
Rudy Manna, policier arrivé à Marseille en 2003 après des débuts en région parisienne, est devenu porte-parole syndical tout en gardant un pied sur le terrain. Dans Ils font Marseille, il revient sur trente et un ans de carrière : la compagnie d'intervention, la fin de la police de proximité, les émeutes de 2023 dans le centre-ville, l'affaire de la BAC Nord, le poids du narcotrafic dans certaines cités, et sa vision du lien entre la police, la justice et les habitants.
Un flic de terrain tombé amoureux de Marseille
Dans cet épisode d’Ils font Marseille, Rudy Manna, policier et porte-parole syndical, raconte trente et un ans de carrière, dont plus de vingt à Marseille. Né à Sète dans une famille qui votait communiste et voyait d’un mauvais œil son choix, il entre dans la police en 1995 en faisant son service militaire comme policier auxiliaire, passe par l’école de police de Carcassonne puis rejoint la région parisienne en 1998, à la BAC du 92. Lassé de la grisaille, il demande Marseille, qu’il connaissait depuis l’adolescence par les matchs de l’OM avec ses oncles, et y arrive en avril 2003. Après six mois dans un commissariat vétuste du premier arrondissement, il passe dix ans à la compagnie d’intervention de Marseille, une unité de 150 policiers appelée en première ligne sur les manifestations et les violences urbaines. Il y a vécu, dit-il, des moments « extraordinaires » et d’autres très difficiles, et parle de ses collègues comme de « frères d’armes ». Il ne s’est jamais servi de son arme et affirme qu’aucun policier ne se lève le matin en espérant tirer.
Il défend un contact souriant lors des contrôles, « ferme mais courtois », et dit avoir appris à ne plus regarder les condamnations prononcées : interpeller est le rôle du policier, juger celui du magistrat.
De la police de proximité aux émeutes de 2023
Rudy Manna dit avoir connu la police de proximité créée par un ministre de l’Intérieur qu’il juge « bon », quand trois ou quatre policiers à pied entraient dans les cités et parlaient avec les commerçants et les gardiens. Selon lui, la rupture voulue par Sarkozy, ministre de l’Intérieur à son arrivée à Marseille, d’abord bien accueillie par les policiers parce qu’elle apportait des moyens comme des gilets pare-balles individuels, a été trop forte, et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux a vidé les effectifs. Il évoque des interventions où les policiers, en sous-nombre, ont renoncé pour ne pas mettre leurs collègues en danger, et la dureté de certaines interventions, comme les suicides. Il décrit les émeutes de 2023 dans le centre-ville de Marseille, cinq soirs qu’il compare à « la guerre », avec selon lui 485 commerces pillés, et la mince frontière entre force légitime et violence illégitime. Il revient sur la réaction du président de la République après la mort d’un adolescent de 17 ans tué par un tir policier, qui a selon lui marqué durablement les policiers, et estime qu’un responsable politique ne devrait pas commenter une affaire en cours d’instruction.
Il cite aussi la cagnotte en faveur des forces de l’ordre lancée par le président de la région, Renaud Muselier, qui a selon lui dépassé 1,4 million d’euros.
La BAC Nord, le narcotrafic et le syndicalisme
Sur l’affaire de la BAC Nord, Rudy Manna, qui connaissait plusieurs des policiers mis en cause, juge que l’emballement médiatique et les déclarations de l’époque ont fait d’eux des « brebis galeuses » avant tout jugement. Il rappelle que certains ont passé 63 jours en détention et qu’au procès de 2022, dix ans plus tard, les peines prononcées ont été légères, et salue le travail des magistrats. Selon lui, l’affaire a changé la façon d’intervenir dans les cités et cassé le système des informateurs. Il estime qu’il est aujourd’hui difficile de rétablir une police de proximité dans des cités tenues par des organisations criminelles, même si « la police rentre partout ». Détaché pendant dix ans dans un syndicat, il est retourné en service à la brigade nautique départementale de Marseille, qui assure la sécurité du littoral et accueille des jeunes pour parler de prévention, avant de reprendre un rôle de délégué national à la communication. Il assume d’aller sur tous les plateaux, de toutes tendances, et explique son soutien affiché à la présidente de la métropole, Martine Vassal, par la gratuité des transports obtenue pour les policiers, pompiers, gendarmes et agents pénitentiaires.
