Podcast Méditerranée.
Fragîle Porquerolles23 juillet 202683 min

#Myriam Bessoudo – L’hôtel Gaëtan, une pension de famille dans le vent

avec Myriam Bessoudo

Myriam Bessoudo, l'hôtel Gaëtan, pension de famille de l'île du Levant depuis 1957

Myriam Bessoudo tient avec sa mère l'hôtel Gaëtan, pension de famille de l'île du Levant ouverte par ses grands-parents en 1957. Au micro d'Ingrid Blanchard, dans Fragîle Porquerolles, elle remonte le fil d'une histoire familiale qui part de Naples, passe par Ellis Island et Toulon. Elle raconte l'île sans électricité jusqu'en 1989, la saison 2016 assurée au lendemain de deux deuils, un naturisme vécu au bord de la mer et sa volonté de garder un lieu rustique quand le luxe gagne l'île.

De Naples à l’île du Levant, une famille d’hôteliers

Myriam Bessoudo, responsable de l’hôtel Gaëtan sur l’île du Levant, raconte à Ingrid Blanchard l’histoire de cet établissement tenu par sa famille depuis trois générations. Son grand-père Gaëtan, né à Naples, est arrivé enfant à Toulon : sa mère, veuve avec six enfants, avait tenté de rejoindre New York, mais la maladie les a fait refouler d’Ellis Island. Gaëtan tient un magasin de retouches pour la marine à Toulon quand il découvre l’île du Levant en 1954, en pêchant. Coup de cœur : avec sa femme, sa fille Denise, 14 ans, et son fils Armand, 10 ans, il reprend le restaurant la Paillotte jusqu’en 1958. Le soir, il pousse les tables et fait venir de Toulon des musiciens de jazz manouche ; l’éclairage se fait à la bougie, l’électricité n’arrivant sur l’île qu’en 1989. En 1957, la famille achète la maison des Bouchat, qui devient l’hôtel Gaëtan, l’un des premiers de l’île, avec une douzaine de chambres en location. Le linge se lave à la main, la glace arrive en barres du Lavandou, et la clientèle, plutôt aisée, vient chercher la rusticité.

Un vieux buffet de la famille, venu de Naples par Ellis Island et Toulon, orne toujours le bar de l’hôtel.

Une saison assurée « comme des machines »

Gaëtan meurt en 1989, quelques mois avant l’arrivée de l’électricité qu’il ne voulait pas voir : elle allait, craignait-il, signer « la fin d’un temps ». Sa veuve refuse de lâcher l’hôtel et appelle sa fille Denise en renfort. Myriam Bessoudo, née en 1970, étudie alors la communication à Nice, puis monte en 2000 une agence de communication avec son mari à Aix-en-Provence ; elle gère déjà les réservations depuis son ordinateur. En 2015, sa grand-mère est hospitalisée en pleine saison : Denise l’appelle à son tour. Sa grand-mère meurt en octobre 2015, son père le 21 juin 2016, et le 14 juillet 2016 la mère et la fille rouvrent l’hôtel. Des acheteurs se manifestent ; l’hôtel n’est pas à vendre. Elle n’avait jamais imaginé reprendre l’établissement, « comme je ne m’étais jamais imaginée qu’ici, ça pourrait fermer ».

Elle retient de ses souvenirs d’enfance le collier de boules d’eucalyptus que son grand-père lui faisait chaque année, et l’obscurité des nuits sans éclairage public.

L’esprit des frères Durville face au luxe

L’hôtel revendique l’esprit des médecins Durville, fondateurs en 1931 de la cité naturiste d’Héliopolis : « On est là pour s’insérer au maximum » dans le décor, sans luxe. Myriam Bessoudo, formée à repérer les tendances, juge ce positionnement « tendance » auprès d’une jeunesse plus sobre. Elle s’inquiète de la recherche de luxe des nouveaux arrivants et de « l’explosion de piscines » sur une île qui manque d’eau, dépend d’un forage et est passée en zone naturelle en 2016. Elle décrit un naturisme pratiqué au bord de la mer, distinct de la sexualité, et la cohabitation avec l’armée, qui occupe selon elle 90 % de l’île et l’a protégée de l’urbanisation. Son coin préféré : le bain de Diane, pour sa roche qui change de couleur.

