
Violette Artaud, journaliste à Marsactu, journal d'enquête marseillais, revient au micro de Benoît Gilles sur l'explosion de la consommation de crack dans le centre de Marseille, des Réformés à la Plaine. Son enquête suit la trace des personnes à la rue évacuées de Paris vers un foyer marseillais, avant, pendant et après les Jeux olympiques de 2024. La préfecture assure qu'aucune addiction n'a été relevée à leur arrivée ; associations et maire de Marseille en doutent. L'épisode fait aussi le point sur une réponse publique encore timide et sur le projet commun des associations de réduction des risques.
Des Jeux olympiques au foyer marseillais
Dans cet épisode du Bocal de Marsactu, la journaliste Violette Artaud explique à Benoît Gilles comment la cocaïne basée, le crack, s’est installée dans les quartiers du centre de Marseille, et pourquoi beaucoup d’acteurs de terrain relient cette accélération aux Jeux olympiques de Paris. Elle précise d’abord la nature du produit : à Paris, le crack se vend en cailloux sur les points de deal ; à Marseille, il s’agit d’une préparation artisanale, de la cocaïne en poudre mélangée à des produits comme l’ammoniaque pour pouvoir être fumée. Selon les associations, l’usage est apparu vers 2019, a augmenté depuis deux ans et de façon exponentielle depuis six mois ; un chiffre circule, une centaine de consommateurs de rue, mais elle le juge très difficile à objectiver. Son enquête suit les évacuations de personnes à la rue organisées par la préfecture de Paris, puis leur transfert en car vers des villes de région, dont Marseille, où un foyer d’hébergement les reçoit dans le cadre d’une circulaire. La préfecture des Bouches-du-Rhône parle d’environ 800 personnes depuis mai 2023 et affirme que les entretiens sanitaires ne révèlent aucune addiction. La journaliste relève que les arrivants voient vite une infirmière, mais que le rendez-vous médical n’a lieu que le lendemain ou les jours suivants : selon plusieurs acteurs, dont le maire de Marseille, les personnes dépendantes quittent le dispositif avant.
Elle évoque aussi d’autres facteurs, comme des départs spontanés de Paris et une cocaïne marseillaise facile à trouver, peu chère et très pure, vendue en doses à 10 euros. Face à cela, Marseille n’a toujours pas de halte-soin addiction, sa salle historique d’accueil des consommateurs est fermée, et les associations de réduction des risques se sont regroupées dans le projet Tempo.
Pour aller plus loin
- L’enquête de Violette Artaud sur Marsactu
- Marseille va cracker : comment le trafic s’étend en centre-ville
- Le podcast Marseille va cracker
- La newsletter du Bocal
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Les références de l’épisode
- Marsactu : journal d’enquête marseillais, qui produit le Bocal.
- Jeux olympiques de Paris 2024 : avant leur tenue, des personnes à la rue ont été évacuées de la capitale vers des villes de région.
- Préfecture des Bouches-du-Rhône : elle accueille les personnes déplacées et affirme qu’aucune addiction n’a été déclarée à leur arrivée.
- Médecins du Monde : l’association a financé pendant six mois un poste à temps plein pour coordonner le projet Tempo.
- Projet Tempo : programme commun des associations de réduction des risques, avec des propositions détaillées.
- AP-HM : l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille soutient le projet Tempo.
- ARS : l’Agence régionale de santé a rejoint plus récemment la dynamique.
Au fil de l’épisode
- 00:00:06 : une consommation de crack devenue exponentielle dans le centre de Marseille
- 00:00:31 : crack parisien en cailloux et cocaïne basée artisanale à Marseille
- 00:01:38 : un usage apparu vers 2019, une hausse brutale depuis six mois
- 00:02:11 : une centaine de consommateurs de rue, un chiffre difficile à objectiver
- 00:03:15 : les évacuations de personnes à la rue à Paris avant les Jeux olympiques
- 00:05:10 : un foyer marseillais, une circulaire et environ 800 personnes accueillies
- 00:06:40 : un rendez-vous médical qui arrive après le départ de certains usagers
- 00:08:23 : la halte-soin addiction, débat marseillais de longue date
- 00:11:04 : départs spontanés et cocaïne marseillaise bon marché et très pure
- 00:12:07 : la mobilisation des riverains et l’évolution de leur regard
- 00:14:33 : les associations de réduction des risques réunies dans le projet Tempo
- 00:17:12 : une halte-soin addiction promise mais jamais localisée
FAQ
Pourquoi relie-t-on les JO de Paris à l’essor du crack à Marseille ?
Avant les Jeux olympiques de 2024, la préfecture de Paris a évacué des personnes vivant à la rue et les a envoyées en car vers des villes de région, dont Marseille. Selon des acteurs sociaux et le maire de Marseille, des consommateurs de crack figuraient parmi elles et ont quitté le dispositif dès leur arrivée.
Qu’est-ce que la cocaïne basée consommée à Marseille ?
C’est de la cocaïne en poudre mélangée à des produits comme l’ammoniaque, qui la rendent solide pour qu’elle puisse être fumée. Violette Artaud explique qu’à Marseille il s’agit d’un crack artisanal préparé par les usagers, alors qu’à Paris il se vend déjà sous forme de cailloux sur les points de deal.
Que répond la préfecture des Bouches-du-Rhône ?
Elle confirme l’arrivée d’environ 800 personnes dans le cadre d’une circulaire datant de mai 2023, sans lien selon elle avec les JO, et affirme que les entretiens sanitaires ne révèlent que des problèmes dermatologiques. Elle n’est pas en mesure de dire combien de personnes sont parties avant leur rendez-vous médical.
Qu’est-ce que le projet Tempo ?
C’est le programme commun des associations marseillaises de réduction des risques, avec des propositions détaillées pour répondre à la crise du crack. Médecins du Monde l’a porté en finançant un poste de coordination pendant six mois ; l’AP-HM et l’Agence régionale de santé le soutiennent.
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