
Clara Martot Bacry, journaliste à Marsactu, revient au micro de Violette Artaud sur son enquête consacrée aux rendez-vous revendus aux étrangers qui demandent un titre de séjour à la préfecture des Bouches-du-Rhône, à Marseille. Devant le service de la rue Saint-Sébastien, elle a recueilli les témoignages d'usagers bloqués, remonté plusieurs filières de revente et interrogé la préfecture comme le parquet. Elle explique comment fonctionne ce marché parallèle, ce qui le rend possible et ce qu'il coûte à ceux qui perdent leurs droits faute de rendez-vous.
Des rendez-vous vendus devant la préfecture
Dans le premier épisode de la nouvelle saison du Bocal de Marsactu, la journaliste Violette Artaud reçoit sa collègue Clara Martot Bacry, autrice d’une enquête intitulée « À Marseille, des étrangers obligés d’acheter des rendez-vous pour être reçus en préfecture ». Le constat de départ est simple : pour débloquer une demande de titre de séjour, il faut souvent un rendez-vous physique avec un agent de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Les créneaux sont mis en ligne chaque semaine sur le site, mais ils s’affichent toujours complets. Selon la journaliste, ils sont aspirés dans la seconde par des robots informatiques, puis revendus. Elle raconte comment elle a interrogé les usagers devant le service de la rue Saint-Sébastien, où tout le monde, dit-elle, avait entendu parler de rendez-vous payants : un commerce voisin, un groupe WhatsApp, une personne du quartier. Elle détaille plusieurs filières, comme une femme présentée comme une ancienne employée de la préfecture qui facture 30 euros la consultation, ou une page Facebook qui imite les couleurs des services publics et réclame un virement de 70 euros vers un compte situé dans un autre pays de l’Union européenne. Clara Martot Bacry précise qu’elle n’a pas cherché à poursuivre tel ou tel revendeur : son but était de montrer un système qu’elle juge structurel. Elle rapporte aussi les réponses de la préfecture (un travail sur une solution informatique contre les robots, des signalements au parquet) et la frontière juridique qu’elle décrit : faire payer une aide dans les démarches est légal, vendre un rendez-vous ne l’est pas.
La seconde moitié de l’échange élargit le propos. Pour la journaliste, la cause première est le manque de rendez-vous et la crise administrative qui touche les étrangers demandeurs de titre de séjour, à Marseille comme ailleurs en France. Elle décrit des personnes installées depuis vingt ou quarante-cinq ans qui perdent leur travail, leurs droits sociaux et leur liberté de circuler faute de réponse à temps, et elle parle d’une discrimination liée à la nationalité.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marsactu : journal d’enquête indépendant basé à Marseille, qui publie le podcast.
- Préfecture des Bouches-du-Rhône : administration dont les rendez-vous pour les titres de séjour font l’objet de l’enquête.
- Rue Saint-Sébastien : adresse marseillaise du service de la préfecture devant lequel la journaliste a interrogé les usagers.
- « Comment la préfecture des Bouches-du-Rhône fabrique des sans-papiers à la chaîne » : précédente enquête de Clara Martot Bacry, citée en fin d’épisode.
- InfoMigrants, StreetPress, Libération : médias que la journaliste cite pour leur travail sur ces questions.
Au fil de l’épisode
- 00:00:42 : présentation de l’enquête sur le trafic de rendez-vous à la préfecture
- 00:01:44 : des créneaux mis en ligne chaque semaine et toujours complets
- 00:02:15 : les robots qui aspirent les créneaux et les revendeurs qui sont derrière
- 00:03:12 : ce qui a mis la rédaction sur la piste
- 00:04:35 : le témoignage d’un fils dont la mère algérienne est bloquée
- 00:05:26 : l’enquête devant la préfecture, rue Saint-Sébastien
- 00:06:13 : une consultation à 30 euros proposée par une prétendue ancienne employée
- 00:08:34 : la page Facebook et le virement de 70 euros vers un compte à l’étranger
- 00:09:39 : la réponse de la préfecture et les signalements au parquet
- 00:11:59 : la différence entre aide payante aux démarches et vente de rendez-vous
- 00:12:11 : l’origine du problème selon la journaliste
- 00:13:34 : avant internet, des places dans la file d’attente revendues
- 00:14:03 : la question politique et la différence de traitement selon la nationalité
- 00:15:58 : les conséquences pour les personnes sans titre de séjour
- 00:17:21 : la couverture médiatique du sujet et l’engagement de la journaliste
- 00:20:27 : rappel de la précédente enquête et appel au soutien de Marsactu
FAQ
Qu’est-ce que le trafic de rendez-vous à la préfecture de Marseille ?
Selon l’enquête de Clara Martot Bacry pour Marsactu, les créneaux de rendez-vous de la préfecture des Bouches-du-Rhône destinés aux étrangers qui demandent un titre de séjour sont réservés dès leur mise en ligne par des robots, puis revendus contre quelques dizaines d’euros, dans des commerces, sur Facebook ou dans des groupes WhatsApp.
Combien coûte un rendez-vous acheté sur ce marché parallèle ?
La journaliste cite plusieurs exemples : une femme se présentant comme une ancienne employée de la préfecture qui facture 30 euros la simple consultation, et une page Facebook qui demande un virement de 70 euros sur un compte établi dans un autre pays de l’Union européenne. Dans l’épisode, des usagers évoquent aussi des montants de 30 ou 40 euros.
Est-il légal de faire payer une aide pour les démarches en préfecture ?
D’après ce qu’explique Clara Martot Bacry, il existe une zone grise : faire payer un service d’aide aux démarches administratives n’est pas illégal, et de nombreuses enseignes le proposent dans les quartiers de Marseille. En revanche, vendre un rendez-vous en préfecture est illégal, car un rendez-vous n’est pas une démarche.
Que répond la préfecture des Bouches-du-Rhône ?
Selon la journaliste, la préfecture se dit au courant du phénomène, alertée par les usagers eux-mêmes. Elle indique travailler sur une solution informatique pour bloquer les robots et transmettre des signalements au parquet. La journaliste note que le parquet n’a pas pu lui indiquer d’enquête ouverte à la suite de ces signalements.
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