
Marina Gomes, chorégraphe hip-hop installée à Marseille et directrice artistique de Hylel, raconte à Clémentine Roux un parcours fait de portes fermées puis ouvertes : l'audition manquée à 13 ans, un doctorat en psychologie, deux ans en Colombie. Enregistré en public, l'épisode revient sur sa trilogie consacrée aux quartiers populaires, sur Nidal, créé avec des détenus, sur sa dernière pièce avec douze danseuses, et sur ce que Marseille fait à son travail.
De Rodez au Mirail, puis Marseille
Dans Marseille Créative, enregistré en public au Plan de A à Z le 23 septembre 2026, Clémentine Roux reçoit Marina Gomes, chorégraphe hip-hop, psychologue de formation et directrice artistique de Hylel, installée à Marseille. Née à Rodez, elle a grandi à Toulouse, dans le quartier du Mirail. Elle commence la danse à 4 ans, puis échoue à 13 ans à l’audition de danse classique de l’ENSM, à Marseille : « la déception de ma vie ». C’est à ce moment qu’elle entre dans le hip-hop, par le rap marseillais d’abord, puis par les trainings de quartier, au point qu’on la surnomme « la Marseillaise » à Toulouse. Ses parents exigent des études : elle va jusqu’au doctorat en psychologie, danse à Paris, puis travaille comme psychologue en protection de l’enfance, parce que la précarité du milieu ne lui convient pas. Elle raconte aujourd’hui revenir dans l’école qui l’avait refusée pour prendre la direction artistique d’un parcours hip-hop.
Un épisode pour comprendre comment une danseuse devient chorégraphe sans l’avoir prémédité.
La Colombie, Hylel et la trilogie des quartiers
Marina Gomes part en Colombie en 2018 pour trois semaines et y reste presque deux ans, entre Bogota et Medellín, où elle donne des stages et découvre des quartiers qui travaillent à la mémoire et à la résilience. À la naissance de son fils, elle choisit de rentrer, et ce ne pouvait être qu’à Marseille. Les premières résidences de Hylel datent de 2020. Elle refuse le mot compagnie : pour elle, Hylel est « une maison à la porte ouverte ». Après une période où elle a failli tout arrêter, Klap signe la coproduction de son premier spectacle, Asmanti [Midi-Minuit]. Suivent Bach Nord [Sortez les guitares], réponse au film Bac Nord créée avec des amateurs des quartiers nord sur des partitions de Jean-Sébastien Bach retravaillées en trap et en drill, puis La Quinta [Medellín-Marseille], sur les homicides liés au narcotrafic vus par les femmes. La trilogie se joue à dix-neuf en tournée.
Elle regrette que les dates se signent surtout en région parisienne et pas encore à Marseille.
Créer en prison, créer avec les femmes
Nidal [dedans-dehors], sa cinquième création, a été co-chorégraphiée en détention avec un groupe de détenus, programmée au Festival de Marseille. Nidal signifie le combat, la lutte. Marina Gomes raconte que la plupart des détenus, pourtant autorisés à sortir, n’ont finalement pas pu monter sur scène à la première, sur consigne du ministère sept jours avant : ce sont eux qui ont poussé l’équipe à jouer quand même, avec des danseurs. Sa dernière création, Plutôt le feu que les larmes, réunit douze danseuses autour de l’engagement des femmes dans les mouvements insurrectionnels. La musique, composée par Arsène Magnard, son binôme, y tient une place dramaturgique. Elle parle aussi de maternité, en pleine création à huit mois de grossesse, et de son coaching scénique de jeunes rappeurs.
À ceux qui débutent, elle conseille : « faut pas avoir peur d’échouer ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- ENSM Marseille : l’école où elle a échoué à l’audition à 13 ans, et où elle revient aujourd’hui.
- Klap : lieu marseillais qui a coproduit et acheté son premier spectacle.
- Festival de Marseille : il a programmé Nidal [dedans-dehors].
- Festival Vis-à-Vis : festival consacré à la création en milieu pénitentiaire, à l’origine du projet Nidal.
- Pavillon Noir : lieu qui l’avait invitée pour un premier projet de médiation avec le même centre de détention.
- Cité des Arts de la rue : Hylel y a désormais un bureau.
- Les Hivernales Avignon : Marina Gomes y est artiste associée.
