Podcast Méditerranée.
INTERVALLE9 janvier 202626 min

Les méthodes qui marchent vraiment pour apprendre, avec Émilie Gerbier

avec Émilie Gerbier

Émilie Gerbier, réviser efficacement grâce aux sciences cognitives à Université Côte d'Azur

Émilie Gerbier est enseignante-chercheuse en psychologie au laboratoire Bases, Corpus, Langage d'Université Côte d'Azur. Dans INTERVALLE, elle explique pourquoi les méthodes de révision les plus répandues sont souvent les moins efficaces. Relecture passive, apprentissage par cœur, effet d'espacement, rappel actif et rôle du sommeil : elle s'appuie sur la recherche en sciences cognitives pour décrire ce qui permet de retenir sur le long terme, en pensant d'abord aux étudiants.

Relire ne suffit pas

Dans cet épisode d’INTERVALLE, le podcast du service Science et Société d’Université Côte d’Azur, Émilie Gerbier, enseignante-chercheuse en psychologie au laboratoire BCL (Bases, Corpus, Langage, Université Côte d’Azur et CNRS), explique ce que la recherche en sciences cognitives sait de l’apprentissage durable. Ancienne étudiante en médecine, elle travaille sur l’effet de la répétition depuis un stage de master. Son point de départ : plus le cerveau traite une information, mieux il la mémorise. Relire passivement son cours vaut mieux que rien, dit-elle, mais on reste en surface ; apprendre par cœur sans comprendre ne tient qu’à court terme. Ancrer une information demande de la comprendre, c’est-à-dire de créer des liens avec ce que l’on sait déjà. Elle démonte aussi une croyance répandue : on n’apprend pas une fois pour toutes, « le cerveau, il oublie », et c’est normal.

Elle met aussi en garde contre les impasses sur des notions qui serviront de base aux apprentissages suivants.

Espacer, se tester, dormir

Émilie Gerbier détaille les deux principes qui font consensus dans la recherche. D’abord l’effet d’espacement : répéter une information à intervalles de plus en plus longs, avec au moins une nuit de sommeil entre l’apprentissage et la première révision, permet au cerveau de consolider le souvenir, de l’épurer et de l’associer à des contextes variés. Elle décrit un programme « expansé » : une révision un ou deux jours après, puis quatre jours, puis une semaine ou dix jours. Ensuite l’effet de test : récupérer l’information dans sa mémoire, par des cartes question et réponse, une feuille blanche ou un QCM, est en soi un acte d’apprentissage. Pendant le sommeil, l’hippocampe rejoue les informations du jour pour les transférer vers un stockage durable, tandis que les connexions s’affaiblissent pour ne garder que l’essentiel.

Ses prochaines recherches portent sur l’application de l’espacement à l’école et à l’université et sur les différences entre individus.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:52 : présentation d’Émilie Gerbier et de son laboratoire
  • 00:01:35 : de l’étude de la médecine à la recherche sur la mémorisation
  • 00:02:21 : pourquoi relire passivement est l’une des stratégies les moins efficaces
  • 00:03:50 : comprendre et ancrer : les deux faces d’un apprentissage profond
  • 00:05:53 : apprendre par cœur et croire qu’on retient une fois pour toutes
  • 00:07:02 : l’effet d’espacement, ou pratique distribuée
  • 00:09:15 : ce que fait le cerveau entre deux révisions : la consolidation
  • 00:11:07 : quel intervalle entre deux sessions, et le programme expansé
  • 00:13:16 : connaissances déclaratives et apprentissages procéduraux
  • 00:15:05 : se tester, l’autre grand principe qui fait consensus
  • 00:16:46 : cartes recto verso, feuille blanche, QCM et questions entre étudiants
  • 00:18:43 : le rôle du sommeil, du nettoyage du cerveau au rôle de l’hippocampe
  • 00:22:02 : ses conseils pour mémoriser efficacement
  • 00:23:19 : ses pistes de recherche : l’école, les différences individuelles, les mécanismes

FAQ

Pourquoi relire son cours n’est-il pas efficace selon Émilie Gerbier ?

Pour Émilie Gerbier, chercheuse en psychologie à Université Côte d’Azur, la mémorisation dépend de la quantité de traitement que le cerveau applique à une information. En relisant passivement, on reste en surface : le cerveau ne crée pas activement de liens avec les connaissances existantes. Relire reste mieux que rien et peut servir à réactiver une notion déjà assimilée, mais pas en première intention.

Qu’est-ce que l’effet d’espacement ?

L’effet d’espacement, ou effet de pratique distribuée, désigne le fait qu’une information répétée à intervalles suffisamment longs se retient mieux que si elle est répétée plusieurs fois dans la même séance. Selon Émilie Gerbier, le cerveau consolide l’information entre deux révisions et l’associe à des contextes variés, ce qui donne plus d’indices pour la retrouver le jour de l’examen.

Quel intervalle laisser entre deux révisions ?

Il n’existe pas de réponse absolue, explique Émilie Gerbier, car l’intervalle idéal dépend de l’apprenant et de la qualité du premier apprentissage. Elle conseille de commencer à réviser tout de suite, de laisser au moins une nuit de sommeil avant la première révision, puis d’allonger les intervalles : un ou deux jours, quatre jours, puis une semaine ou dix jours.

Que fait le cerveau pendant le sommeil pour la mémoire ?

Selon Émilie Gerbier, l’hippocampe rejoue pendant le sommeil, surtout le sommeil profond, les réseaux de neurones activés dans la journée, afin de transférer les informations nouvelles vers un stockage plus sûr. En parallèle, les connexions entre neurones perdent un peu de force, ce qui fait oublier les détails et garder l’essentiel. Le sommeil sert aussi à nettoyer le cerveau.

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