
Camille Morando, docteure en histoire de l'art et spécialiste de Victor Brauner, est la commissaire de l'exposition Victor Brauner, L'Aventure magique, présentée par le Nouveau Musée National de Monaco à la Villa Paloma. Au micro de Guillaume Theulière, conservateur en chef du NMNM, elle explique comment une collection privée monégasque presque inédite l'a obligée à repenser l'œuvre du peintre roumain, et retrace sa vie : l'œil perdu en 1938, la clandestinité pendant la guerre, l'exclusion du groupe surréaliste.
Une collection privée pour repenser Victor Brauner
Camille Morando, commissaire de l’exposition Victor Brauner, L’Aventure magique, répond à Guillaume Theulière, conservateur en chef du Nouveau Musée National de Monaco. L’exposition occupe la Villa Paloma, à Monaco, du 3 juillet 2026 au 3 janvier 2027. Elle réunit près de 170 œuvres (peintures, dessins, sculptures, collages) issues d’une collection privée monégasque quasiment jamais montrée au public, constituée en vingt ans, des années 1920 en Roumanie jusqu’au milieu des années 1960. S’y ajoutent dix objets d’art extra-occidental de la collection personnelle de l’artiste, entrés au musée de Saint-Étienne avec le legs de Jacqueline Victor-Brauner. Privée de ses points d’appui habituels, ceux des collections publiques françaises, la commissaire dit avoir dû « rebattre les cartes » et mettre en valeur les années 1950 et 1960, moins étudiées que la période surréaliste. Elle a placé le parcours, sur les trois étages d’une ancienne maison, sous le signe de la rencontre entre l’artiste et le collectionneur.
Elle travaille sur Victor Brauner depuis plus de vingt ans, depuis son doctorat et un ouvrage consacré à ses archives.
L’œil perdu, la cire et la clandestinité
Né en 1903 en Roumanie, Victor Brauner participe aux revues d’avant-garde de Bucarest avant de s’installer à Paris. Il adhère au surréalisme en 1933, présenté à André Breton par son ami Yves Tanguy. En 1931, il peint un autoportrait à l’œil énucléé ; en août 1938, pris dans une rixe entre les peintres Oscar Domínguez et Esteban Francès, il perd l’œil gauche. Il devient alors, selon Camille Morando, le « peintre voyant » du groupe, et son œuvre garde une frontalité liée à la perte de la vision en relief. Juif et devenu apatride, il fuit Paris vers Marseille puis entre en clandestinité en avril 1942 avec Jacqueline, qui deviendra son épouse. Faute de matériel, il peint à la cire d’abeille de petits tableaux qu’il voit comme des talismans protecteurs. En 1948, il est exclu du groupe surréaliste pour avoir refusé de signer l’exclusion de son ami Roberto Matta, avec qui il réalise ensuite des œuvres à quatre mains, dont l’exposition présente des exemples.
La commissaire évoque aussi son bestiaire, du chien au serpent, et son intérêt pour l’Égypte, la peinture spirite et les arts dits bruts.
Les références de l’épisode
- Victor Brauner, L’Aventure magique : exposition du Nouveau Musée National de Monaco à la Villa Paloma, jusqu’au 3 janvier 2027.
- Villa Paloma : lieu de l’exposition, une ancienne maison sur trois étages.
- Musée de Saint-Étienne : prêteur des objets d’art extra-occidental de la collection de l’artiste.
- André Breton : chef de file du surréalisme, proche de Victor Brauner, qui l’exclut du groupe en 1948.
- Yves Tanguy : ami de Victor Brauner, qui le présente à André Breton.
- Roberto Matta : peintre dont Victor Brauner refuse de signer l’exclusion, et avec qui il peint à quatre mains.
- Christophe Martin : scénographe de l’exposition, qui donne à chaque salle une même couleur au sol, aux murs et au plafond.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de l’exposition à la Villa Paloma
- 00:02:04 : vingt ans de recherches de Camille Morando sur Victor Brauner
- 00:03:37 : une collection privée inédite et les périodes méconnues
- 00:06:16 : la collection personnelle de l’artiste et le legs au musée de Saint-Étienne
- 00:08:44 : l’enfance en Roumanie et les avant-gardes de Bucarest
- 00:11:55 : l’exil à Paris et l’entrée dans le groupe surréaliste
- 00:14:04 : l’autoportrait de 1931 et l’œil perdu en 1938
- 00:17:15 : la fuite vers Marseille et la clandestinité
- 00:19:35 : les tableaux à la cire comme talismans
- 00:22:16 : le passage à la sculpture
- 00:25:41 : l’après-guerre et l’exclusion du surréalisme en 1948
- 00:27:28 : les œuvres à quatre mains avec Roberto Matta
- 00:28:21 : le bestiaire de Victor Brauner
- 00:30:35 : la scénographie et les objets d’art extra-occidental
- 00:32:03 : les totems de la fin de vie et le programme autour de l’exposition
FAQ
Où et jusqu’à quand voir l’exposition Victor Brauner à Monaco ?
L’exposition Victor Brauner, L’Aventure magique est présentée par le Nouveau Musée National de Monaco à la Villa Paloma, du 3 juillet 2026 au 3 janvier 2027. Elle réunit près de 170 œuvres issues d’une collection privée monégasque. Les œuvres graphiques sont présentées en deux rotations, avec d’autres dessins accrochés au premier étage à partir de la mi-octobre.
Qui est Camille Morando ?
Camille Morando est docteure en histoire de l’art, responsable de la documentation des collections modernes au Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, et enseignante à l’École du Louvre. Spécialiste de Victor Brauner depuis plus de vingt ans, elle a été commissaire de plusieurs expositions qui lui ont été consacrées, et de celle du Nouveau Musée National de Monaco.
Comment Victor Brauner a-t-il perdu un œil ?
En août 1938, Victor Brauner se trouve pris dans une rixe entre les peintres surréalistes Oscar Domínguez et Esteban Francès et reçoit un éclat de verre dans l’œil gauche. Sept ans plus tôt, il s’était peint avec un œil énucléé. Selon Camille Morando, cet accident fait de lui le « peintre voyant » du groupe surréaliste et marque durablement sa manière de peindre.
Pourquoi Victor Brauner peignait-il à la cire pendant la guerre ?
Caché dans la clandestinité à partir d’avril 1942, Victor Brauner manquait de matériel. Ayant vu que ses voisins avaient de la cire d’abeille, il l’a utilisée faute d’autre chose. Camille Morando explique qu’il considérait ces petits tableaux, souvent sur bois, comme des talismans pour se protéger et conjurer le mauvais sort. Il reprendra la cire dans les années 1950.
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