
Didier D. Daarwin, réalisateur et graphiste marseillais derrière l'identité visuelle du groupe IAM, est l'invité de CinéMassilia, le podcast du cinéma à Marseille. Il raconte la longue genèse de son premier long-métrage, Mastemah, né en Aubrac, sa rencontre avec IAM en 1989 dans une agence de publicité marseillaise, son retour de Paris pour créer depuis le Sud, et explique pourquoi, face à l'intelligence artificielle, « cliquer n'est pas créer ».
Mastemah, un film de genre né sur le plateau de l’Aubrac
Dans le quatorzième numéro de CinéMassilia, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qui font le cinéma à Marseille, le réalisateur et graphiste Didier D. Daarwin, auteur de l’identité visuelle du groupe IAM, revient sur son premier long-métrage, sur trente-cinq ans de création depuis Marseille et sur sa vision de l’intelligence artificielle. Il raconte la naissance de Mastemah : le producteur marseillais Thierry Aflalou, de Comicstrip, venu dormir dans la maison d’hôtes que le réalisateur tenait en Aubrac, lui commande un film « sur le diable » après y avoir fait des cauchemars. Le scénario, qui interroge le rapport entre la psychiatrie, le rationnel et le religieux, connaît dix-sept versions en sept ans avant qu’un appel à projets de Canal relance le film. Une psychiatre, jouée par Camille Razat, y affronte lors de séances d’hypnose un patient joué par Olivier Barthélémy, et se demande si elle ne fait pas « la psychanalyse du diable ». Didier D. Daarwin décrit une écriture très visuelle : il imagine et monte ses plans en fumant pendant des jours avant de les retranscrire, au point que la scripte jugeait le film « immontable ». Tourné entre Marseille et l’Aubrac, Mastemah est sorti en 2022 et a réuni, selon les chiffres du CNC qu’il cite, 59 315 entrées pour un budget d’environ 1,5 million d’euros.
Il se dit « méga fan » de films d’horreur, tout en défendant un thriller horrifique plutôt qu’un pur film d’horreur.
De la rue Paradis aux pochettes d’IAM
Le réalisateur retrace sa rencontre avec IAM, en 1989, dans une agence de publicité marseillaise de la rue Paradis où il effectuait un stage de BTS de design graphique avec son associé. Venu du punk, cheveux longs et blouson de cuir, il découvre un groupe de hip-hop encore inconnu et s’étonne que des Marseillais puissent produire « un son pareil ». Les maisons de disques jugent alors qu’« il n’y a pas de graphiste en dehors de Paris », mais le groupe, déçu de sa première pochette, leur confie l’album suivant, avec une image qui assume l’univers égyptien et cosmique d’IAM plutôt que les codes habituels du rap. Suivent des pochettes pour Soprano, la Fonky Family et d’autres artistes, puis la réalisation de clips quand les budgets des productions parisiennes fondent, et une société de production montée avec Akhenaton. Il évoque un téléfilm coréalisé avec Akhenaton pour France Télévisions à partir d’un album concept du rappeur, et des tournages pleins d’imprévus, d’une explosion mal dosée à Istres à une tempête de sable dans le désert.
Son enfance à Carnoux-en-Provence, un vieux projecteur de ses grands-parents et un téléfilm sur la bête du Gévaudan ont, raconte-t-il, nourri très tôt son envie de cinéma.
« Cliquer n’est pas créer » : IA, transmission et Marseille
Sur l’intelligence artificielle, Didier D. Daarwin se dit peu inquiet : il s’en sert « comme un plug supplémentaire » à ses logiciels, à partir d’images qu’il a lui-même créées, comme pour une partie des vidéos du concert de trois heures quinze d’IAM au Vélodrome. Pour lui, l’outil ne remplace ni la culture ni la vision : « Cliquer n’est pas créer. » Après un échec à la FEMIS, il a appris le métier à Paris en multipliant les postes, photographe de plateau sur un film de Bertrand Tavernier, bruiteur sur Cheb de Rachid Bouchareb, avant de revenir créer depuis Marseille. Il enseigne depuis vingt-cinq ans à l’ECV d’Aix-en-Provence, critique un système éducatif trop éloigné du terrain et a accompagné de jeunes apprenants des quartiers nord dans l’écriture et la réalisation de courts-métrages. De Bertrand Tavernier, il retient la bienveillance envers les techniciens.
