
Antoine Mignemi avait cinq ans quand le quartier Saint-Jean, à Marseille, a été raflé puis dynamité, en janvier 1943. Fils d'un coiffeur sicilien qui avait fui le fascisme, il raconte à Juliette Matilla le tramway jusqu'au port, les wagons à bestiaux vers le camp de Fréjus, le père séparé de sa famille, puis la vie éparpillée qui a suivi. Dans ce deuxième épisode de Marseille 43, il explique aussi pourquoi il a fallu attendre la plainte de 2019 pour que sa parole soit entendue, et pourquoi il tient à dire « rafle » plutôt qu'« évacuation ».
Un enfant du quartier Saint-Jean
Dans ce deuxième épisode de Marseille 43, Juliette Matilla donne la parole à Antoine Mignemi, survivant de la rafle du 24 janvier 1943 dans le quartier Saint-Jean, à Marseille. Né en 1937, il y passe ses cinq premières années dans une ruelle populaire où tout le monde se connaît. Son père a quitté la Sicile en 1922 pour fuir le fascisme de Mussolini ; ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il est d’abord mineur, puis coiffeur dans le salon d’un patron qui lui tend la main. Antoine Mignemi raconte le transfert forcé en tramway jusqu’au port, puis à la gare d’Arenc, encadré par la police française, sous le contrôle des SS sur le port. Viennent ensuite le voyage d’une journée en wagons à bestiaux jusqu’au camp de Fréjus, la séparation des pères et des familles, une semaine sur de la paille souillée, et le retour en car jusqu’à la place Castellane, avec l’interdiction de rentrer chez soi pendant que le quartier est dynamité. « Ce n’était pas une évacuation, c’était une rafle », répète-t-il aujourd’hui dans les écoles et les cérémonies, avec le collectif né après la plainte pour crime contre l’humanité déposée en janvier 2019 par l’avocat Pascal Luongo.
Recueillie au Pont-de-Vivaux, la famille ne s’en remet pas : le salon du père est détruit, la maison aussi, et sa mère meurt à 50 ans. « Il y a des choses, même si vous avez 5 ans, qu’on n’oublie pas », dit-il.
Les références de l’épisode
- Quartier Saint-Jean : quartier de Marseille raflé le 24 janvier 1943 puis dynamité.
- Gare d’Arenc : gare marseillaise où les habitants raflés sont montés dans des wagons à bestiaux.
- Camp de Fréjus : camp où les familles ont été retenues une semaine, pères séparés des mères et des enfants.
- Place Castellane : lieu où les familles ont été déposées en car, devant le cinéma Le César, au retour de Fréjus.
- Pascal Luongo : avocat qui a porté plainte pour crime contre l’humanité en janvier 2019 au sujet de la rafle et de la destruction du quartier Saint-Jean.
- Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 : collectif de victimes et de descendants auquel participe Antoine Mignemi.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : l’enfance d’Antoine Mignemi à Saint-Jean et l’exil de son père, venu de Sicile en 1922
- 00:00:34 : la demande de nationalité française restée sans réponse et la naissance d’Antoine en 1937
- 00:01:21 : le 24 janvier 1943, le transfert forcé en tramway jusqu’au port
- 00:02:04 : la gare d’Arenc et le voyage en wagons à bestiaux jusqu’à Fréjus
- 00:02:46 : au camp de Fréjus, la séparation des pères et des familles
- 00:03:27 : une semaine dans les baraquements, sur de la paille souillée
- 00:04:36 : le retour place Castellane et l’interdiction de rentrer chez soi
- 00:05:18 : une famille dispersée et sans ressources, la mort de sa mère à 50 ans
- 00:07:37 : le militant, de la CGT aux cortèges, et la rencontre de l’avocat Pascal Luongo
- 00:08:05 : la plainte pour crime contre l’humanité de janvier 2019
- 00:10:33 : le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 et l’importance des mots justes
- 00:11:36 : un poème chanté sur Marseille en guise de conclusion
FAQ
Qui est Antoine Mignemi ?
Antoine Mignemi est un survivant de la rafle du quartier Saint-Jean à Marseille, le 24 janvier 1943. Né en 1937 d’un père sicilien qui avait fui le fascisme, il avait cinq ans. Militant syndical et politique, il témoigne aujourd’hui dans les écoles, les lieux publics et les cérémonies pour que les faits soient nommés.
Que s’est-il passé dans le quartier Saint-Jean en janvier 1943 ?
Selon le témoignage d’Antoine Mignemi, les habitants ont été transférés de force en tramway jusqu’au port, encadrés par la police française, puis conduits à la gare d’Arenc et en wagons à bestiaux jusqu’au camp de Fréjus. Pendant ce temps, le quartier a été dynamité, et les familles n’ont jamais pu y revenir.
Pourquoi Antoine Mignemi parle-t-il de rafle et non d’évacuation ?
Il explique qu’il a longtemps dit lui-même avoir été évacué, avant de comprendre qu’il avait été raflé. Pour lui, parler d’évacuation minimise les faits et efface en partie la responsabilité de certains. Il insiste aussi sur le mot dynamitage, plutôt que bombardement, pour désigner la destruction du quartier.
Qu’a changé la plainte déposée en 2019 ?
Antoine Mignemi a appris par la presse qu’en janvier 2019 l’avocat Pascal Luongo portait plainte pour crime contre l’humanité au sujet de la rafle et de la destruction du quartier Saint-Jean. Il l’a contacté avec ses papiers, a rejoint d’autres victimes et a cofondé un collectif. Il dit que tout ce passé a alors ressurgi « comme un volcan ».
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