
Le podcast Dinastia ouvre sa série « Aldilà », consacrée à la diaspora corse, avec le destin de Raúl Leoni. Fils de Clemente Leoni, parti de Murato à la fin du XIXe siècle pour les mines d'or d'El Callao, il passe par les prisons de la dictature et l'exil avant d'être élu président du Venezuela en 1963. Le récit n'élude ni les disparitions d'opposants sous son mandat ni la passation pacifique du pouvoir en 1969, et se termine par le témoignage d'une parente restée à Murato.
De Murato aux mines d’El Callao
Ce premier épisode d’« Aldilà », série du podcast Dinastia consacrée à la diaspora corse, raconte comment le fils d’un émigré de Murato est devenu président de la République du Venezuela. À la fin du XIXe siècle, rappelle le narrateur, des milliers de Corses quittent l’île pour Porto Rico, la Louisiane ou le Venezuela, où certains deviennent négociants, planteurs ou militaires ; les familles corses contrôlent alors, selon lui, la quasi-totalité des exportations de cacao du nord du pays. Clemente Leoni part rejoindre un oncle qui dirige une exploitation minière dans la région aurifère d’El Callao, ouvre un magasin qui ravitaille les extracteurs de caoutchouc et épouse Carmen Otero, originaire de Cumaná. Leur fils Raúl naît le 26 avril 1905 à El Manteco. En 1919, la famille s’installe à Caracas, sous la dictature de Juan Vicente Gómez. Au lycée, Raúl Leoni a pour directeur l’écrivain Rómulo Gallegos ; à 16 ans, il est arrêté avec 87 étudiants venus soutenir une grève des employés du tramway et découvre la prison de la Rotonde.
En février 1928, président de la Fédération des étudiants, il organise la Semaine de l’étudiant, qui tourne à la contestation. Emprisonnés, 213 étudiants refusent de signer la lettre qui leur rendrait la liberté : c’est la naissance de la « génération de 28 », qui donnera deux présidents au Venezuela.
Prisons, exils et naissance d’Acción Democrática
Le récit suit ensuite trente ans de lutte. Réfugié en Colombie, Raúl Leoni rejoint une expédition contre Gómez avec Rómulo Betancourt ; leur petite embarcation manque de sombrer dans une tempête et l’opération échoue. Pour financer leur cause, les exilés tiennent une boutique de fruits à Barranquilla. Rentré après la mort du dictateur en 1935, élu député puis expulsé, il devient avocat le 8 décembre 1938 et participe en 1941 à la fondation d’Acción Democrática. Le narrateur le décrit comme un organisateur discret plus qu’un orateur. Ministre du Travail après le renversement d’Isaías Medina Angarita en 1945, il est de nouveau emprisonné après le coup d’État militaire de 1948 contre Rómulo Gallegos, se marie en exil à Washington et ne revient qu’à la chute de Marcos Pérez Jiménez, le 23 janvier 1958, à 52 ans.
Avec le pacte de Punto Fijo, signé le 31 octobre 1958, les trois grands partis civils s’engagent à respecter le résultat des urnes et à défendre ensemble la démocratie.
Une présidence entre guérilla et alternance
Élu le 1er décembre 1963 avec 957 574 voix, soit 32,81 % des suffrages, malgré les appels au boycott des guérillas des FALN, Raúl Leoni entre au palais de Miraflores en mars 1964. L’épisode ne cache pas les zones d’ombre : le Venezuela devient sous son mandat, selon le narrateur, le « pionnier tragique » des disparitions forcées d’opposants, et le corps du dirigeant communiste Alberto Lovera est retrouvé en 1965 sur une plage de Lechería. Interrogé par Miguel Otero Silva à la fin de son mandat, le président reconnaît des morts dans une situation « très proche de la guerre civile » mais nie toute torture ou exécution. Le podcast évoque aussi la modernisation du pays : complexe hydroélectrique du Guri, pont de près de 1 700 mètres sur l’Orénoque inauguré le 6 janvier 1967, accord de Genève de 1966 sur l’Esequibo. En décembre 1968, son parti perd de peu l’élection et il remet le pouvoir à Rafael Caldera le 11 mars 1969 : pour la première fois, le pouvoir change de parti sans intervention militaire.
En 1970, Raúl Leoni se rend à Murato, village de son père, où il retrouve une partie de sa famille. Il meurt à New York le 5 juillet 1972. L’épisode se clôt sur le témoignage de Marie-Noël Scribani-Spampani, apparentée à la famille Leoni, qui a retrouvé grâce à Internet les descendants vénézuéliens de son grand-oncle Pierre Toussaint Scribani, parti de Murato au XIXe siècle.
Les références de l’épisode
- Murato : village corse de Clemente Leoni, visité par son fils président en 1970.
- El Callao : région aurifère du Venezuela où Clemente Leoni rejoint un oncle exploitant de mine.
- Juan Vicente Gómez : dictateur qui gouverne le Venezuela de 1908 à sa mort en 1935.
- Rómulo Gallegos : écrivain, directeur du lycée de Raúl Leoni, premier président élu au suffrage direct en 1947.
- Rómulo Betancourt : compagnon d’exil de Raúl Leoni, président élu en 1958.
- Acción Democrática : parti fondé en 1941, dont Raúl Leoni est l’un des principaux dirigeants.
- Génération de 28 : génération politique née des manifestations étudiantes de février 1928 à Caracas.
- Pacte de Punto Fijo : accord du 31 octobre 1958 entre trois partis civils pour défendre la démocratie.
- Palais de Miraflores : siège de la présidence vénézuélienne.
- Rafael Caldera : chef du COPEI, élu en 1968, à qui Raúl Leoni remet le pouvoir.
- Alberto Lovera : dirigeant du Parti communiste vénézuélien, arrêté en 1965 et retrouvé mort.
