
Edith Amsellem, metteuse en scène marseillaise et fondatrice de la compagnie ERd'O, répond à Clémentine Roux dans Marseille Créative. Grandie à La Capelette, installée depuis vingt ans à L'Estaque, elle a monté son premier spectacle à 42 ans, après dix ans comme actrice. Elle raconte une mise en scène qui part toujours de l'espace, ses spectacles sur la place des femmes, la création du Grand Défilé avec de jeunes femmes, et la crise que traverse aujourd'hui le spectacle vivant.
Faire frictionner un texte et un espace
Dans cet épisode de Marseille Créative, le podcast de Clémentine Roux consacré aux créateurs marseillais, Edith Amsellem, metteuse en scène et fondatrice en 2012 de la compagnie ERd’O, retrace un parcours qu’elle dit « chaotique ». Enfant de La Capelette, où ses parents tenaient un magasin de vêtements, elle prend des cours de danse à l’opéra de Marseille. Suivent un bac économie, le graphisme, la mosaïque, puis une licence et une maîtrise de projets culturels à Aix-en-Provence. Graphiste et chargée de communication au Badaboum Théâtre, ouvreuse dans une autre salle, elle est poussée sur scène par des amis et joue pendant dix ans. À 42 ans, elle ose enfin mettre en scène : ce sera Les Liaisons dangereuses sur terrain multisports. Pour elle, mettre en scène, c’est « faire frictionner un thème ou un texte avec un espace » : ses spectacles ne sont pas pensés pour des théâtres. Yvonne, princesse de Bourgogne se joue sur des châteaux toboggans d’école maternelle, Virginia à la bibliothèque dans une bibliothèque. Les autres naissent d’une écriture de plateau, avec des acteurs qu’elle « convoque » : elle se dit plus dramaturge qu’autrice. Tous ses spectacles traitent de la place des femmes. Le Grand Défilé est né de discussions avec sa fille de 25 ans, dont l’hyperféminité la dérangeait : « maman, je ne te laisserai jamais au bord de la route ». Ce spectacle déambulatoire et participatif fait défiler douze archétypes du féminin, de la mère à la mariée, puis invite le public en coulisses, où trois actrices professionnelles et neuf participantes amatrices recrutées dans chaque ville déconstruisent le costume qu’elles portent. Il a déjà été joué à Marseille, à Paris et à Aurillac.
Elle a découvert, dit-elle, que chaque femme a développé « des stratégies de survie différentes pour être femme dans un monde patriarcal ».
De Marseille aux coulisses d’une crise
Edith Amsellem décrit un processus lent, qu’elle appelle « la constellation » : des lectures, des films, des rencontres, puis un thème qui se resserre. Pour Le Grand Défilé, trois ans ont passé entre l’idée et la première, avec des ateliers de couture dans les quartiers Nord, plusieurs résidences et de petites formes préparatoires. Parmi elles, Les Beautés, créé au festival C’est pas du luxe avec de jeunes réfugiés mineurs accueillis à Avignon : un défilé en trois couches de vêtements, du roi de France au métier rêvé et au costume du pays d’origine, qu’elle appelle « le spectacle de ma vie ». Elle détaille le financement d’une compagnie conventionnée par le ministère de la Culture et soutenue par la ville, le département des Bouches-du-Rhône et la région Sud, et l’apport de la Fondation de France sans lequel le budget du Grand Défilé n’aurait pas été bouclé. Elle s’alarme d’une crise du secteur : moins de dates, moins d’argent, des acteurs qui arrêtent, des théâtres qui licencient. Habitante de L’Estaque depuis vingt ans, elle dénonce aussi la pollution des bateaux de croisière restés moteurs allumés à quai, faute de branchements électriques.
Ce qu’elle aime à Marseille : « son culot, sa liberté et le côté cash ». Son message aux auditeurs tient en trois mots : aller au théâtre.
Edith Amsellem nous recommande…
- La librairie L’Encre Bleue, à L’Estaque : une petite librairie qui résiste, tenue par une libraire engagée et de bon conseil.
- Le ZEF, scène nationale de Marseille : un théâtre où elle a été sept ans artiste associée et où elle trouve une vraie mixité de public.
- La poissonnerie de L’Estaque : une adresse pour les fruits de mer, tenue par deux sœurs.
