
Dans Sud au féminin, l'animatrice Olga tend le micro à sa mère, Anna, couturière qui dirige depuis douze ans un atelier de couture repris à Menton. Née en Russie, elle a appris à coudre avant d'aller à l'école, s'est formée au métier pendant la Perestroïka, puis est partie à 21 ans avec un simple sac de voyage. Sans parler la langue ni connaître personne, elle a appris l'italien puis le français, ouvert un magasin en Italie, puis repris l'atelier mentonnais où elle travaille aujourd'hui. Un parcours qu'elle raconte avec une grande pudeur.
Une enfance en Russie, entre discipline et entraide
Dans cet épisode de Sud au féminin, l’animatrice Olga, brand designer et directrice artistique installée à Nice, interroge sa propre mère, Anna, couturière qui dirige depuis douze ans un atelier de couture repris à Menton. Née en Russie, partie à 21 ans, installée en France depuis près de trente ans, Anna raconte d’abord une enfance qu’elle décrit comme très encadrée mais heureuse : « on n’avait pas beaucoup d’argent, mais on avait tout ». Elle évoque le grand respect dû aux professeurs, l’entraide entre élèves, qui allaient expliquer les cours chez les camarades en difficulté sans rien demander, et les activités manuelles gratuites après l’école. C’est avant même d’entrer à l’école, qui commençait à sept ans, que naît sa vocation : sa mère lui offre une petite boîte avec du fil, une aiguille, de la dentelle et du tissu, et toutes deux cousent une première robe de poupée en tissu vert. Viennent ensuite les cours de couture, obligatoires pour les filles à l’école, puis deux années d’études de couture du matin au soir, achevées à 19 ans.
La Perestroïka change tout : selon Anna, les règles et les perspectives s’effondrent, l’université n’est plus possible et elle doit apprendre un métier pour gagner sa vie.
D’un sac de voyage à un atelier de Menton
Après un premier emploi puis la perte de son travail, Anna accepte la proposition d’un ami de quitter la Russie. Elle arrive en Italie avec un simple sac de voyage offert par son père, qu’elle a toujours. Sans parler la langue, sans famille ni amis sur place, elle apprend l’italien, puis le français, deux langues à l’alphabet différent du sien. La première année est la plus dure : au début, elle n’a pas les papiers pour travailler, et elle explique n’avoir trouvé sa place qu’en travaillant. Elle ouvre ensuite son propre magasin en Italie, qui marche tout de suite, auprès d’une clientèle qu’elle décrit comme accueillante et familiale. Le retour en France l’oblige à redevenir salariée, ce qu’elle vit comme un retour en arrière, avant de reprendre un atelier de couture à Menton, presque sans clientèle au départ. Aujourd’hui, elle y emploie deux à quatre personnes selon les stages et l’alternance, reçoit une clientèle de quartier et des clients monégasques aux projets parfois complexes, et voit des clientes passer simplement pour parler : « C’est pas que couture ici, c’est social aussi », résume sa fille. Elle observe que les gens achètent moins et font davantage réparer leurs vêtements, aime par-dessus tout voir les étoiles dans les yeux des clients le jour d’un mariage, et déteste les papiers et la caisse enregistreuse. Pour elle, la couture ne sera pas remplacée par l’intelligence artificielle.
À celles qui partent de rien, elle conseille de frapper à toutes les portes et de suivre leur première intuition : « Courage, il vient tout seul. »
Les références de l’épisode
- La Perestroïka : la période de réformes qui, selon Anna, a bouleversé les règles et l’empêchait d’aller à l’université après ses études de couture.
- Avenue Jolia : l’agence qui produit et réalise le podcast Sud au féminin.
Au fil de l’épisode
- 00:01:57 : Anna se présente : née en Russie, partie à 21 ans, en France depuis près de trente ans, à la tête d’un atelier de couture repris après son divorce
- 00:03:31 : les idées reçues sur la Russie
- 00:04:01 : une enfance disciplinée mais heureuse
- 00:04:56 : le respect des professeurs, l’entraide entre élèves et les activités manuelles gratuites après l’école
- 00:07:36 : la première robe de poupée cousue avec sa mère, avant l’école
- 00:09:30 : diplômée en couture à 19 ans, la Perestroïka bouleverse ses projets
- 00:11:49 : la perte d’un emploi, le départ et le sac de voyage offert par son père
- 00:13:14 : la première année d’émigration, entre plusieurs cultures, et l’apprentissage de l’italien puis du français
- 00:15:04 : sans papiers au début, le travail pour trouver sa place, puis son propre magasin en Italie
- 00:17:35 : le retour en France, le salariat vécu comme un recul et la reprise d’un atelier à Menton
- 00:19:36 : une cliente qui l’a marquée
- 00:21:01 : consommer moins, réparer davantage, et la joie des tenues de mariage
- 00:23:20 : la couture face à l’intelligence artificielle
- 00:25:33 : la solitude, même entourée
- 00:26:12 : le rôle de chef d’entreprise et l’aversion pour les papiers
- 00:27:25 : une clientèle de quartier et des clients monégasques
- 00:27:53 : elle qui n’imaginait pas quitter sa ville et vivre au bord de la mer
- 00:29:38 : ce qu’elle dirait à Anna, 19 ans
- 00:31:32 : un conseil à celles qui recommencent de zéro
- 00:31:44 : suivre sa première intuition ; sa plus grande fierté, ses enfants
- 00:33:23 : de nouveaux projets, des voyages, et pas de retraite en vue
- 00:34:07 : le mot de la fin sur le courage
FAQ
Qui est Anna, l’invitée de cet épisode de Sud au féminin ?
Anna est la mère de l’animatrice Olga. Née en Russie, elle est partie à 21 ans, a vécu en Italie puis en France, et dirige depuis douze ans un atelier de couture qu’elle a repris à Menton, avec deux à quatre personnes selon les périodes. Sa fille l’interviewe parce qu’elle n’aime pas parler d’elle.
Comment Anna est-elle devenue couturière ?
Selon elle, tout commence avant ses sept ans, quand sa mère lui offre une petite boîte à couture et qu’elles cousent ensemble une robe de poupée en tissu vert. Elle suit ensuite des cours de couture, obligatoires pour les filles à l’école, puis deux ans d’études de couture, achevées à 19 ans au moment de la Perestroïka.
Pourquoi Anna a-t-elle quitté la Russie ?
Elle explique qu’avec la Perestroïka, les règles ont changé et que l’université n’était plus possible. Après un premier emploi puis la perte de son travail, un ami lui a proposé de partir. Elle est arrivée en Italie avec un sac de voyage offert par son père, sans parler la langue et sans connaître personne.
Que pense Anna de l’évolution de la couture ?
Elle constate que ses clients achètent moins de vêtements et font davantage réparer ceux qu’ils ont, ce dont elle se réjouit. Elle juge les vêtements actuels de moins bonne qualité, y compris parfois dans le luxe, et pense que la couture, travail manuel fait de conseils et d’essais, ne sera pas remplacée par l’intelligence artificielle.
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