- Miguel Otero Silva : journaliste qui interroge Raúl Leoni à la fin de son mandat.
Au fil de l’épisode
- 00:00:03 : l’émigration corse vers les Amériques à la fin du XIXe siècle
- 00:02:35 : Clemente Leoni quitte Murato pour le Venezuela
- 00:03:33 : El Callao, l’or et le cacao des familles corses
- 00:04:32 : le mariage avec Carmen Otero et la naissance de Raúl Leoni
- 00:06:09 : la dictature de Juan Vicente Gómez et la première prison à 16 ans
- 00:08:24 : la Semaine de l’étudiant de 1928 et la génération de 28
- 00:11:59 : la fuite en Colombie et l’expédition manquée
- 00:14:12 : la boutique de fruits de Barranquilla et les débuts d’Acción Democrática
- 00:16:47 : le coup d’État de 1945 et le ministère du Travail
- 00:18:23 : la prison, le mariage et un nouvel exil
- 00:19:36 : la chute de Pérez Jiménez et le pacte de Punto Fijo
- 00:22:07 : la révolution cubaine et la lutte armée au Venezuela
- 00:24:51 : l’élection présidentielle du 1er décembre 1963
- 00:28:15 : une présidence face à la guérilla et les disparitions forcées
- 00:30:52 : Raúl Leoni répond aux accusations de torture
- 00:34:41 : la modernisation du pays, le Guri et le pont sur l’Orénoque
- 00:36:25 : le pétrole et le contentieux de l’Esequibo
- 00:39:12 : l’élection de 1968 et la passation du pouvoir à Rafael Caldera
- 00:43:26 : le voyage à Murato en 1970 et la mort à New York
- 00:50:41 : le témoignage de Marie-Noël Scribani-Spampani
FAQ
Qui est Raúl Leoni ?
Raúl Leoni est un homme politique vénézuélien né le 26 avril 1905 à El Manteco, fils de Clemente Leoni, émigré du village corse de Murato. Leader étudiant de la génération de 28, plusieurs fois emprisonné et exilé, cofondateur d’Acción Democrática, il est élu président du Venezuela en décembre 1963 et gouverne de 1964 à 1969. Il meurt à New York en 1972.
Quel lien unit Raúl Leoni au village de Murato ?
Son père, Clemente Leoni, est né à Murato et a quitté la Corse à la fin du XIXe siècle pour rejoindre un oncle au Venezuela. Raúl Leoni s’est rendu dans ce village en 1970, où il a retrouvé une partie de sa famille et a été reçu par la municipalité. Selon le témoignage diffusé dans l’épisode, le cours principal du village porte aujourd’hui son nom.
Pourquoi la passation de pouvoir de 1969 est-elle présentée comme un moment clé ?
Selon l’épisode, c’est la première fois dans l’histoire du Venezuela que le pouvoir change de parti sans intervention militaire. Le 11 mars 1969, Raúl Leoni remet l’écharpe présidentielle à Rafael Caldera, adversaire de son parti, après une élection très serrée. Il affirme alors que personne ne lui a conseillé de frauder et qu’il ne l’aurait permis à personne.
Quelles zones d’ombre l’épisode évoque-t-il sur sa présidence ?
Le podcast rappelle que, face aux guérillas soutenues par Cuba, les garanties constitutionnelles sont suspendues à plusieurs reprises et que des opposants disparaissent après leur arrestation, comme le dirigeant communiste Alberto Lovera en 1965. Raúl Leoni reconnaît des morts dans un contexte proche de la guerre civile mais refuse de croire que la torture ou des exécutions aient eu lieu sous son gouvernement.
U Casteddu di Roccapina | Episode 2 – Lochi di Mimoria
7 Oct
Giampaolo da Leca & Rinuccio della Rocca | Partie 1/3 – Episode 6 – Eròi di a Storia
23 Sep
Tommy Recco | Hors-Série n°3
5 Déc
Le Vatican et la Corse [Partie 2/2] | Hors-Série n°2
14 Déc
Le Vatican et la Corse [Partie 1/2] | Hors-Série n°2
7 Déc
Vincentello d’Istria | Episode 5 – Eròi di a Storia
3 Nov
Philippe Colombani – La Corse médiévale – Relations entre les corses et la couronne d’Aragon | Episode 1 – Intervista
13 Oct
Arrigo della Rocca | Episode 4 – Eròi di a Storia
29 Sep
La Bataille de la Meloria 1284 | Episode 1 – Cavalcate
15 Sep
Giudice di Cinarca | Episode 3 – Eròi di a Storia
30 Juin
La Corse et la Mythologie Antique | Hors-Série n°1
16 Juin
Arrigo il Bel Messere | Episode 2 – Eròi di a Storia
24 Mai
La Commune de 1871
9 Oct
St Drezery, Le Colombiou de Drazeli
6 Oct
Vendargues, l’Eldorado des plateaux
6 Oct
Clapiers, l’écrin des pins
6 Oct
Vannina Bruna, présidente de l’association « A casa di Zia Mattea »
5 Oct
ÉTRANGE LIEN ENTRE MINIJUPE ET LES VENTES DE PERLES DE CULTURE
5 Oct
Marseille, ville Phénicienne ?
25 Sep
En passant par la Rue de la Carreterie
24 Sep
MARIAGE ENTRE FEMMES EN 1963, ELLES SONT INCULPÉES POUR UNE AUTRE RAISON !
21 Sep
LE CLAN DES DOCKERS : CE QU’ON NE VOUS DIT PAS SUR LA CORPORATION LA PLUS PUISSANTE DE MARSEILLE
20 Sep
N°262 U PUNENTE 2
17 Sep
Les Auffes ? Oh fan !
17 Sep
