
Clara Martot Bacry, journaliste de Marsactu spécialisée police et justice, a assisté à l'ouverture du procès du clan Yoda devant le tribunal correctionnel de Marseille. Au micro de Violette Artaud, elle explique pourquoi ce procès en apparence ordinaire documente une séquence inédite : la guerre de territoire qui a fait de la cité de la Paternelle l'épicentre des violences de 2023. Elle décrit le lieu, la mécanique du trafic, la première journée d'audience et les précautions de son métier.
La Paternelle, épicentre d’une guerre inédite
Dans cet épisode du Bocal de Marsactu, Violette Artaud interroge Clara Martot Bacry, journaliste de la rédaction spécialisée « police, justice, dealers », sur le procès du clan Yoda, ouvert le lundi 18 mai devant la septième chambre du tribunal correctionnel de Marseille, spécialisée en délinquance organisée, pour trois semaines. Selon elle, le procès paraît banal, mais il documente une séquence inédite : la « guerre de la Paternelle », un conflit de territoire entre le clan Yoda et la DZ Mafia, à l’origine de la majorité des 49 narchomicides enregistrés à Marseille en 2023. Elle décrit la cité de la Paternelle, faite de petits immeubles de trois ou quatre étages aux toits rouges et aux murs roses, dont l’atout pour les trafiquants tient à sa situation, au croisement de la L2 et de l’autoroute vers Aix, près du marché d’intérêt national des Arnavaux. Elle explique comment le confinement, des sorties de prison et des remaniements entre réseaux ont rebattu les cartes en 2020 et 2021, jusqu’à ce que la Paternelle compte quatre points de deal, dont celui de la Fontaine, le plus lucratif, qui donne son nom au clan Yoda. La guerre éclate en février 2023 : après des fusillades, un guetteur de 17 ans est battu à mort à la mi-février. La journaliste insiste sur la logique de cette violence, qui vise des gens peu gradés pour l’endroit où ils travaillent, et sur l’apparition du mot narchomicide, qui remplace l’expression « règlement de comptes ».
L’enquête de police jugée ici s’arrête en 2023 : le procès porte sur les prémices de la guerre, et c’est la logistique de ce point de vente qui intéresse la journaliste.
Une salle trop petite et un procès technique
Clara Martot Bacry explique pourquoi le procès se tient dans une salle trop petite pour les vingt prévenus, leurs proches et les nombreux journalistes : c’est la seule qui dispose de box vitrés sécurisés, alors que la salle des procès hors normes ne l’est pas suffisamment. Seize prévenus comparaissent libres et trois détenus. Elle décrit un procès technique, qui détaille chaque échelon du trafic, des « nourrices » qui prêtent leur appartement aux dirigeants, en rappelant que tous restent présumés innocents. La première journée a été consacrée aux interrogatoires de personnalité : celui du principal prévenu, que les enquêteurs placent à la tête de l’organisation, ce qu’il conteste, et qui a vécu à Marbella, à Dubaï puis au Maroc, où il a été arrêté en 2024 ; celui d’un codétenu présenté comme un proche, et celui d’une soignante, veuve d’un homme tué en 2023, poursuivie pour non-justification de ressources.
En fin d’épisode, la journaliste parle de son métier : elle dit n’avoir jamais subi d’intimidation, mais redouter surtout d’écrire une erreur, ce qui explique que les prévenus soient cités par leurs initiales dans les articles de Marsactu.
Pour aller plus loin
- Trois ans après la guerre de la Paternelle, la justice examine le clan Yoda
- De quoi la DZ Mafia est-elle le nom ?
- Un mort par semaine : quand les trafiquants imposent leur terreur
- La newsletter du Bocal
Les références de l’épisode
- Septième chambre du tribunal correctionnel de Marseille : chambre spécialisée en délinquance organisée, qui juge le clan Yoda.
- Cité de la Paternelle : cité de Marseille, épicentre de la guerre de territoire de 2023.
- Clan Yoda : groupe qui gérait le point de vente de la Fontaine, jugé lors de ce procès.
- DZ Mafia : clan rival du clan Yoda dans la guerre de la Paternelle.
- Marché d’intérêt national des Arnavaux : voisin de la cité, dont la journaliste souligne la situation stratégique.
- Cour d’assises d’Aix-en-Provence : a jugé quelques semaines plus tôt plusieurs cadres présumés de la DZ Mafia.
- Prison de Vendin-le-Vieil : quartier de haute sécurité où est incarcéré le principal prévenu.
Au fil de l’épisode
- 00:00:20 : l’ouverture du procès du clan Yoda à Marseille
- 00:01:17 : pourquoi ce procès, banal en apparence, ne l’est pas
- 00:03:26 : la cité de la Paternelle et sa situation stratégique
- 00:05:28 : comment les réseaux s’y sont implantés après le confinement
- 00:07:46 : le point de la Fontaine et la naissance du nom Yoda
- 00:08:55 : février 2023, le début de la guerre de territoire
- 00:09:22 : 49 narchomicides et 110 blessés en 2023
- 00:10:34 : pourquoi la septième chambre et une salle trop petite
- 00:13:18 : décortiquer chaque échelon du trafic
- 00:15:30 : l’interrogatoire de personnalité du principal prévenu
- 00:20:10 : les autres prévenus de la première journée
- 00:22:57 : ce que la journaliste attend de la suite du procès
- 00:24:11 : écrire sur le trafic : précautions et anonymat
FAQ
Qu’est-ce que la guerre de la Paternelle ?
C’est un conflit de territoire qui a opposé à Marseille, à partir de février 2023, le clan Yoda à la DZ Mafia autour de la cité de la Paternelle. Selon Marsactu, il est à l’origine de la majorité des 49 narchomicides enregistrés dans la ville en 2023, une année qui a aussi compté 110 blessés.
Pourquoi la cité de la Paternelle était-elle si convoitée ?
Selon Clara Martot Bacry, la Paternelle est une petite cité, mais sa situation est stratégique : au croisement de la L2 et de l’autoroute vers Aix, près du marché d’intérêt national des Arnavaux, desservie par plusieurs ronds-points. Ses points de deal étaient aussi bien approvisionnés, avec un produit réputé de bonne qualité.
Pourquoi le procès du clan Yoda se tient-il dans une petite salle ?
Il se tient devant la septième chambre du tribunal correctionnel de Marseille, spécialisée en délinquance organisée. Sa salle est petite pour vingt prévenus, leurs proches et la presse, mais c’est la seule qui dispose de box vitrés sécurisés, la salle des procès hors normes ayant été jugée insuffisamment sécurisée.
D’où vient le nom du clan Yoda ?
Selon la journaliste, il vient du produit vendu au point de deal de la Fontaine, à la Paternelle, promu sur les réseaux sociaux sous le nom de « frappe à Yoda ». Elle précise que les noms de clans sont parfois donnés par les policiers, alors que celui de la DZ Mafia a été revendiqué par le clan lui-même.
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