
Sous le pseudonyme de Thierry, un ancien surveillant pénitentiaire raconte dans Ils font Marseille trente-trois ans de carrière, de la maison d'arrêt de Nice à la prison des Baumettes, à Marseille. Il vient de publier un livre, La Souris mécanique. Corruption, agressions, figures du grand banditisme, trafics, radicalisation, surpopulation : il décrit de l'intérieur l'évolution d'un métier qu'il ne regrette pas mais qui, dit-il, use ceux qui l'exercent.
Trente-trois ans derrière les murs
Dans Ils font Marseille, un ancien surveillant pénitentiaire, présenté sous le pseudonyme de Thierry et à visage couvert pour des raisons de sécurité, raconte sa carrière de 1992 à 2025. Il a travaillé à la maison d’arrêt de Nice, à la prison des Baumettes à Marseille, où il arrive en septembre 1994, puis à Salon-de-Provence, Arles, Rodez et à la prison pour mineurs de La Valentine. Ancien boulanger, fils de surveillant, il passe le concours vers 20 ans sur le conseil de son père, se forme à l’École nationale de l’administration pénitentiaire et débute à Nice, avec 70 à 80 détenus à gérer dès le deuxième jour. Il y découvre les tentatives de corruption, les intimidations et une première agression à la lame de rasoir. Il vient de publier un livre, La Souris mécanique, pour montrer « le vrai visage de la prison ».
Il décrit une prison organisée par communautés et par hiérarchie, des caïds jusqu’aux auteurs d’infractions sexuelles, tout en bas.
Du milieu d’hier à la prison d’aujourd’hui
L’ancien surveillant compare les figures du grand banditisme des années 1990, avec qui existait selon lui un respect mutuel, aux détenus d’aujourd’hui, et raconte qu’un ancien du milieu ne sortait plus en promenade de peur d’être racketé. Il dit avoir croisé Bernard Tapie au quartier de semi-liberté des Baumettes, un « personnage » qui le saluait d’une formule sur les juges de droite et de gauche. Il explique comment entrent téléphones, résine de cannabis et armes : projections par-dessus les murs, drones, parloirs, et des fouilles devenues rares. Il juge la surpopulation (85 000 détenus selon lui, contre 50 000 à 60 000 à ses débuts) et le manque de 4 000 surveillants révélateurs d’une politique du « pas de vagues », et estime qu’il y a eu « trop de social » en prison, un avis qu’il assume.
Il évoque aussi la sexualité en détention, les unités de vie familiale et les relations amoureuses entre surveillants et détenus.
Radicalisation et usure des surveillants
À Salon-de-Provence, vers 2008, il a vu Mehdi Nemmouche, alors auxiliaire d’étage, changer du jour au lendemain : barbe, djellaba, refus de saluer, puis d’autres détenus qui le suivent. Les surveillants ont multiplié les signalements avant son transfert ; il rappelle l’attentat de Bruxelles qui a suivi. Il doute de l’efficacité des quartiers d’évaluation de la radicalisation et souligne que les radicalisés ne sont pas tous d’origine maghrébine. Il parle enfin de la fragilité psychologique des surveillants, du suicide de collègues et d’un suivi qu’il juge insuffisant : une directrice ne connaissait même pas le jeune agent en difficulté qu’il lui signalait. Il ne regrette rien, dit-il, mais prévient qu’il faut « avoir le mental ».
Sa fille a réussi le concours avant d’y renoncer ; il regrette la solidarité d’autrefois entre collègues.
Les références de l’épisode
- La Souris mécanique : le livre dans lequel l’ancien surveillant raconte sa carrière, écrit en plus d’un an avec un ami.
- Prison des Baumettes : la prison marseillaise où il a passé l’essentiel de sa carrière, depuis remplacée par de nouveaux bâtiments.
- École nationale de l’administration pénitentiaire : l’école où il s’est formé au début des années 1990.
- Bernard Tapie : croisé au quartier de semi-liberté des Baumettes.
- Mehdi Nemmouche : détenu qu’il a vu se radicaliser à Salon-de-Provence, auteur ensuite de l’attentat de Bruxelles.
