
Matthias Bresch est ingénieur du son à Marseille depuis huit ans, sur des fictions, des documentaires et des publicités. Dans CinéMassilia, il raconte ce que le public ne voit jamais : un métier physique, autonome, qui doit être prêt dès que l'image l'est. Il parle aussi sans détour de l'intelligence artificielle, qui lui fait envisager une reconversion, et de la place laissée aux techniciens marseillais quand les grosses productions arrivent de Paris.
Le métier fantôme des plateaux
Dans le septième numéro de CinéMassilia, le podcast consacré à celles et ceux qui font le cinéma à Marseille, l’animateur reçoit Matthias Bresch, ingénieur du son installé dans le centre-ville, qui travaille depuis huit ans sur des fictions, des documentaires et des publicités. Venu avec le casque HD25 qui l’accompagne depuis ses débuts, « un peu nos oreilles », il raconte un parcours passé par l’option cinéma au lycée, une prépa technique pour rassurer des parents enseignants, puis un bachelor en ingénierie sonore obtenu à Marseille, d’abord tourné vers la sonorisation de concerts avant le son à l’image. Ce que l’école ne lui a pas appris, dit-il, c’est « le social » des tournages et « la jungle » de l’intermittence. Il décrit son travail : repérer dès le scénario les scènes à risque, comme une conversation à six ou sept comédiens en pleine rue, puis s’adapter le jour même, car le son ne peut s’installer qu’une fois le cadre et la lumière posés, sans qu’on lui accorde de temps. L’équipe idéale compte trois personnes (ingénieur du son, perchman, assistant), mais sur un court métrage sans budget il perche et mixe seul, harnais et enregistreur sur le dos. Il souligne aussi la dimension physique du métier : on entend souvent « pensez au steadicamer », jamais « pensez au perchman ».
Il préfère d’ailleurs le terme de preneur de son à celui d’ingénieur du son, faute d’avoir fait les études d’un ingénieur.
L’IA, les cigales et « les miettes » de Marseille
Matthias Bresch dit envisager une reconversion : selon lui, l’intelligence artificielle permet déjà de recréer une voix ou de supprimer en post-production le bruit d’un ventilateur posé sur le plateau, au risque de réduire les preneurs de son à des enregistreurs de « son témoin ». Il se souvient de ses débuts de stagiaire sur Camping Paradis, armé d’un pistolet à eau pour faire taire les cigales avant chaque prise, et de la valeur des deux minutes de silence imposées à tout le plateau pour enregistrer les sons d’ambiance. Sur l’emploi, il constate que Marseille attire de plus en plus de tournages, mais que les productions parisiennes, qui détiennent l’argent, arrivent avec leurs équipes : « nous à Marseille, on mange les miettes ». Il raconte avoir tourné plusieurs pilotes devenus des séries sans être rappelé. Il continue pourtant à accepter des projets bénévoles, à condition que personne ne soit payé ou que tout le monde le soit au même tarif.
Il évoque enfin son prochain court métrage, payé au minimum de la grille (96 euros bruts pour une journée déclarée de huit heures qui en durera douze à quatorze), et le son de son enfance : la mer et les cigales.
Pour aller plus loin
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Les références de l’épisode
- Casque HD25 : le casque de Matthias Bresch depuis ses débuts, outil de contrôle de tout ce qu’il enregistre.
- Camping Paradis : série sur laquelle il a été stagiaire et où l’équipe chassait les cigales au pistolet à eau.
- Annexe 3 : convention de rémunération au minimum de la grille évoquée pour son prochain court métrage.
Au fil de l’épisode
- 00:00:37 : présentation de Matthias Bresch et du métier d’ingénieur du son
- 00:01:00 : le casque HD25, ses oreilles depuis le premier jour
- 00:01:53 : de l’option cinéma au bachelor en ingénierie sonore à Marseille
- 00:03:28 : un premier stage et des débuts dans la sonorisation de concerts
- 00:04:42 : ce que l’école n’apprend pas : le social et l’intermittence
- 00:05:59 : monter les échelons ou tout faire tout de suite
- 00:07:43 : le travail en amont, du scénario au décor
- 00:10:19 : s’adapter en permanence au budget et au plateau
- 00:11:50 : la relation avec la réalisation et les autres chefs de poste
- 00:12:24 : la part physique du métier et le perchman oublié
- 00:14:43 : l’équipe son idéale et la réalité des courts métrages
- 00:15:15 : ce qu’on écoute au casque et le pré-mix du jour J
- 00:16:42 : la post-production, partie la plus artistique
- 00:17:12 : l’IA et la crainte de devenir un simple preneur de son témoin
- 00:20:01 : ingénieur du son ou preneur de son
- 00:21:09 : ses tournages à Marseille et les quartiers nord
- 00:22:34 : le son de Marseille, du trafic aux cigales
- 00:23:48 : chasser les cigales au pistolet à eau
- 00:24:15 : les deux minutes de silence des sons d’ambiance
- 00:26:55 : l’emploi à Marseille face aux productions parisiennes
- 00:29:11 : des pilotes produits sans que l’équipe soit rappelée
- 00:30:09 : jusqu’où accepter les projets bénévoles
- 00:31:25 : son prochain court métrage et les grilles de salaire
- 00:32:28 : le son de son enfance et les tournages qui le motivent
FAQ
Qui est Matthias Bresch ?
Matthias Bresch est un ingénieur du son basé à Marseille, où il a obtenu un bachelor en ingénierie sonore. Après des débuts dans la sonorisation de concerts, il s’est tourné vers le son à l’image et travaille depuis huit ans sur des fictions, des documentaires et des publicités, souvent comme seul responsable du son sur les petits tournages.
Comment travaille un ingénieur du son sur un tournage ?
Selon Matthias Bresch, il repère dès le scénario les scènes difficiles, puis s’adapte le jour du tournage : le son ne peut placer ses micros qu’une fois le cadre et la lumière installés, et doit être prêt en même temps que l’image. Il vérifie chaque micro au casque et livre un pré-mix propre à la post-production.
Pourquoi Matthias Bresch dit-il qu’à Marseille « on mange les miettes » ?
Il constate que de plus en plus de tournages viennent à Marseille, mais que lorsqu’un projet local obtient un vrai budget, la production, souvent parisienne parce que l’argent s’y trouve, amène ses propres techniciens. Il raconte avoir tourné plusieurs pilotes devenus des séries sans jamais être rappelé pour la suite.
L’intelligence artificielle menace-t-elle le métier de preneur de son ?
Matthias Bresch le craint. Il explique que la post-production sait déjà supprimer des bruits importants ou recréer une voix, et que certains plateaux tolèrent désormais un ventilateur bruyant pendant les prises. À ses yeux, la partie intéressante du métier, réduire les sons parasites sur le lieu de tournage, risque de disparaître, au point qu’il envisage une reconversion.
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