Podcast Méditerranée.
Ils font Marseille14 juin 202661 min

TITUS : DE LA RUE AU CINÉMA, LES VÉRITÉS DU « MAIRE » DU PANIER

avec Titus

Titus, enfant du Panier à Marseille devenu auteur et réalisateur de cinéma

Titus, de son vrai prénom Patrice, a grandi dans une famille arménienne pauvre du quartier du Panier, à Marseille. Longtemps connu de la police, passé par la prison, il est aujourd'hui intermittent du spectacle depuis quatorze ans et écrit des films. Face à l'animateur d'Ils font Marseille, il revient sur le Panier des années 80 et 90, les fêtes du quartier, la fresque à son effigie effacée sur ordre de la préfecture et ce que le cinéma lui a apporté.

Un enfant du Panier

Titus, de son vrai prénom Patrice, est reçu dans Ils font Marseille pour parler du quartier du Panier, où il a passé toute son enfance, et de sa reconversion dans l’audiovisuel. Issu d’une famille arménienne très pauvre (sa mère faisait des ménages, un de ses frères se droguait à l’héroïne dès 14 ans), il grandit rue du Refuge et décrit un Panier des années 80 et 90 où une trentaine de familles vivaient portes ouvertes, assises dehors jusqu’à deux ou trois heures du matin. Il ne cache rien de sa jeunesse : « j’étais très très très violent, perturbateur », dit-il, avant de raconter comment un premier commerce place des Pistoles, puis cinq ou six autres, l’ont poussé à vouloir des touristes et du calme dans le quartier. Il revendique une part de la transformation du Panier, accepte les locations touristiques mais regrette que les nouveaux habitants aient mis fin aux veillées sous les fenêtres. Il raconte aussi les fêtes du Panier, sorte de seconde fête de la musique où chaque rue avait son style (le raï au Refuge, la salsa au Moulin, le rock place de Lenche) et dont il s’occupait de la programmation raï.

Il évoque enfin les surnoms marseillais, celui qu’on lui donne de « maire » du Panier et les jeunes du quartier à qui il achète des casques ou qu’il envoie au Frioul plutôt que de les voir traîner.

La fresque effacée

Un artiste de street art peint un jour son portrait au Panier, avec l’accord des commerçants. La fresque devient une attraction, au point qu’une chasse au trésor organisée pour une enseigne la cherche, puis fait réagir jusqu’à la préfecture. Selon Titus, un premier préfet n’y voit rien d’alarmant, mais la préfète qui lui succède ne veut pas de « figure emblématique » et fait effacer la fresque sous protection policière. Il raconte la scène avec humour : la première entreprise sollicitée refuse le chantier parce que son patron le connaît depuis trente ans, et la policière en faction ne sait pas que l’homme qui lui parle est celui du mur. Il chiffre l’opération à cinq ou six mille euros et s’interroge, alors que le quartier compte selon lui des milliers de tags. Il parle aussi de son frère qu’il a sauvé plusieurs fois d’une overdose quand il avait douze ans, de ses années de prison et de sa colère d’alors contre « le système ».

Sur les quartiers Nord, il estime que les jeunes des cités sont laissés de côté et dit sa tristesse face aux faits divers, sans vouloir s’en mêler.

De la rue aux plateaux de cinéma

Fasciné très tôt par la caméra (enfant, il participe à des tournages et joue à 11 ans dans un clip), Titus commence à écrire en détention. À sa sortie, il écrit, produit et réalise un court-métrage avec une équipe d’amis, puis une série tournée « à la bonne franquette ». En 2014 ou 2015, il présente un trailer à une chaîne à Paris, qui le trouve trop sombre au moment des attentats. Un producteur finance alors l’écriture d’un film unitaire, Les Marioles, mélange de banditisme et de comédie qu’il écrit avec Didier Landucci et Jean-Marc Michelangeli, des Bonimenteurs, rencontrés sur le toit du Corbusier. Il raconte avoir fréquenté le Festival de Cannes pendant cinq ou six ans, les promesses non tenues du milieu et la « famille » qu’il y a retrouvée. Il décrit aussi son travail humanitaire, un projet d’école de cinéma au Sénégal et l’aide qu’il apporte, de sa poche, à des jeunes ou à un sans-abri dont il a entendu l’histoire.