Pour elle, les enjeux du Levant sont l’environnement, l’eau, l’urbanisme et la valorisation du patrimoine végétal et bâti.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • L’hôtel Gaëtan : pension de famille de l’île du Levant, ouverte en 1957 dans l’ancienne maison des Bouchat.
  • La Paillotte : le restaurant tenu par les grands-parents de Myriam Bessoudo de 1954 à 1958, près de la place du village.
  • Héliopolis : la cité naturiste créée en 1931 par les médecins Durville sur l’île du Levant.
  • Le cahier des charges d’Héliopolis : son article premier décrit « une simple cité rustique » pour les amateurs de soleil.
  • Ellis Island : l’île d’accueil des migrants à New York, d’où la famille de Gaëtan a été refoulée.
  • Le bain de Diane : le lieu de baignade préféré de l’invitée.
  • La parade colorée : une fête organisée l’été par l’Union des commerçants, de la place du village au port.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:43 : l’île du Levant et l’esprit d’Héliopolis
  • 00:01:34 : présentation de Myriam Bessoudo et de l’hôtel Gaëtan
  • 00:03:00 : 1954, le coup de cœur de son grand-père pour l’île
  • 00:05:12 : la Paillotte, la bougie et le jazz manouche
  • 00:07:37 : Denise et Armand, une adolescence sur l’île
  • 00:09:44 : une vie sans électricité
  • 00:11:14 : la rencontre de ses grands-parents à Toulon
  • 00:12:51 : de Naples à Toulon, en passant par Ellis Island
  • 00:17:03 : portraits de Gaëtan et de sa femme
  • 00:18:13 : l’achat de la maison des Bouchat et la naissance de l’hôtel
  • 00:21:11 : une clientèle venue chercher la rusticité
  • 00:21:36 : la découverte du naturisme
  • 00:24:28 : la vie de Denise entre l’île, Marseille et Nice
  • 00:26:35 : 1989, la mort de Gaëtan et l’arrivée de l’électricité
  • 00:32:16 : une évolution dans la continuité
  • 00:35:07 : l’agence de communication et les réservations à distance
  • 00:36:44 : souvenirs d’enfance au Levant
  • 00:38:49 : 2015 et 2016, deux deuils et une saison
  • 00:41:43 : un hôtel qui n’est pas à vendre
  • 00:45:27 : la parade colorée
  • 00:46:09 : l’esprit des frères Durville, sans luxe
  • 00:50:20 : un lieu fragile, l’eau et les piscines
  • 00:52:08 : transmettre sans imposer
  • 00:55:09 : les préjugés sur une famille installée sur une île naturiste
  • 00:59:47 : une journée à l’hôtel
  • 01:01:55 : le bain de Diane et le port
  • 01:04:13 : son rapport au naturisme
  • 01:14:40 : la cohabitation avec l’armée
  • 01:16:15 : l’insularité, une bulle avec vue sur l’horizon
  • 01:19:07 : évolutions et enjeux de l’île

FAQ

Qui est Myriam Bessoudo ?

Myriam Bessoudo est la responsable de l’hôtel Gaëtan, sur l’île du Levant, qu’elle tient avec sa mère Denise. Après une carrière dans la communication, notamment à la tête d’une agence à Aix-en-Provence avec son mari, elle a rejoint l’hôtel familial lors des saisons 2015 et 2016, après la mort de sa grand-mère puis de son père.

Quelle est l’histoire de l’hôtel Gaëtan sur l’île du Levant ?