Il souhaiterait entendre un magistrat dans un prochain épisode : pour lui, police et justice sont « les deux jambes » de la lutte contre l’insécurité.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Compagnie d’intervention de Marseille : unité de maintien de l’ordre où Rudy Manna a passé dix ans.
- Police de proximité : dispositif qu’il a connu en région parisienne et dont il juge le retour difficile dans certaines cités.
- Affaire de la BAC Nord : l’affaire qui a visé des policiers de la BAC des quartiers nord de Marseille, jugée en 2022.
- Émeutes de 2023 : les violences urbaines qui ont touché le centre-ville de Marseille pendant cinq soirs.
- Brigade nautique départementale de Marseille : le service où il est retourné après son détachement syndical.
- Olympique de Marseille : le club qui lui a fait découvrir la ville adolescent.
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : un policier de terrain entré dans le métier par vocation
- 00:02:16 : une jeunesse à Sète et une famille réticente
- 00:04:15 : la découverte de Marseille avec l’OM et le départ de Paris
- 00:06:55 : l’arrivée à Marseille en 2003 et la compagnie d’intervention
- 00:08:49 : de la police de proximité à la rupture voulue par Sarkozy
- 00:11:59 : intervenir en sous-nombre
- 00:16:10 : un contrôle avec le sourire
- 00:17:39 : les moments qui rendent fier
- 00:20:17 : les interventions les plus dures
- 00:21:47 : bavures, médiatisation et profession contrôlée
- 00:24:38 : les émeutes de 2023 dans le centre-ville
- 00:26:08 : la phrase du président de la République et ses conséquences
- 00:29:17 : les cagnottes
- 00:31:56 : l’affaire de la BAC Nord
- 00:37:13 : informateurs, narcotrafic et cités
- 00:39:29 : une police de proximité impossible dans certaines cités
- 00:41:25 : dix ans de syndicalisme et le retour à la brigade nautique
- 00:45:04 : parler sur tous les plateaux
- 00:47:35 : la prévention auprès des jeunes
- 00:49:00 : son soutien à Martine Vassal et la gratuité des transports
- 00:52:35 : police et justice, les deux jambes de la sécurité
FAQ
Qui est Rudy Manna ?
Rudy Manna est un policier né à Sète, entré dans la police en 1995 et affecté à Marseille depuis 2003, après plusieurs années en région parisienne. Il a passé dix ans à la compagnie d’intervention de Marseille, dix ans détaché dans un syndicat de police comme porte-parole, puis un passage à la brigade nautique avant de reprendre des fonctions syndicales.
Que pense Rudy Manna de la police de proximité à Marseille ?
Il l’a pratiquée en région parisienne et la juge efficace à l’époque. Mais il estime qu’on ne peut plus envoyer quatre policiers discuter avec les habitants dans des cités tenues par le narcotrafic, où ceux qui parlent à la police s’exposent à des représailles. Selon lui, elle reste possible dans le centre-ville et dans d’autres quartiers.
Que dit Rudy Manna de l’affaire de la BAC Nord ?
Il estime que les policiers de la BAC Nord ont été présentés comme des « brebis galeuses » avant d’être jugés. Il rappelle que certains ont passé 63 jours en détention et qu’au procès de 2022 les peines ont été légères. Selon lui, l’affaire a changé la manière d’intervenir dans les cités et mis fin au recours habituel aux informateurs.
Qu’est-ce que la brigade nautique départementale de Marseille ?
Selon Rudy Manna, qui y a travaillé, c’est un service de police qui assure la sécurité du littoral et sur l’eau avec plusieurs bateaux. Il accueille aussi, au sein d’un centre de loisirs des jeunes, des associations et des classes pour parler du trafic de stupéfiants ou du harcèlement scolaire, avant des activités en mer.
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