
Élise Peroi, artiste née à Nantes, formée au design textile à Bruxelles et installée à Arles, tisse des paysages : elle peint sur soie, découpe la peinture en lanières et la retisse en laissant des vides. Au micro d'Eugénie Lefebvre, qui l'a accompagnée en résidence en 2023, elle remonte aux gestes des femmes de sa famille, explique sa lecture du paysage chez François Jullien, le lien entre textile, texte et architecture, et le rôle du corps et du souffle dans son travail.
Les gestes des femmes de sa famille
Élise Peroi, artiste née en 1990 à Nantes, diplômée d’un master en design textile de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, a vécu treize ans dans la capitale belge avant de s’installer à Arles. Au micro d’Eugénie Lefebvre, qui l’a accompagnée en 2023 lors de sa résidence à la Fondation Thalie, elle explique comment elle tisse des paysages. Tout part, dit-elle, de « la question du geste » transmis par les femmes de sa famille : une grand-mère qui pratiquait la calligraphie et l’enluminure, une mère couturière. Très jeune, elle réalisait avec sa mère des livres en textile inspirés de poèmes. Son travail croise toujours ces deux héritages : la composition flottante de l’enluminure, avec ses vides, et le tissu. Son intérêt pour le paysage vient surtout de ses lectures, en particulier de Vivre de paysage ou L’impensé de la Raison de François Jullien, qui oppose la portion de pays que l’œil embrasse à la pensée chinoise du paysage comme mise en tension des énergies du monde.
D’où sa question de départ : comment faire circuler le souffle dans une œuvre, quand un tableau de paysage reste très frontal.
Peindre, découper, retisser
Elle décrit son procédé : elle peint sur de grands lés de soie des paysages ou des oiseaux, découpe la peinture en fines lanières, puis la retisse avec du fil de lin sur un métier, en double chaîne pour donner du volume. Construction, destruction, reconstruction : la pièce garde plusieurs temps à la fois, vibre, et laisse des fenêtres de fils nus où le spectateur reconstitue les parties manquantes. Elle compare ces vides aux lignes de couleur utilisées en archéologie pour restaurer une fresque sans tromper l’œil. L’entretien passe par Le Tiers Paysage de Gilles Clément et son jardin en mouvement, qui l’inspirent, et par sa pièce Jardin suspendu, inspirée d’une fresque de la Villa Livia. Elle revient sur l’étymologie commune du textile, du texte et de l’architecture, sur l’armure du tissage et sur le textile qui fait espace (cloison, tapis, tente). Elle évoque ses premières performances, nourries des écrits de Paul Valéry sur la poétique des gestes, la mise en carte du tissage qui ressemble à une partition, et son métier à tisser qu’elle voit comme « un instrument silencieux ».
Elle parle enfin du vide et du non-agir, de la lumière qui change la brillance de la soie au fil du jour, et du tissage qui, quand elle a besoin de respirer, la régénère.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Vent dominant : œuvre de fils et de bois créée en résidence, inspirée des cabanes de gardian de Camargue et réalisée avec le menuisier Raymond Liozon de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
- Fondation Thalie : fondation qui a accueilli Élise Peroi en résidence à Arles en 2023.
- Les Ateliers de La Madeleine : lieu arlésien coproducteur du podcast.
- Vivre de paysage ou L’impensé de la Raison : livre de François Jullien qui inspire son travail.
- Le Tiers Paysage : manifeste du paysagiste Gilles Clément, cité par Eugénie Lefebvre.
- Jardin suspendu : pièce d’Élise Peroi inspirée de la fresque de la Villa Livia.
- Prix Pierre Cardin : prix de sculpture de l’Académie des beaux-arts reçu en 2025.
Au fil de l’épisode
- 00:01:00 : présentation d’Élise Peroi et de sa résidence à Arles
- 00:04:07 : l’héritage d’une grand-mère enlumineuse et d’une mère couturière
- 00:07:08 : pourquoi le paysage, et la lecture de François Jullien
- 00:12:21 : le paysage comme mise en tension des énergies
- 00:14:02 : peindre la soie, la découper, la retisser
- 00:18:09 : le hors-champ, les vides et la restauration des fresques
- 00:20:20 : Gilles Clément, le tiers paysage et le jardin en mouvement
- 00:25:05 : des œuvres qui font architecture
- 00:27:27 : textile, texte et architecture, une étymologie commune
- 00:31:55 : le corps, la performance et Paul Valéry
- 00:37:09 : la partition, la musique et le métier à tisser
- 00:41:18 : le vide, l’éphémère et le non-agir
- 00:49:26 : le souffle dans le geste et dans l’atelier
- 00:55:28 : la dimension spirituelle du paysage
FAQ
Qui est Élise Peroi ?
Élise Peroi est une artiste née en 1990 à Nantes, diplômée en design textile de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, installée à Arles. Elle tisse des paysages à partir de soie peinte. Lauréate du prix Pierre Cardin de sculpture en 2025, elle est représentée par la galerie Anne-Sarah Benichou en Europe et la galerie Carvalho en Amérique.
Comment Élise Peroi réalise-t-elle ses tissages ?
Elle peint d’abord un paysage sur un grand lé de soie, le découpe en fines lanières avec un outil tranchant, puis retisse ces lanières avec du fil de lin sur son métier, en double chaîne. Elle laisse des zones de fils nus, des vides qui font vibrer l’image et invitent le spectateur à imaginer les parties manquantes.
Qu’est-ce que l’œuvre Vent dominant ?
C’est une architecture de fils et de bois créée par Élise Peroi lors de sa résidence à Arles, avec le menuisier Raymond Liozon de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Inspirée des cabanes de gardian, elle reflète la végétation sauvage de la Camargue et est orientée vers le nord, comme ces cabanes qui protègent du mistral.
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