
Dans De calcaire et de sel, la série du Parc national des Calanques et de Radio Grenouille-Euphonia, Jean-Baptiste Imbert plonge dans l'herbier de Posidonie, cette plante à fleurs qui tapisse les fonds de Marseille et de La Ciotat. Laura Barbero, de la Ville de Marseille, présente le plan Posidonie et la plantation de 9 000 graines au Prado. Alain Matesi, du Collectif Environnement de La Ciotat, raconte les dégâts de l'ancrage et mobilise les plaisanciers. L'artiste sonore Julie Rousse, elle, fait entendre le chant des feuilles.
Une prairie sous-marine à protéger et à replanter
Dans cet épisode de De calcaire et de sel, la série coproduite par Radio Grenouille-Euphonia et le Parc national des Calanques, Jean-Baptiste Imbert part à la rencontre de la Posidonie, la plante qui forme des herbiers sous-marins le long des côtes de Marseille et de La Ciotat. Le récit rappelle que Posidonia oceanica n’est pas une algue mais une plante à fleurs, endémique de la Méditerranée, dont les rhizomes ne grandissent que de 1 à 3 centimètres par an : il faut près d’un siècle pour obtenir un mètre carré de prairie. Laura Barbero, cheffe de projet à la Direction de la Mer et du littoral de la Ville de Marseille, chiffre la présence de l’herbier sur le littoral marseillais (environ 100 hectares autour de l’archipel du Frioul, 400 entre l’archipel de Riou et les Calanques, une centaine de l’Estaque à Corbières) et décrit ses rôles : production d’oxygène, lutte contre l’érosion, nurserie pour les jeunes poissons. Alain Matesi, président du Collectif Environnement de La Ciotat, plaisancier et plongeur depuis plus de quarante ans, explique la principale menace, l’ancrage : la chaîne d’un bateau, en tournant avec le vent, détruit tout l’herbier dans son rayon. Son association anime les Sentinelles de la mer Méditerranée, un programme de sciences participatives qui fait des plaisanciers des collecteurs de données. Laura Barbero présente le plan Posidonie de la Ville de Marseille (2024 à 2028) : plantation de 9 000 graines en 2023 dans les récifs artificiels du Prado, avec le GIS Posidonie, après la floraison massive de 2022 ; expérimentation d’un « millefeuille » de sable et de feuilles mortes sur les plages ; balises de suivi posées en 1986, retrouvées en 2025, qui montrent que l’herbier progresse quand les ancrages et les pollutions sont maîtrisés ; bouées de mouillage écologique. La compositrice et artiste sonore Julie Rousse, elle, raconte sa peur d’enfance de l’herbier et ses enregistrements sous-marins, jusqu’à capter le son des feuilles qui se frottent : « comme plein de petites voix ».
Le message commun des trois voix : quand les pressions sont maîtrisées, l’herbier se reconstitue. « Quand vous aimez, vous vous transformez en protecteur », résume Alain Matesi.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Posidonia oceanica : plante à fleurs endémique de la Méditerranée, protégée, qui forme les herbiers de Posidonie.
- Plan Posidonie de la Ville de Marseille : programme 2024 à 2028 de connaissance, de protection et de sensibilisation.
- GIS Posidonie : partenaire scientifique principal du plan, auteur de la plantation de graines de 2023.
- Récifs artificiels du Prado : zone protégée, interdite à l’ancrage, à la pêche et à la plongée, où les graines ont été plantées.
- Collectif Environnement de La Ciotat : association présidée par Alain Matesi, qui porte le programme des Sentinelles de la mer Méditerranée.
- Small Beings : œuvre sonore de Julie Rousse composée à partir de sons de petits êtres marins.
Au fil de l’épisode
- 00:00:47 : une forêt sous-marine le long des côtes du Parc national des Calanques
- 00:01:32 : la Posidonie, une plante à fleurs et non une algue
- 00:02:30 : l’étendue des herbiers sur le littoral marseillais, avec Laura Barbero
- 00:03:33 : oxygène, érosion, nurseries : les rôles de l’herbier
- 00:05:27 : Alain Matesi et les Sentinelles de la mer Méditerranée
- 00:07:22 : Julie Rousse et sa peur d’enfance de l’herbier
- 00:08:36 : l’ancrage, principale menace pour l’herbier
- 00:11:16 : le plan Posidonie de la Ville de Marseille
- 00:12:09 : La Ciotat interdit l’ancrage des grands yachts sur l’herbier
- 00:13:31 : la plantation de 9 000 graines dans les récifs du Prado
- 00:15:22 : les banquettes de Posidonie sur les plages
- 00:16:18 : des balises de 1986 retrouvées en 2025
- 00:17:38 : Small Beings, une œuvre sonore née de sons sous-marins
- 00:18:46 : les bouées de mouillage écologique
- 00:22:26 : enregistrer le chant des feuilles de Posidonie
FAQ
La Posidonie est-elle une algue ?
Non. Comme le rappelle l’épisode, Posidonia oceanica est une plante à fleurs, avec des racines, des fleurs et des fruits, qui a rejoint les eaux peu profondes de la Méditerranée il y a 120 millions d’années. C’est pourquoi on parle d’herbier. Elle produit de l’oxygène, capture du carbone et ne pousse qu’en Méditerranée.
Pourquoi l’ancrage des bateaux détruit-il l’herbier de Posidonie ?
Selon Alain Matesi, ce n’est pas seulement l’ancre qui abîme l’herbier, mais la chaîne : avec les vents tournants, elle pivote autour de l’ancre et arrache tout dans son rayon. Une chaîne de 20 mètres détruit ainsi un cercle de 20 mètres de rayon. Or un herbier détruit peut mettre des dizaines d’années à se reconstituer.
Peut-on replanter de la Posidonie à Marseille ?
Oui. En 2023, le GIS Posidonie a planté 9 000 graines récoltées après la floraison massive de 2022, dans les récifs artificiels du Prado, une zone interdite à l’ancrage, à la pêche et à la plongée. Selon Laura Barbero, les plantules ont une mortalité comparable à celle observée dans la nature : quand les pressions sont maîtrisées, la plante se débrouille seule.
Quel bruit fait un herbier de Posidonie ?
La compositrice Julie Rousse a enregistré l’herbier au Frioul. Sous une légère houle, les feuilles se balancent et se frottent les unes contre les autres en produisant un petit chuintement. Elle y a entendu « comme plein de petites voix », un son qu’elle compare au vent dans une prairie et qu’elle aurait enregistré pendant des heures.
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