Il estime enfin que Marseille est aujourd’hui « pillée » par le cinéma et qu’il faut sortir des clichés pour la filmer.
Les références de l’épisode
- Mastemah : premier long-métrage de Didier D. Daarwin, thriller horrifique sorti en 2022, disponible en VOD.
- IAM : groupe de rap marseillais dont Didier D. Daarwin conçoit l’identité visuelle et les pochettes depuis 1989.
- Akhenaton : membre d’IAM, avec qui le réalisateur a coréalisé un téléfilm et monté une société de production.
- Soprano : rappeur marseillais pour qui il a conçu des pochettes et tourné des clips.
- Thierry Aflalou : producteur marseillais de Comicstrip, à l’origine de la commande de Mastemah.
- Bertrand Tavernier : cinéaste sur le tournage duquel il a débuté comme photographe de plateau.
- ECV d’Aix-en-Provence : école de design graphique où il enseigne depuis vingt-cinq ans.
Au fil de l’épisode
- 00:00:37 : présentation de Didier D. Daarwin et des objets qu’il a apportés
- 00:03:01 : Mastemah, premier long-métrage disponible en VOD
- 00:03:42 : la naissance du film, d’une maison d’hôtes en Aubrac à la commande d’un producteur marseillais
- 00:05:24 : film de genre ou film d’horreur, et dix-sept versions du scénario
- 00:07:38 : une écriture très visuelle
- 00:09:12 : le choix des comédiens
- 00:11:29 : le sens du titre Mastemah
- 00:12:48 : 59 315 entrées pour un petit budget
- 00:13:45 : des clips à la fiction, la collaboration avec Akhenaton
- 00:18:05 : plus de trente ans de lien avec IAM
- 00:19:06 : la rencontre avec IAM dans une agence de publicité marseillaise
- 00:22:56 : comment se conçoit une pochette d’album
- 00:26:02 : anecdotes de tournage, d’Istres au désert
- 00:29:45 : l’intelligence artificielle, « cliquer n’est pas créer »
- 00:32:02 : une enfance à Carnoux-en-Provence et les premiers souvenirs de cinéma
- 00:35:34 : la bête du Gévaudan, rêve de film d’enfance
- 00:37:11 : l’apprentissage à Paris, des tournages à tous les postes
- 00:39:48 : le retour à Marseille
- 00:41:02 : créer depuis le Sud aujourd’hui
- 00:41:56 : l’enseignement et la transmission
- 00:45:52 : ce qu’il a appris auprès de Bertrand Tavernier
- 00:47:38 : Marseille au cinéma, entre clichés et « pillage »
FAQ
Qui est Didier D. Daarwin ?
Didier D. Daarwin est un réalisateur et graphiste marseillais, auteur de l’identité visuelle du groupe IAM depuis 1989 et de pochettes d’albums pour Soprano ou la Fonky Family. Réalisateur de clips, il a signé en 2022 son premier long-métrage, Mastemah, et enseigne à l’ECV d’Aix-en-Provence.
De quoi parle le film Mastemah ?
Selon son réalisateur, Mastemah est un thriller horrifique sur le rapport entre la psychiatrie, le rationnel et le religieux. Une psychiatre, jouée par Camille Razat, se retrouve confrontée lors de séances d’hypnose à un patient, joué par Olivier Barthélémy, peut-être possédé. Le titre est l’un des noms du diable.
Comment Didier D. Daarwin a-t-il rencontré IAM ?
Il raconte avoir rencontré le groupe en 1989 dans une agence de publicité de la rue Paradis, à Marseille, où il était stagiaire en design graphique. L’agence cherchait une identité visuelle pour ce jeune groupe de hip-hop. Après une première pochette qui ne leur plaisait pas, IAM lui a confié l’album suivant.
Que pense Didier D. Daarwin de l’intelligence artificielle ?
Il s’en sert comme d’un outil supplémentaire, en partant d’images qu’il a lui-même créées, notamment pour des vidéos du concert d’IAM au Vélodrome. Pour lui, n’importe qui peut cliquer, mais sans culture, sans vision ni matière, le résultat n’a pas d’âme : « Cliquer n’est pas créer. »
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