Gaëtan, le grand-père de Myriam Bessoudo, découvre l’île en 1954. Avec sa femme, il tient d’abord le restaurant la Paillotte, puis achète en 1957 la maison des Bouchat, qui devient l’hôtel Gaëtan, l’un des premiers de l’île. Sa veuve, puis sa fille Denise et sa petite-fille ont pris la suite.

Quand l’électricité est-elle arrivée sur l’île du Levant ?

Selon l’épisode, l’électricité n’est arrivée sur l’île du Levant qu’en 1989. Avant, on s’éclairait à la bougie et l’on utilisait des groupes électrogènes ; la glace arrivait en barres du Lavandou. Gaëtan est mort quelques mois avant son arrivée, qu’il redoutait comme la fin d’un temps et le début d’un autre tourisme.

Comment le naturisme est-il vécu à l’hôtel Gaëtan ?

Myriam Bessoudo décrit un naturisme hérité de ses grands-parents : on se met nu au bord de la mer, et l’on reste habillé dans les commerces et à l’hôtel. Pour elle, c’est un sentiment de liberté et de lien direct avec la nature, à ne pas confondre avec la sexualité, dans la lignée des fondateurs d’Héliopolis.

Quelles menaces pèsent sur l’île du Levant selon Myriam Bessoudo ?

Elle s’inquiète de la recherche de luxe chez les nouveaux arrivants et de la multiplication des piscines sur une île qui manque d’eau et dépend d’un forage. Les enjeux, selon elle, sont la protection de l’environnement, la gestion de l’eau, la maîtrise de l’urbanisme et la valorisation du patrimoine naturel et bâti.

Fragîle Porquerolles

Retrouver également dans le podcast

Tous les épisodes ›
Dédé Mayou, pêcheur poète porquerollais – Hommage10 Oct
Fragîle Porquerolles
10 Oct · 63 min · Toulon et le Var
#La bourride de Michèle – une cuisine d’inspiration1 Oct
Fragîle Porquerolles
1 Oct · 31 min · Gastronomie et terroir
#La daube de sanglier d’Yves — La cuisine des grandes tablées17 Sep
Fragîle Porquerolles
17 Sep · 17 min · Gastronomie et terroir
#La tapenade de Marie-Joséphine – une cuisine entre sobriété et partage3 Sep
Fragîle Porquerolles
3 Sep · 23 min · Gastronomie et terroir
# La soupe au pistou de Laura – le goût des saisons et du partage20 Août
Fragîle Porquerolles
20 Août · 27 min · Gastronomie et terroir
#Leina Sato, apnéiste et activiste, de Hawaï à Yakushima6 Août
Fragîle Porquerolles · Leina Sato
6 Août · 93 min · Mer et environnement
#L’osso buco à la sicilienne de David : quand la cuisine raconte une vie30 Juil
Fragîle Porquerolles
30 Juil · 31 min · Gastronomie et terroir
#Les raviolis chinois d’Isabelle – quand la cuisine invite au voyage16 Juil
Fragîle Porquerolles
16 Juil · 34 min · Gastronomie et terroir
#Le poulet Yaya de Maxime – une cuisine d’inspirations9 Juil
Fragîle Porquerolles
9 Juil · 22 min · Gastronomie et terroir
#Le démoniaque gâteau au chocolat de Lori – une cuisine de plaisir et de générosité24 Juin
Fragîle Porquerolles
24 Juin · 28 min · Gastronomie et terroir
# Les pique-niques de Julie – quand le paysage s’invite à table4 Juin
Fragîle Porquerolles
4 Juin · 25 min · Gastronomie et terroir
#Le couscous de poisson de Gilles – la cuisine du partage28 Mai
Fragîle Porquerolles
28 Mai · 31 min · Toulon et le Var
Histoire et patrimoine

Dans la même thématique

La thématique ›
#Myriam Bessoudo – L’hôtel Gaëtan, une pension de famille dans le ventFragîle Porquerolles
0:00
82:49