
L'artiste Lee Ufan, théoricien du mouvement japonais Mono-ha, reçoit Eugénie Lefebvre au premier étage de son musée d'Arles, parmi ses grandes toiles. Il raconte pourquoi il a installé sa fondation dans cette ville romaine, comment ses œuvres dialoguent avec les Alyscamps ou le Palais des Papes d'Avignon, et pourquoi la surface non peinte, le souffle et la rencontre sont au centre de son travail.
Le vide, le souffle et les pierres d’Arles
Début juillet 2026, Eugénie Lefebvre, créatrice du podcast Le.s Sensible.s, rencontre l’artiste Lee Ufan au premier étage du musée Lee Ufan Arles, entourée de ses grandes toiles. Né en 1936 en Corée, il vit et travaille entre Paris, New York et le Japon, et il est l’artiste théoricien du mouvement d’avant-garde japonais Mono-ha, « l’école des choses ». L’entretien, traduit, porte sur son lien à Arles, sur sa manière de faire dialoguer ses œuvres avec les lieux anciens et sur sa conception de l’art. Il raconte avoir choisi Arles pour installer physiquement sa fondation, d’abord née à New York, parce que la ville est entourée de culture romaine et porte l’histoire de Gauguin et de Van Gogh. Aux Alyscamps, ancienne nécropole romaine, son installation lui permettait selon lui de « dialoguer avec les morts » ; au Palais des Papes d’Avignon, où il vient d’ouvrir l’exposition Relatum, il décrit une sorte de requiem destiné à consoler les esprits, avec une installation où un fil suspendu relie un tonneau et un miroir. Il explique pourquoi le mot vide ne lui convient pas : ce qui entoure l’œuvre, la surface non peinte, fait partie de l’œuvre, et c’est de la rencontre entre le dessin et l’espace vierge que naît la résonance.
Lee Ufan parle aussi du souffle, qu’il travaille comme un athlète par la répétition pour dépasser son ego, et de la phrase écrite sur les murs de son musée : l’œuvre d’art ouvre un instant qui fait sentir « la respiration de l’infini ». Il conclut sur la nécessité d’aller soi-même à la rencontre des choses plutôt que de se fier aux avis des autres.
Lee Ufan nous recommande…
Pour réveiller la sensibilité, aller soi-même à la rencontre des choses : fréquenter les concerts, les expositions, partir en randonnée, et se faire sa propre idée plutôt que de suivre les notations et les informations des autres.
Pour aller plus loin
- Fabrizio D’Elia, producteur et compositeur de l’identité sonore du podcast
- Les Ateliers de La Madeleine Arles
Les références de l’épisode
- Mono-ha : mouvement d’avant-garde japonais, « l’école des choses », dont Lee Ufan est l’artiste théoricien.
- Arte Povera : courant européen souvent rapproché de Mono-ha.
- Musée Lee Ufan Arles : ouvert en 2022 dans un ancien hôtel particulier en pierre, lieu de l’enregistrement.
- Les Alyscamps : ancienne nécropole romaine d’Arles où Lee Ufan a présenté une installation en 2021.
- Relatum : exposition ouverte en juillet 2026 au Palais des Papes d’Avignon.
- Lee Ufan Museum de Naoshima : le musée de l’artiste sur l’île de Naoshima, au Japon, cité par Eugénie Lefebvre.
- Un art de la rencontre : livre de Lee Ufan paru chez Actes Sud en 2019, guide d’Eugénie Lefebvre pour son podcast.
- Baptiste Morizot : philosophe cité pour son idée d’une crise de la sensibilité à l’égard du vivant.
- Freud : cité par Lee Ufan à propos de l’inconscient.
Au fil de l’épisode
- 00:01:00 : présentation de Lee Ufan et du mouvement Mono-ha
- 00:01:55 : Naoshima, les Alyscamps, le Palais des Papes et le musée d’Arles
- 00:03:21 : pourquoi Lee Ufan a choisi Arles pour sa fondation
- 00:05:08 : faire dialoguer ses œuvres avec les pierres du passé
- 00:06:48 : des Alyscamps au Palais des Papes, un requiem pour consoler les esprits
- 00:08:23 : l’espace de résonance et ce que l’artiste refuse d’appeler le vide
- 00:11:04 : le souffle, la concentration et la répétition
- 00:14:34 : « la respiration de l’infini »
- 00:16:27 : la crise de la sensibilité et l’importance de la rencontre
FAQ
Qui est Lee Ufan ?
Lee Ufan est un artiste né en 1936 en Corée, qui vit et travaille entre Paris, New York et le Japon. Il est l’artiste théoricien du mouvement d’avant-garde japonais Mono-ha. Ses sculptures mettent en relation des pierres ou du bois choisis dans la nature et des matériaux industriels ; sa peinture tend vers un signe unique et l’évocation du vide.
Pourquoi Lee Ufan a-t-il ouvert un musée à Arles ?
Lee Ufan explique que sa fondation existait à New York et qu’il a décidé, après de nombreuses péripéties, de lui donner un lieu physique à Arles. Il dit aimer cette ville entourée de culture romaine, marquée par Gauguin et Van Gogh, et qui le stimule. Le musée Lee Ufan Arles a ouvert en 2022 dans un ancien hôtel particulier.
Qu’est-ce que l’espace de résonance chez Lee Ufan ?
Pour Lee Ufan, ce qui entoure une peinture ou une sculpture fait partie de l’œuvre. La surface non peinte n’est pas un vide : c’est de la rencontre entre le dessin et l’espace vierge que naissent une vibration et une résonance. Il dit que l’œuvre prend vraiment forme quand cette rencontre dépasse ce qu’il avait pensé.
Qu’est-ce que l’exposition Relatum au Palais des Papes d’Avignon ?
Relatum est l’exposition que Lee Ufan a ouverte en juillet 2026 au Palais des Papes d’Avignon, avec des œuvres d’ardoise, de pierre, de miroir et d’acier. L’artiste la décrit comme une sorte de requiem destiné à consoler les esprits, avec notamment une installation où un fil suspendu et un miroir évoquent la rencontre entre le visible et l’invisible.
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