
Dessinateur, danseur, chanteur, acteur et performeur, Jean-Luc Verna a passé trente-sept ans à Nice avant de s'installer à Paris. Le Nouveau Musée National de Monaco le reçoit à l'occasion de l'acquisition d'un de ses diptyques consacrés à Pier Paolo Pasolini. Il revient sur une enfance dont le dessin l'a protégé, la scène punk et gothique, la Villa Arson, quelques mois cachés dans un immeuble de Monaco, et sur sa manière de reprendre les motifs passés de mode que le marché de l'art délaisse.
Le dessin comme bulle de protection
Dans le podcast du Nouveau Musée National de Monaco, l’artiste Jean-Luc Verna, dessinateur, performeur, chanteur, danseur et acteur, retrace un parcours qu’il qualifie d’accidentel. Issu d’une famille déchirée, il raconte avoir fait du dessin « une sorte de bulle de protection », puis avoir quitté la maison à 15 ans pour vivre l’aventure du punk, du post-punk et du gothique à Nice. Quand cette vie devient trop dangereuse, il entre dans une école municipale et gratuite de Nice, où l’a formé un maître du dessin classique, puis à la Villa Arson, alors dirigée par Christian Bernard. Il évoque aussi les quelques mois passés au milieu des années 1980 à Monaco, sans papiers et coiffé d’une crête, sans presque sortir de l’immeuble où il vivait. Il parle de la liberté de l’artiste, « à la fois une armure, une arme et une cible », de ses figures tutélaires venues de la chanson et du cinéma plutôt que de l’art, de Barbara, qu’il prépare à chanter sur scène, et de ses dix-sept ans de danse pour la chorégraphe Gisèle Vienne.
Le dessin reste sa colonne vertébrale, et le tatouage, commencé à 15 ans, en prolonge la logique sur son propre corps.
Pasolini, les perfectos et les poupées du musée
Jean-Luc Verna explique sa technique : il refuse de montrer un dessin « tout nu, tout cru » et le fait passer par le calque, la photocopie et le transfert pour qu’il lui échappe, avant de le raviver et de le poser sur papier, bois, voile ou mur. Il décrit le diptyque acquis par le musée, présenté en 2024 à la Villa Sauber dans l’exposition Pasolini en clair-obscur : d’un côté un grand dessin de Christ qui fume, comme entre deux prises, devant des toits de banlieue romaine ; de l’autre un perfecto couvert de signes, dont un écusson du club de football de Rome. Raccrocher son perfecto, dit-il, est « un geste qui dit un deuil impossible ». Il raconte aussi sa manière d’aller chercher ce que le marché juge ringard (fées, oiseaux, puis paysage) et le projet éditorial La collection des collections, où il met en scène les poupées de la collection Madeleine de Galéa, donnée au musée en 1967.
À la question de savoir pourquoi il crée, il répond : « par amour, par envie, par colère et par dégoût ».
Les références de l’épisode
- Nouveau Musée National de Monaco : musée qui produit le podcast et vient d’acquérir une œuvre de l’artiste.
- Villa Arson : école d’art de Nice où Jean-Luc Verna a étudié, alors dirigée par Christian Bernard.
- Christian Bernard : ancien directeur de la Villa Arson, longtemps à la tête d’un musée de Genève, récemment disparu.
- Pier Paolo Pasolini : cinéaste et écrivain, figure tutélaire de l’artiste, sujet du diptyque acquis.
- Pasolini en clair-obscur : exposition présentée en 2024 à la Villa Sauber, sous le commissariat de Guillaume de Sardes.
- Anna Prucnal : chanteuse qui a interprété la chanson de Pasolini dont le diptyque tire son titre.
- Gisèle Vienne : chorégraphe pour qui Jean-Luc Verna a dansé pendant plus de dix-sept ans.
- Barbara : chanteuse que l’artiste tient pour « la première chanteuse gothique française » et qu’il prépare à chanter sur scène.
- Air de Paris : galerie qui l’a soutenu pendant les années où il ne vendait rien.
- Collection Madeleine de Galéa : collection de poupées donnée au musée en 1967 par son petit-fils, Christian de Galéa.
- La collection des collections : projet éditorial où l’artiste met en scène ces poupées.
Au fil de l’épisode
- 00:00:28 : présentation de Jean-Luc Verna et de son œuvre d’art totale
- 00:02:03 : l’acquisition d’une œuvre par le Nouveau Musée National de Monaco
- 00:02:28 : la liberté de l’artiste, « une armure, une arme et une cible »
- 00:03:25 : une enfance difficile et le dessin comme refuge
- 00:03:55 : le départ à 15 ans, le punk et le gothique à Nice
- 00:04:56 : la formation au dessin classique puis l’entrée à la Villa Arson
- 00:05:23 : quelques mois cachés à Monaco au milieu des années 1980
- 00:06:29 : les figures tutélaires et Barbara
- 00:07:36 : les pas de côté, de la danse contemporaine avec Gisèle Vienne à la scène
- 00:08:37 : l’œuvre d’art totale et la peur au ventre
- 00:10:30 : le tatouage, de la différence à l’uniformité
- 00:12:07 : la technique du transfert et le dessin comme apparition
- 00:14:52 : la vraie image, la croyance et le masque
- 00:16:28 : l’exposition Pasolini en clair-obscur à la Villa Sauber
- 00:17:15 : le diptyque, un Christ qui fume et un perfecto
- 00:20:14 : le Caravage et l’histoire de l’art occidental
- 00:21:19 : fées, oiseaux, paysages : réhabiliter le ringard
- 00:24:23 : un atelier partagé et l’acquisition d’une autre œuvre amie
- 00:25:24 : la collection de poupées et le projet La collection des collections
- 00:27:04 : la collaboration avec un vidéaste de la collection et le tatouage onnagata
- 00:28:43 : créer par amour, par envie, par colère et par dégoût
- 00:29:15 : exposition en cours en Suisse et autobiographie en préparation
FAQ
Qui est Jean-Luc Verna ?
Jean-Luc Verna est un artiste qui se dit à la fois dessinateur, performeur, chanteur, danseur et acteur. Il a vécu trente-sept ans à Nice, où il a étudié à la Villa Arson, avant de s’installer à Paris. Le dessin est la colonne vertébrale de son travail, qu’il décrit comme une œuvre d’art totale.
Quelle œuvre de Jean-Luc Verna le musée de Monaco a-t-il acquise ?
Le Nouveau Musée National de Monaco a acquis un diptyque consacré à Pier Paolo Pasolini, montré en 2024 à la Villa Sauber dans l’exposition Pasolini en clair-obscur. Il associe un grand dessin de Christ qui fume, devant des toits de banlieue romaine, et un perfecto couvert de signes et d’un écusson du club de football de Rome.
Comment Jean-Luc Verna travaille-t-il le dessin ?
Il ne montre jamais un dessin tel qu’il vient d’être fait. Il le fait passer par le calque, la photocopie et le transfert, en deux ou trois étapes, pour qu’il lui échappe, puis le ravive. Le résultat peut se poser sur du papier ancien, du bois, un voile ou un mur, et doit ressembler, dit-il, à une apparition.
Quel lien Jean-Luc Verna a-t-il avec Monaco ?
Au milieu des années 1980, alors élève d’une école d’art de Nice, il a vécu quelques mois à Monaco auprès d’une compagne australienne, sans papiers et coiffé d’une crête, en sortant à peine de l’immeuble. Aujourd’hui, le Nouveau Musée National de Monaco fait entrer une de ses œuvres dans ses collections et lui confie un projet éditorial.
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