- Yvan Colonna et Mohamed Amra : cités parmi les détenus connus qu’il a côtoyés.
- Unités de vie familiale : dispositif qui permet aux détenus de recevoir leurs proches de 24 à 72 heures.
- Quartiers d’évaluation de la radicalisation : quartiers où sont regroupés les détenus soupçonnés de radicalisation.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de l’invité et de ses 33 ans de carrière
- 00:01:45 : pourquoi il a écrit La Souris mécanique
- 00:03:04 : de la boulangerie au concours de surveillant
- 00:04:44 : la formation et les débuts à Nice
- 00:05:52 : la vulnérabilité des débutants face aux détenus
- 00:07:41 : une première tentative de corruption
- 00:08:37 : agressé à la lame de rasoir dès ses premiers jours
- 00:11:00 : une arme et une grenade découvertes à la prison de Nice
- 00:13:01 : l’arrivée aux Baumettes en 1994 et l’organisation par communautés
- 00:14:37 : la hiérarchie entre détenus
- 00:17:20 : le respect d’autrefois et ce qui a changé dans le milieu
- 00:21:56 : vivre avec la peur et rester vigilant
- 00:23:37 : un salaire de fin de carrière face à l’argent des trafiquants
- 00:24:21 : comment armes, téléphones et cannabis entrent en prison
- 00:26:25 : des fouilles de plus en plus rares
- 00:28:02 : ce qu’un surveillant a le droit de faire, et une procédure judiciaire vécue en 2010
- 00:29:22 : surpopulation, manque d’effectifs et politique du « pas de vagues »
- 00:31:45 : le quartier disciplinaire et ses listes d’attente
- 00:34:15 : sexualité en prison et unités de vie familiale
- 00:36:19 : quand des surveillants tombent amoureux de détenus
- 00:37:15 : son regard sur la mixité du personnel
- 00:38:29 : la radicalisation de Mehdi Nemmouche
- 00:40:04 : les quartiers d’évaluation de la radicalisation
- 00:42:19 : Bernard Tapie aux Baumettes
- 00:44:31 : le suicide et l’usure psychologique des surveillants
- 00:46:27 : conseillerait-il ce métier à ses enfants ?
- 00:48:12 : la solidarité perdue entre collègues
FAQ
Comment devient-on surveillant pénitentiaire ?
L’invité d’Ils font Marseille, ancien boulanger, a passé le concours vers 20 ans, sur le conseil de son père, lui-même surveillant. Il a suivi deux mois de formation théorique à l’École nationale de l’administration pénitentiaire et deux mois de stage pratique à Nice, puis formulé des vœux d’affectation selon son classement. Dès son deuxième jour, il gérait seul un étage de 70 à 80 détenus.
Comment les téléphones et les armes entrent-ils en prison ?
Selon cet ancien surveillant des Baumettes, armes et colis sont projetés par-dessus les murs ou livrés par drone, tandis que téléphones et cannabis passent par les parloirs, les intervenants extérieurs et parfois des personnels. Il estime que les fouilles intégrales sont devenues rares, limitées à quelques détenus toujours les mêmes, qui confient alors la marchandise à d’autres, simplement palpés.
Combien gagne un surveillant pénitentiaire ?
L’invité dit avoir terminé sa carrière, en 2025, à environ 1 900 euros net par mois, et cite un salaire d’environ 1 800 euros net pour un surveillant qui débute aujourd’hui. Il compare ces revenus à l’argent dont disposent certains trafiquants détenus, ce qui rend selon lui la probité indispensable pour exercer le métier.
Comment la radicalisation se repère-t-elle en prison ?
À Salon-de-Provence, l’ancien surveillant a vu Mehdi Nemmouche changer brutalement : barbe, djellaba, refus de saluer les surveillants, puis influence sur d’autres détenus. Les agents ont rédigé des signalements avant son transfert. Il juge peu efficaces les quartiers d’évaluation de la radicalisation et rappelle que des radicalisés peuvent être de toutes origines.
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