
Jalil, Persan exilé, employé du restaurant Le Porquerollais, poursuit son témoignage au micro d'Ingrid Blanchard. Après sa fuite d'Iran, il a gravi tous les échelons de la restauration à Paris et à Toulouse, traversé séparations et dépressions, avant de trouver la paix à Porquerolles. Il raconte le silence et le vent de l'île, ses souvenirs de service, ses retrouvailles avec son premier amour après 42 ans et son engagement pour les femmes iraniennes depuis la mort de Mahsa Amini.
De la plonge parisienne à l’île de Porquerolles
Dans cette deuxième partie de son témoignage pour Fragîle Porquerolles, Jalil, Persan né à Téhéran, arrivé en France à 17 ans en 1977 et aujourd’hui employé du restaurant Le Porquerollais, raconte à Ingrid Blanchard sa vie après l’exil. Fin 1983, à Paris, il commence par la plonge dans un restaurant de Montparnasse, puis gravit tous les échelons : commis, barman, chef de rang. À 30 ans, son patron l’invite au Fouquet’s pour lui confier la direction d’un restaurant italien à Châtelet, Le Carpaccio, avant de l’envoyer ouvrir un établissement du même nom à Toulouse. Il s’y marie et a deux enfants, mais reconnaît qu’il n’était « jamais présent » : son ex-femme, dit-il, « avait raison » de partir. Licencié après dix-huit ans de collaboration pour avoir voulu ouvrir sa propre affaire en face de chez son patron, il obtient la nationalité française, avec l’aide, raconte-t-il, du maire de Toulouse Dominique Baudis, et revendique toujours son identité perse : « Je suis Perse, je ne suis plus iranien. » Avec une nouvelle compagne, mère de son troisième enfant, il s’installe au Lavandou puis à Hyères, jusqu’à une nouvelle séparation et une dépression. Un pizzaiolo lui parle alors d’un poste logé et nourri au Porquerollais, où il arrive en 2009 : il y travaille une dizaine d’années, quitte l’île deux ou trois ans, dont le confinement passé à naviguer et à écrire, puis revient en 2021.
« L’île n’a pas changé, mais mon regard a changé », dit-il : Porquerolles lui a apporté le calme et la paix intérieure qu’il cherchait.
Le silence, le vent et les souvenirs du restaurant
Jalil parle de son île avec des mots de poète : le silence, le vent qui « emmène toujours des messages », les marches pieds nus le soir sur la plage de la Courtade, certains chemins qui lui rappellent les villages de la mer Caspienne. Sa saison préférée est le printemps, à partir du 21 mars, jour du Nouvel An persan. Il aime le fort Sainte-Agathe pour sa vue sur toute l’île et pour le festival de jazz, et salue la Fondation Carmignac, qui selon lui a ouvert l’île à de nouveaux visiteurs. Sur la fréquentation touristique, il estime que l’île ne peut pas accueillir 10 000 personnes par jour et approuve la limitation des navettes, tout en défendant le tourisme comme moteur économique. Il raconte ses souvenirs de service : la surprise de son fils venu lui présenter son petit-fils, une chute au milieu de l’étal de poissons et de langoustes, des clients qui se sont révélés être, selon lui, le groupe U2 et ont offert 45 minutes de concert, ou le joueur de basket Tony Parker prenant sur ses genoux un petit garçon qui l’attendait devant le restaurant. À ses équipes, il répète de recevoir les clients comme des amis : il ne compte pas les réservations, mais « combien d’invités on a ».
Il lit aussi à l’antenne un court texte écrit pour Porquerolles : « J’ai tellement rêvé de toi. »
Carla retrouvée et le combat pour les femmes iraniennes
Il revient sur Carla, son premier amour italien, qui l’avait accueilli à Venise après sa fuite. En 2013 ou 2014, des clientes venues de Padoue lui annoncent sa mort ; en réalité, c’était sa mère qui était décédée. Des années plus tard, un message sur Instagram signé « Carla.s » et la date du 16 avril 1978, celle de leur rencontre, les remettent en contact : à la fin de la saison, en novembre, il part la retrouver à Padoue après 42 ans. Ils s’appellent depuis presque tous les jours. Jalil raconte aussi son engagement pour les femmes iraniennes. Militant à Paris en 1983, il s’était éloigné de la politique après une soirée du Nouvel An persan attaquée par des partisans du régime. La mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, a ravivé le souvenir d’une manifestation de femmes contre le voile qu’il dit avoir vue réprimée dans le sang à Téhéran en 1980. Il a alors réalisé, dans le cadre du festival Kino Porquerolles, un court métrage avec des jeunes Porquerollaises qui retirent leur voile. Il espère un changement venu de la jeunesse iranienne et place ses espoirs dans le fils du shah, et explique que ses trois enfants sont devenus ses « lumières ».