- MAaM Marseille : lieu où elle commence comme artiste complice.
- Festival Hip Hop Non Stop : point de départ de ses ateliers avec de jeunes rappeurs.
- Horizon Bitume et Kif Kif Art : associations de quartier avec lesquelles elle a monté ces ateliers.
- Bac Nord : le film auquel répond le spectacle Bach Nord [Sortez les guitares].
- Louise Michel : l’une des figures de femmes combattantes qui ont nourri Plutôt le feu que les larmes.
Au fil de l’épisode
- 00:01:21 : naissance à Rodez, enfance au Mirail à Toulouse
- 00:01:48 : la danse dès 4 ans et l’audition manquée de l’ENSM
- 00:03:14 : l’entrée dans le hip-hop par le rap, et le surnom de « la Marseillaise »
- 00:04:47 : comment on devient chorégraphe : doctorat, psychologie, Colombie
- 00:07:07 : la naissance de Hylel et la première coproduction
- 00:08:26 : l’origine du nom Hylel, une communauté plutôt qu’une compagnie
- 00:09:47 : Nidal [dedans-dehors], créé avec des détenus
- 00:15:05 : danseurs professionnels et non-professionnels sur scène
- 00:17:41 : un bureau à la Cité des Arts de la rue et de nouveaux lieux associés
- 00:18:56 : la trilogie sur les quartiers populaires
- 00:21:30 : prendre sa place sur scène, ce qu’elle veut transmettre
- 00:22:35 : Plutôt le feu que les larmes, avec douze danseuses
- 00:24:25 : son processus de création et ses collaborateurs
- 00:27:29 : la place de la musique et le travail avec Arsène Magnard
- 00:29:04 : le coaching scénique de jeunes rappeurs
- 00:31:05 : un parcours culture hip-hop au conservatoire, et ses conseils aux jeunes danseurs
- 00:34:33 : être une femme chorégraphe face aux institutions
- 00:36:49 : maternité et métier de chorégraphe
- 00:38:50 : pourquoi Marseille, et les deux ans en Colombie
- 00:42:17 : son premier souvenir marseillais
- 00:43:55 : ce que Marseille apporte à ses créations
- 00:45:28 : le rap marseillais, ce qui la rend fière et ce qu’elle déteste
- 00:48:55 : comment soutenir Hylel et les prochaines dates
FAQ
Qui est Marina Gomes ?
Marina Gomes est une chorégraphe hip-hop installée à Marseille, psychologue de formation et directrice artistique de Hylel. Née à Rodez, elle a grandi au Mirail à Toulouse, a travaillé en protection de l’enfance, puis a créé sa compagnie après presque deux ans en Colombie. Elle compte sept créations en cinq ans.
Qu’est-ce que la trilogie de Hylel sur les quartiers populaires ?
Elle réunit trois spectacles : Asmanti [Midi-Minuit], sur l’ambivalence du quartier qui soutient et retient, Bach Nord [Sortez les guitares], créé avec des amateurs des quartiers nord de Marseille sur des partitions de Bach, et La Quinta [Medellín-Marseille], sur les homicides liés au narcotrafic racontés du point de vue des femmes.
Comment est né le spectacle Nidal [dedans-dehors] ?
Nidal est né d’un projet de création avec un groupe de détenus, lié au festival Vis-à-Vis consacré à la création en milieu pénitentiaire. Co-chorégraphié avec un cascadeur, il part de la bagarre pour aller vers la danse. Faute d’autorisation de sortie au dernier moment, des danseurs ont remplacé la plupart des détenus sur scène.
De quoi parle Plutôt le feu que les larmes ?
C’est la dernière création de Marina Gomes, avec douze danseuses. Elle parle de l’engagement des femmes dans les mouvements insurrectionnels à travers le monde, et de la façon dont ces combats peuvent interroger des femmes d’aujourd’hui à Marseille. Elle la présente comme le pendant de Nidal.
Pourquoi Marina Gomes a-t-elle choisi Marseille ?
Elle explique s’être attachée à Marseille dès l’adolescence, en y venant souvent pour le rap. Enfant d’immigrés née en France, elle dit y avoir trouvé une identité forte qui accueille, où l’on devient marseillais en embrassant la ville. En rentrant de Colombie avec son fils, c’était Marseille ou rien.
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