L’entretien se clôt sur ses rencontres en prison, dont Bernard Tapie et Roland Courbis, et sur l’idée qu’une nouvelle fresque à son effigie puisse un jour rester au Panier.

Les références de l’épisode

  • Le Panier : quartier de Marseille où Titus a grandi, rue du Refuge.
  • Place des Pistoles : lieu de son premier commerce et de la fresque à son effigie.
  • Fêtes du Panier : fête de quartier aujourd’hui arrêtée, avec une musique différente dans chaque rue.
  • Les Marioles : projet de film mêlant banditisme et comédie, idée originale de Titus.
  • Les Bonimenteurs : duo d’improvisation de Didier Landucci et Jean-Marc Michelangeli, coauteurs du scénario.
  • Le Corbusier : sur son toit a eu lieu la première rencontre avec les Bonimenteurs.
  • Festival de Cannes : où il se rend chaque année pour rencontrer des producteurs.
  • Bernard Tapie : rencontré en détention à la fin des années 90, de fenêtre à fenêtre.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:57 : présentation de Titus, figure du Panier
  • 00:02:56 : Patrice ou Titus, l’origine du surnom
  • 00:05:33 : une enfance pauvre dans une famille arménienne du Panier
  • 00:07:48 : ses commerces et l’arrivée des touristes
  • 00:11:57 : les locations touristiques et les nouveaux habitants
  • 00:12:48 : les fêtes du Panier et la programmation par rue
  • 00:16:08 : le « maire » du Panier et les jeunes du quartier
  • 00:19:35 : la fresque à son effigie et son effacement
  • 00:26:08 : la fascination pour la caméra depuis l’enfance
  • 00:27:11 : l’écriture en détention et le premier court-métrage
  • 00:36:34 : de la série au film Les Marioles avec les Bonimenteurs
  • 00:41:30 : les quartiers Nord et les jeunes des cités
  • 00:45:08 : l’humanitaire et l’aide aux autres
  • 00:49:38 : un frère héroïnomane et une enfance sans père
  • 00:51:04 : rencontres en prison, Bernard Tapie et Roland Courbis
  • 00:57:54 : l’espoir d’une nouvelle fresque au Panier

FAQ

Qui est Titus du Panier ?

Titus, de son vrai prénom Patrice, a grandi dans une famille arménienne du quartier du Panier, à Marseille. Connu de la police dans sa jeunesse et passé par la prison, il est devenu intermittent du spectacle depuis quatorze ans. Il écrit et réalise des films et préside une association de quartier.

Pourquoi la fresque de Titus au Panier a-t-elle été effacée ?

Selon Titus, un artiste de street art avait peint son portrait place des Pistoles avec l’accord des commerçants. Après des signalements, une nouvelle préfète a refusé qu’une « figure emblématique » de ce type reste affichée et a fait effacer la fresque sous protection policière, une opération qu’il estime à cinq ou six mille euros.

Qu’étaient les fêtes du Panier ?

C’était une fête de quartier, comparée par l’animateur à une seconde fête de la musique, avec des concerts dans toutes les rues et des cuisines du monde entier. Chaque lieu avait son style : le raï rue du Refuge, la salsa au Moulin, le rock place de Lenche. Titus s’occupait de la programmation raï. La fête a cessé d’exister.

Comment Titus est-il venu au cinéma ?

Il raconte avoir commencé à écrire en détention, puis réalisé un court-métrage avec des amis à sa sortie. Un producteur a ensuite financé l’écriture de Les Marioles, comédie sur le banditisme coécrite avec Didier Landucci et Jean-Marc Michelangeli, des Bonimenteurs. Il fréquente le Festival de Cannes pour rencontrer des producteurs.

Ils font Marseille

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