Il conclut par sa parabole des quatre bougies, la paix, la foi, l’amour et l’espoir, la seule qui peut rallumer les autres.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le Porquerollais : restaurant de Porquerolles où travaille Jalil.
- Fort Sainte-Agathe : fort de Porquerolles, avec une vue sur toute l’île, qui accueille un festival de jazz.
- Fondation Carmignac : fondation d’art installée sur l’île de Porquerolles.
- Plage de la Courtade : plage où Jalil aime marcher le soir, pieds dans l’eau.
- Kino Porquerolles : festival de courts métrages dans le cadre duquel il a réalisé son film sur les femmes iraniennes.
- Mahsa Amini : jeune Iranienne morte le 16 septembre 2022 à Téhéran après son arrestation par la police des mœurs.
- Dominique Baudis : maire de Toulouse qui l’a aidé, selon lui, à obtenir la nationalité française.
- Omar Khayyam, Hafez, Rumi et Ferdowsi : poètes persans qui l’accompagnent depuis sa jeunesse.
Au fil de l’épisode
- 00:01:10 : début de la deuxième partie, de la plonge à Montparnasse
- 00:02:32 : la direction d’un restaurant italien à Châtelet
- 00:03:47 : Toulouse, le mariage et deux enfants
- 00:06:34 : le licenciement et la nationalité française
- 00:07:32 : revendiquer son identité perse
- 00:10:30 : du Lavandou à Hyères
- 00:11:55 : séparation, dépression et arrivée à Porquerolles
- 00:14:41 : le vent, la poésie et l’accueil au restaurant
- 00:18:02 : dix ans sur l’île, le départ et le retour en 2021
- 00:20:57 : un texte lu pour Porquerolles
- 00:23:18 : le printemps et le Nouvel An persan
- 00:24:43 : la fréquentation touristique de l’île
- 00:27:21 : ses lieux préférés, du fort Sainte-Agathe à la Fondation Carmignac
- 00:30:05 : souvenirs de restaurant, de son petit-fils à U2 et Tony Parker
- 00:35:29 : la vie insulaire, le silence et la lune
- 00:38:54 : Carla retrouvée après 42 ans
- 00:46:44 : l’engagement pour les femmes iraniennes et le court métrage Kino
- 00:57:02 : son regard sur l’avenir de l’Iran
- 01:00:11 : les quatre bougies
- 01:01:28 : l’exil, la famille et ses enfants
- 01:07:20 : ce qu’il a appris et veut transmettre
FAQ
Qui est Jalil, l’invité de Fragîle Porquerolles ?
Jalil est un Persan né à Téhéran, arrivé en France à 17 ans en 1977, qui a fui l’Iran après la révolution islamique. Après une carrière dans la restauration à Paris et à Toulouse, il s’est installé à Porquerolles en 2009 et travaille au restaurant Le Porquerollais. Il écrit de la poésie et défend la cause des femmes iraniennes.
Comment Jalil est-il arrivé à Porquerolles ?
Après une séparation et une dépression à Hyères, un pizzaiolo de Porquerolles lui signale qu’un restaurant de l’île, Le Porquerollais, cherche quelqu’un, logé et nourri. Il y arrive en 2009, y travaille une dizaine d’années, quitte l’île deux ou trois ans, puis revient en 2021. Il dit y avoir trouvé le calme et la paix intérieure.
Quels sont les lieux préférés de Jalil à Porquerolles ?
Jalil cite le fort Sainte-Agathe pour sa vue à 360 degrés et son festival de jazz, la plage de la Courtade où il marche le soir pieds dans l’eau, la plage Notre-Dame et la Fondation Carmignac. Il aime aussi les chemins de l’île qui lui rappellent les villages de la mer Caspienne.
Pourquoi Jalil a-t-il réalisé un film sur les femmes iraniennes ?
La mort de Mahsa Amini, en septembre 2022, lui a rappelé une manifestation de femmes contre le voile qu’il dit avoir vue réprimée à Téhéran en 1980. Il a alors réalisé, pour le festival Kino Porquerolles, un court métrage avec des jeunes Porquerollaises qui retirent leur voile, en hommage aux femmes iraniennes et à toutes les femmes.
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