
Cyrielle d'Antoni, doreuse née à La Ciotat et installée à Paris, revient dans sa ville natale au micro de Camille Lhomme pour raconter un chantier qu'elle n'osait pas rêver : la restauration de la statue de Notre-Dame de la Garde, à Marseille, achevée en octobre 2025. Sablage, mixtion, feuilles d'or posées sous une bâche à plus de 200 mètres de haut : elle détaille les gestes du métier, son parcours depuis les bancs du lycée à Aix et ses chantiers de Versailles à l'Australie, sans jamais perdre de vue la mer de La Ciotat.
Une Ciotadenne sur l’échafaudage de la Bonne Mère
Dans le quinzième épisode de La Mer est belle, enregistré à Casa Abeille, à La Ciotat, Camille Lhomme reçoit Cyrielle d’Antoni, doreuse née et élevée à La Ciotat, aujourd’hui salariée d’un atelier de dorure parisien. Elle raconte avoir participé à la restauration de la statue de Notre-Dame de la Garde, à Marseille, achevée en octobre 2025. La statue et la terrasse des anges ont été traitées « du socle à la couronne de la Vierge » : la statue a été sablée, puis les peintres ont appliqué une peinture anticorrosion juste derrière le sableur, parce que le cuivre s’oxyde vite à l’air, avant les couches de préparation et la dorure. Selon elle, c’est la première fois depuis la pose de la statue que l’on repartait ainsi du métal plutôt que des anciennes couches. Sur les quelque 40 000 feuilles d’or prévues, environ 27 000 ont été posées. Elle explique le rôle de la mixtion, un vernis gras posé la veille qui doit sécher au moins douze heures, et que l’on teste du dos du doigt, et décrit le chantier protégé par une bâche thermocollée et climatisé pour garder les produits à température constante. La couronne a été démontée, restaurée, puis dorée à l’intérieur de la basilique, sous les yeux du public. Quand l’atelier a obtenu le chantier, dit-elle, ses patrons avaient déjà prévu de l’y envoyer.
Elle évoque aussi les réactions des visiteurs, rassurés de savoir qu’une Ciotadenne travaillait sur la statue, et sa comparaison favorite : restaurer la Bonne Mère, pour elle, c’est comme si l’on proposait à un Parisien de restaurer Notre-Dame.
De l’enfance ciotadenne aux chantiers du monde entier
Cyrielle d’Antoni revient sur son enfance dans le centre-ville de La Ciotat, le bar de l’Horloge et les berlines, ces beignets fourrés qu’on ne trouve plus, puis sur son parcours : un lycée à Aix avec option arts plastiques, une licence d’histoire de l’art et d’arts plastiques, un projet de restauration de tableaux abandonné, et une formation d’un an à la dorure à Marseille, suivie d’un stage à Paris où elle s’est installée. Elle détaille le métier de doreur ornemaniste : les apprêts à base de colle de peau de lapin et de blanc de Meudon, les fers à reparer qui redonnent la forme des ornements sculptés. Elle cite ses chantiers au château de Versailles, des intérieurs de yachts, un lustre en staff de huit mètres carrés doré en Australie pour un bijoutier, une résidence à Los Angeles, ainsi que des collaborations avec des marques de luxe.
La conversation revient toujours à La Ciotat : la mer qui lui manque à Paris, les calanques, le Mugel, la grande plage, et le renouveau des commerces du centre-ville.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Notre-Dame de la Garde : basilique marseillaise dont la statue de la Vierge a été redorée lors du chantier achevé en octobre 2025.
- Casa Abeille : lieu de La Ciotat où l’épisode a été enregistré.
- Château de Versailles : site de plusieurs chantiers de dorure de l’invitée, dont des appartements rouverts au public.
- Aurélie Romano : sculptrice sur bois et doreuse ornemaniste installée à La Ciotat, qui a restauré la Vierge de l’église Notre-Dame selon les intervenantes.
- Un chausseur historique du centre-ville de La Ciotat, dont l’enseigne date des années 1950 selon l’animatrice.
Au fil de l’épisode
- 00:01:28 : présentation de Cyrielle d’Antoni, doreuse ciotadenne
- 00:02:21 : souvenirs d’enfance, le bar de l’Horloge et les berlines
- 00:04:46 : études d’arts plastiques et formation à la dorure
- 00:05:51 : l’installation à Paris et la mer qui manque
- 00:08:07 : le chantier de Notre-Dame de la Garde
- 00:09:30 : sablage, peinture anticorrosion et dorure de la statue
- 00:10:58 : les feuilles d’or et la mixtion
- 00:12:29 : la bâche thermocollée et la climatisation du chantier
- 00:14:19 : la couronne dorée dans la basilique devant le public
- 00:15:45 : le financement et les dons des particuliers
- 00:18:39 : la dorure sur yachts et sur tous supports
- 00:20:48 : le métier de doreur ornemaniste
- 00:23:04 : les chantiers au château de Versailles
- 00:26:06 : un métier de transmission
- 00:27:25 : de l’Australie à Los Angeles
- 00:28:49 : le retour à La Ciotat après les voyages
- 00:33:20 : ses rituels à La Ciotat et le centre-ville qui change
- 00:41:21 : restaurer la Bonne Mère, comme Notre-Dame pour un Parisien
FAQ
Qui est Cyrielle d’Antoni ?
Cyrielle d’Antoni est une doreuse née à La Ciotat, où elle a grandi, formée à la dorure à Marseille puis installée à Paris, où elle travaille dans un atelier de dorure. Elle a participé à la restauration de la statue de Notre-Dame de la Garde, achevée en octobre 2025, et a travaillé au château de Versailles comme à l’étranger.
Comment la statue de Notre-Dame de la Garde a-t-elle été redorée ?
Selon Cyrielle d’Antoni, la statue a été sablée, puis protégée partie par partie par une peinture anticorrosion appliquée juste derrière le sableur, avant les couches de préparation et la pose des feuilles d’or. Environ 27 000 feuilles ont été posées, sous une bâche thermocollée et dans un espace climatisé.
Qu’est-ce que la mixtion en dorure ?
La mixtion est le vernis gras, à base d’huile, qui permet à la feuille d’or d’adhérer sur des supports comme le métal. D’après la doreuse, on la pose la veille, elle sèche au moins douze heures et reste utilisable une journée ; on vérifie qu’elle est prête en la touchant du dos du doigt.
Qu’est-ce qu’un doreur ornemaniste ?
C’est le titre du CAP de dorure, explique Cyrielle d’Antoni. Le doreur ornemaniste travaille notamment sur des bois sculptés : il les apprête avec un mélange de colle de peau de lapin et de blanc de Meudon, redonne la forme des ornements avec des fers à reparer, puis pose la feuille d’or.
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