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de Laurent Kérusoré, visage du Mistral
- 00:00:46 : un Breton adopté par les Marseillais et la vie de quartier dans le 7e
- 00:02:21 : les débuts de la série au Panier et le choix de Marseille
- 00:04:37 : des débuts difficiles, puis les intrigues policières
- 00:06:30 : l’anecdote du village corse où résonnait le générique
- 00:07:53 : tourner par décors, à flux tendu
- 00:08:36 : l’arrivée de Thomas et le contrat de six semaines
- 00:10:42 : un personnage homosexuel accepté par son père
- 00:12:43 : seize séquences par jour et la question de s’enfermer dans un rôle
- 00:15:49 : le dédain des plateaux de talk-show
- 00:18:10 : le festival de Luchon et la mesure du succès
- 00:19:12 : le premier autographe et la question de l’accent marseillais
- 00:23:22 : défendre Marseille dans la presse
- 00:25:10 : les agressions homophobes autour du mariage pour tous
- 00:27:34 : les lettres de parents et un coming out grâce à Thomas
- 00:31:40 : l’inquiétude pour les jeunes générations
- 00:35:12 : l’arrêt de la série par France Télévisions et le dernier clap
- 00:39:26 : la reprise sur TF1 et le refus de « The White Lotus »
- 00:45:03 : le nouveau décor et l’attachement au plateau du Mistral
- 00:47:15 : la Bonne Mère et le lien avec Marseille
- 00:49:03 : l’OM et « Plus belle la vie »
- 00:52:18 : la disparition de deux proches de la série
FAQ
Qui est Laurent Kérusoré ?
Laurent Kérusoré est un comédien d’origine bretonne qui joue Thomas Marci dans « Plus belle la vie » depuis 2005. Engagé pour un contrat de six semaines, il est resté plus de vingt ans dans la série, sur France 3 puis sur TF1. Il a vécu plus de quinze ans dans le 7e arrondissement de Marseille avant de s’installer à la campagne.
Pourquoi le personnage de Thomas a-t-il marqué les téléspectateurs ?
Selon Laurent Kérusoré, Thomas est arrivé en 2005 comme un fils à la recherche de son père, et non comme « un gay qui arrive dans la série ». Son père, Roland, accepte son homosexualité. Il dit avoir reçu de nombreuses lettres de parents et de grands-parents le remerciant de les avoir aidés à ne pas juger leur enfant.
Quelles agressions Laurent Kérusoré a-t-il subies ?
Il raconte avoir subi 17 agressions homophobes, dont 13 suivies d’un passage à l’hôpital, surtout dans les mois précédant le vote du mariage pour tous. Il pense que ses agresseurs voyaient en lui un symbole, son personnage ayant été le premier à se marier à la télévision, et précise qu’ils n’étaient le plus souvent pas marseillais.
Comment l’équipe a-t-elle vécu l’arrêt de « Plus belle la vie » en 2022 ?
Les comédiens ont appris l’arrêt par la presse, ce qui les a vexés après dix-huit ans de série. Il leur restait environ quatre mois de tournage. Laurent Kérusoré a accepté de tourner la dernière prise, devant tout le plateau réuni. Environ six mois plus tard, on lui a proposé de reprendre le rôle pour TF1.
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