
Pascal Luongo, avocat pénaliste à Marseille, a déposé en 2019 une plainte pour crime contre l'humanité au nom de survivants et de descendants de la rafle du quartier Saint-Jean, en janvier 1943. Dans ce court épisode de Marseille 43, il revient sur son parcours, sur l'enquête de 1944 restée sans suite, sur le jour où la justice lui a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire, et sur ce que change le mot « rafle » pour la mémoire de la ville.
De la carte à puce au crime contre l’humanité
Dans cet épisode de Marseille 43, podcast documentaire de Juliette Matilla, l’avocat pénaliste Pascal Luongo raconte comment il a porté devant la justice la rafle du quartier Saint-Jean, près du Vieux-Port de Marseille, survenue le 24 janvier 1943. Rien ne le destinait au droit : après un bac scientifique, il travaille pour une société de cartes à puce à Gémenos, puis reprend des études et devient avocat à 30 ans, en 2010. Il rappelle qu’une plainte avait été déposée dès 1944 et qu’un juge d’instruction avait enquêté sur le rôle de responsables de l’époque, dont René Bousquet, pour « intelligence avec l’ennemi », avant un non-lieu. C’est en échangeant avec un historien spécialiste des Napolitains de Marseille que lui vient l’idée de qualifier les faits de crime contre l’humanité. Quatre survivants et quatre descendants acceptent d’être plaignants ; il passe de quatre à six mois à rédiger une plainte « très étayée », déposée en janvier 2019 auprès du procureur de la République de Paris. Le 17 mai 2019, la cheffe du pôle crimes contre l’humanité lui annonce l’ouverture d’une enquête préliminaire : « pour nous, c’est caractérisé ». Il raconte l’émotion qui l’envahit ensuite, assis dans le hall du tribunal.
Pour l’avocat, ce changement de mots compte : il ne s’agit pas d’une « évacuation », terme choisi par l’occupant et les collaborateurs, mais d’une rafle, avec 20 000 personnes arrêtées, 15 000 envoyées dans un camp militaire désaffecté, puis 1 500 immeubles et 50 rues détruits au nord du Vieux-Port, berceau de la ville. L’épisode fait entendre le discours du maire Benoît Payan lors des 80 ans de la rafle, en janvier 2023, et se termine sur un appel à enseigner cette page de l’histoire.
Les références de l’épisode
- Rafle du quartier Saint-Jean : le 24 janvier 1943, plus de 20 000 personnes raflées selon la description de l’épisode.
- Vieux-Port de Marseille : la zone nord, lieu de fondation de la ville selon l’avocat, est détruite après la rafle.
- René Bousquet : mis en cause dans l’enquête ouverte en 1944, qui aboutit à un non-lieu à Marseille.
- Plainte pour crime contre l’humanité : déposée en janvier 2019 par Pascal Luongo au nom de quatre survivants et quatre descendants.
- Parquet national antiterroriste : désormais chargé de l’enquête, selon l’avocat.
- Benoît Payan : maire de Marseille, dont le discours des 80 ans de la rafle est diffusé dans l’épisode.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : le parcours atypique de Pascal Luongo, des cartes à puce au droit pénal
- 00:00:54 : le dossier de sa vie, la rafle du Vieux-Port
- 00:01:10 : la plainte de 1944, l’enquête et le non-lieu
- 00:02:38 : la rencontre avec un historien et l’idée du crime contre l’humanité
- 00:03:23 : la rédaction de la plainte et son dépôt en janvier 2019
- 00:04:00 : le 17 mai 2019, l’ouverture d’une enquête préliminaire
- 00:05:43 : l’émotion dans le hall du tribunal
- 00:06:08 : de « l’évacuation » à la rafle, changer les mots de l’histoire
- 00:07:43 : 1 500 immeubles et 50 rues détruits dans le centre historique de Marseille
- 00:08:42 : le discours de Benoît Payan pour les 80 ans de la rafle
- 00:09:58 : enseigner Marseille 1943 dans les écoles
FAQ
Qui est Pascal Luongo ?
Pascal Luongo est un avocat pénaliste marseillais, devenu avocat à 30 ans en 2010 après un premier parcours dans les nouvelles technologies. Il a déposé en janvier 2019 une plainte pour crime contre l’humanité au nom de survivants et de descendants de la rafle du quartier Saint-Jean à Marseille, en janvier 1943.
Qu’est-ce que la rafle du quartier Saint-Jean à Marseille ?
Selon le podcast Marseille 43, le 24 janvier 1943, le quartier Saint-Jean, au nord du Vieux-Port, est bouclé : plus de 20 000 personnes sont arrêtées et contrôlées, 15 000 envoyées dans un camp militaire désaffecté, des familles déportées. Le quartier est ensuite détruit, avec 1 500 immeubles et 50 rues rayés de la carte.
Où en est la plainte pour crime contre l’humanité ?
Déposée en janvier 2019 auprès du procureur de la République de Paris, elle a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire le 17 mai 2019. Selon la description de l’épisode, son issue était attendue en 2026, sans procès d’assises en vue : aucun responsable encore en vie n’a pu être identifié.
Pourquoi parler de rafle plutôt que d’évacuation du Vieux-Port ?
Pour Pascal Luongo, « évacuation » est le terme choisi à l’époque par les collaborateurs et l’occupant pour présenter l’opération comme une aide. Des arrestations massives de 20 000 personnes et leur privation de liberté relèvent selon lui de la rafle, et ce vocabulaire permet de mesurer la gravité des faits.
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