
Antoine De Gennaro est fils d'un déporté marseillais. Depuis des années, il rassemble les mémoires de la rafle du 24 janvier 1943, qui a frappé le quartier Saint-Jean, au pied du Vieux-Port, et une partie de sa famille. Dans ce premier épisode de Marseille 43, le podcast documentaire écrit et réalisé par Juliette Matilla, il restitue le quartier d'avant, peuplé de familles napolitaines, les rouages de l'opération menée par la police française sous contrôle allemand, l'internement à Fréjus, la déportation, puis la destruction d'un pan entier de la ville.
Saint-Jean, la « petite Naples » effacée de Marseille
Fils d’un déporté marseillais, Antoine De Gennaro raconte dans ce premier épisode de Marseille 43 la rafle du 24 janvier 1943 au quartier Saint-Jean, au pied de l’entrée du Vieux-Port. Il décrit un quartier de ruelles tortueuses, distinct du Panier dont le séparait la rue Caisserie, peuplé en majorité d’Italiens, surtout napolitains, avec près de 900 commerces, mais présenté par la presse de l’époque comme un repaire de voyous. Au petit matin, des voitures à haut-parleurs ordonnent aux habitants de partir avec des vivres pour deux jours. Selon le récit de l’épisode, 20 000 personnes sont contrôlées et 15 000 conduites en tramway jusqu’à Fréjus, où trois camps les reçoivent sans rien pour les loger. Son arrière-grand-père, âgé de 70 ans, y meurt. Environ 500 hommes partent ensuite pour Compiègne, puis vers les camps allemands, dont Mauthausen, d’où cinq ou six Marseillais seraient revenus vivants d’après les données du collectif.
Dès le 1er février 1943, le quartier est dynamité pendant 17 jours : 1 500 immeubles, 82 rues et 850 commerces disparaissent.
Les références de l’épisode
- Quartier Saint-Jean : quartier populaire au pied du Vieux-Port, vidé de ses habitants le 24 janvier 1943 puis détruit.
- Le Panier : quartier voisin, situé au nord de la rue Caisserie.
- Fréjus : lieu des trois camps où furent internés femmes, enfants et hommes après la rafle.
- Camp de Compiègne : camp de transit vers lequel furent envoyés environ 500 Marseillais.
- Mauthausen : camp de concentration où furent déportés des Marseillais raflés, connu pour son escalier de 186 marches.
- Bousquet : représentant de la police française délégué par Pétain, évoqué dans la préparation de la rafle.
- Hôtel-Dieu : bâtiment du quartier devenu un hôtel de luxe, symbole de sa transformation.
- Pierre Sansot : anthropologue dont une citation sur la perte de sa rue clôt l’épisode.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation d’Antoine De Gennaro et de son travail de mémoire
- 00:00:41 : le quartier Saint-Jean, ses ruelles et sa population napolitaine
- 00:03:01 : un quartier stigmatisé par la presse et le racisme anti-italien
- 00:05:32 : l’arrivée des Allemands à Marseille et la préparation de la rafle
- 00:07:04 : les rafles des 22 et 23 janvier visant majoritairement des Juifs
- 00:07:35 : le matin du 24 janvier 1943 et l’évacuation du quartier
- 00:09:49 : le départ en tramway vers les camps de Fréjus
- 00:11:40 : la mort de son arrière-grand-père et le départ de 500 hommes vers Compiègne
- 00:12:45 : les conditions de détention à Mauthausen
- 00:17:00 : le retour des familles à Marseille et le pillage des logements
- 00:18:29 : le dynamitage du quartier Saint-Jean
- 00:19:05 : la reconstruction et la dispersion des familles italiennes
FAQ
Qui est Antoine De Gennaro ?
Antoine De Gennaro est le fils d’un déporté marseillais. Une partie de sa famille a été victime de la rafle du 24 janvier 1943 au quartier Saint-Jean. Depuis des années, il rassemble les mémoires et les documents pour comprendre les rouages de cette rafle, dont il est le témoin principal dans le premier épisode du podcast Marseille 43.
Que s’est-il passé au quartier Saint-Jean le 24 janvier 1943 ?
Au petit matin, la police française, avec les Allemands en retrait, a ordonné aux habitants de quitter leur logement avec des vivres pour deux jours. D’après l’épisode, 20 000 personnes ont été contrôlées et 15 000 conduites en tramway vers des camps à Fréjus. Le quartier a ensuite été dynamité à partir du 1er février 1943.
Pourquoi le quartier Saint-Jean était-il appelé la petite Naples ?
Selon Antoine De Gennaro, plus de la moitié des habitants du quartier étaient italiens, et les trois quarts d’entre eux venaient de la région de Naples, arrivés lors de l’exode économique du début du XXe siècle. Ils y tenaient de nombreux commerces et formaient une communauté soudée, où tout le monde se connaissait.
Que sont devenus les habitants raflés ?
Après Fréjus, les femmes, les enfants et les personnes âgées ont été renvoyés à Marseille, où ils ont souvent trouvé leur logement et leur commerce pillés, puis détruits sans relogement. Environ 500 jeunes hommes ont été envoyés à Compiègne puis dans les camps allemands, dont très peu sont revenus.
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