Pour aller plus loin
- Le site de la compagnie ERd’O
- Edith Amsellem sur Instagram
- Le Grand Défilé
- Le ZEF, scène nationale de Marseille
- La librairie L’Encre Bleue
- La poissonnerie de L’Estaque
- Le Badaboum Théâtre
- Marseille Créative sur Instagram
Les références de l’épisode
- Compagnie ERd’O : compagnie de théâtre créée par Edith Amsellem en 2012, basée à Marseille.
- Le Grand Défilé : spectacle déambulatoire et participatif sur les archétypes féminins et le vêtement.
- Les Liaisons dangereuses sur terrain multisports : sa première mise en scène, à 42 ans.
- Yvonne, princesse de Bourgogne sur château toboggan : adaptation jouée sur des structures de jeux d’école maternelle.
- Virginia à la bibliothèque : spectacle sur la place des femmes dans l’histoire de la littérature.
- J’ai peur quand la nuit sombre : spectacle né d’une écriture de plateau.
- Les Beautés : défilé créé avec de jeunes réfugiés mineurs au festival C’est pas du luxe.
- Rémi : spectacle dont les costumes ont décidé de son choix de costumière pour Le Grand Défilé.
- Badaboum Théâtre : théâtre où elle a travaillé comme graphiste et chargée de communication.
- Fondation de France : soutien qui a permis de boucler le budget du Grand Défilé.
Au fil de l’épisode
- 00:01:24 : une enfance à La Capelette et les cours de danse à l’opéra
- 00:02:29 : un parcours peu conventionnel jusqu’au théâtre
- 00:03:56 : un premier spectacle à 42 ans
- 00:04:16 : mettre en scène, c’est partir de l’espace
- 00:06:03 : l’écriture de plateau
- 00:06:54 : la place des femmes et la naissance du Grand Défilé
- 00:08:55 : comment se déroule Le Grand Défilé
- 00:12:15 : le processus créatif, « la constellation »
- 00:13:25 : la costumière, les ateliers et les étapes préparatoires
- 00:16:44 : Les Beautés, avec de jeunes réfugiés mineurs
- 00:20:25 : les soutiens institutionnels et le conventionnement
- 00:21:23 : la crise du spectacle vivant
- 00:22:54 : comment se monte une production
- 00:24:04 : Marseille, lieu de naissance de tous ses projets
- 00:24:38 : ses trois adresses dans les quartiers Nord
- 00:26:00 : la fierté d’être marseillaise
- 00:26:59 : ce qui la révolte à L’Estaque
- 00:28:26 : aller au théâtre
- 00:30:38 : d’où vient son amour pour Marseille
FAQ
Qui est Edith Amsellem ?
Edith Amsellem est une metteuse en scène marseillaise, fondatrice en 2012 de la compagnie ERd’O. Ancienne danseuse et actrice pendant dix ans, elle a signé sa première mise en scène à 42 ans. Ses spectacles traitent tous de la place des femmes et se jouent hors des salles, dans des lieux qui en changent le sens.
Qu’est-ce que Le Grand Défilé ?
C’est un spectacle déambulatoire et participatif de la compagnie ERd’O qui prend le vêtement comme prétexte pour déconstruire les injonctions faites aux femmes. Douze archétypes du féminin défilent, puis le public rejoint les coulisses. Trois actrices professionnelles y jouent avec neuf participantes amatrices recrutées dans chaque ville d’accueil.
Pourquoi Edith Amsellem joue-t-elle hors des théâtres ?
Pour elle, mettre en scène consiste à faire frictionner un texte ou un thème avec un espace, qui devient un révélateur de sens. Elle a ainsi monté Les Liaisons dangereuses sur un terrain multisports et Yvonne, princesse de Bourgogne sur des châteaux toboggans d’école maternelle.
Comment une compagnie de théâtre marseillaise finance-t-elle ses spectacles ?
Selon Edith Amsellem, la compagnie ERd’O réunit des aides institutionnelles, du ministère de la Culture à la ville, au département et à la région, et des coproductions de théâtres. Pour Le Grand Défilé, le soutien de la Fondation de France a été décisif. Elle décrit aujourd’hui un secteur en crise, avec moins de dates et moins d’argent.
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