
Moussa Maaskri, acteur marseillais aux nombreux rôles de voyous, de caïds et de flics, raconte un parcours qui commence dans un bidonville près du stade Vélodrome et dans la cité des Flamands. La mort d'un ami adolescent le pousse vers le théâtre, de la MJC à La Criée, puis vers Michel Bouquet, Bye-bye, un prix à Tokyo, La French et Un prophète. Il dit pourquoi il assume le second rôle, comment il évite la caricature du méchant marseillais, et ce que lui a appris sa campagne municipale de 2020.
Des Flamands à La Criée
Dans Ils font Marseille, l’acteur Moussa Maaskri, visage familier des films de voyous, de caïds et de flics, revient sur une carrière qui part d’une cité de Marseille et passe par le théâtre avant le cinéma. Né à Chelghoum Laïd, près de Constantine, peu après l’indépendance de l’Algérie, il raconte son arrivée enfant sur le port de Marseille, malade après la traversée, accueilli par des religieuses qui distribuaient du pain et des pâtes de fruits, puis les premières années dans un bidonville situé face à la Sauvagère, près du stade Vélodrome. Vient ensuite la cité des Flamands, ses barres de dix étages entourées des Bleuets et des Lauriers, qu’il citait dans la première phrase de son premier spectacle seul en scène. Il refuse d’idéaliser cette époque : « C’était très dur avant », dit-il, en ajoutant que le racisme était alors plus sournois. Le tournant est un drame : à l’adolescence, un de ses amis est tué en 1980 à la Busserine par un CRS à peine plus âgé. Ce sentiment d’injustice le pousse vers le théâtre, « un outil pour moi de prendre tout le contre-pied » : la MJC, le théâtre du Merlan, puis La Criée. Il dit avoir comblé ses lacunes en découvrant les auteurs, jusqu’à jouer des textes en provençal, langue qui lui « parlait », malgré le regard de proches qui ne comprenaient pas ce qui l’attirait dans ce milieu.
Le déclic arrive à La Criée, dans Les Paravents de Jean Genet : à la sortie, un homme le félicite, et sa mère reconnaît le directeur d’école qui l’avait laissé en classe de perfectionnement avec son frère handicapé, en lui disant que son fils serait manœuvre comme son père.
Michel Bouquet, Bye-bye et le prix de Tokyo
Moussa Maaskri raconte ensuite sa rencontre avec Michel Bouquet pour Les Côtelettes de Bertrand Blier : selon lui, le comédien a poussé pour qu’il obtienne le rôle alors que le metteur en scène pensait à un autre acteur, et l’a accueilli d’un « t’es un soleil, Moussa ». La pièce, jouée avec Philippe Noiret, l’oblige à vivre à Paris, sept représentations par semaine, avec un TGV pour Marseille chaque dimanche ; il revient au bout de trois ou quatre ans, car « Marseille, c’est vital pour moi ». Le cinéma arrive avec Bye-bye de Karim Dridi, sorti en 1995, où il joue Renard, un dealer : il se retrouve à Cannes, sur un plateau de télévision à côté de Will Smith, et découvre une industrie où il faut plaire à ceux qui financent. Il dit ne pas avoir été doué pour « la comédie hors plateau » et avoir préféré des spaghettis entre amis aux soirées de financiers. Faute de propositions rapides, le théâtre le fait vivre, avec le soutien de sa femme qui l’encourage à continuer. Vient ensuite Mondialito, film qu’il a coécrit, sur fond de football, qui lui vaut un prix d’interprétation au festival de Tokyo face à un jury qu’il juge prestigieux, alors que sa sortie en France n’a pas vraiment eu lieu.
Il attribue la suite non à ce prix mais à la réputation de son travail, qui lui vaut une longue série de rôles de méchants, dont plusieurs films d’Alexandre Arcady, comme Ce que le jour doit à la nuit, adapté d’un roman de Yasmina Khadra.
Le second rôle qui refuse les clichés
Sur les rôles de voyous, Moussa Maaskri ne se plaint pas tant qu’ils sont bien écrits : « Il y a une palette de jeux qui est extraordinaire », dit-il, et il aime que le méchant meure à la fin, ce qui ajoute selon lui de la dramaturgie. Il évite en revanche les projets où l’on attend de lui qu’il arrive sans travailler le personnage parce qu’il est marseillais, et résume sa place par une image de football : mieux vaut être le latéral droit d’une équipe championne de France que le numéro 10 du dixième. Il raconte Vincent Lindon rejouant devant lui toutes les séquences de Pour elle, de Fred Cavayé, pour retrouver la tension d’une scène tournée quinze jours plus tôt, cite Robert De Niro sur Malavita de Luc Besson, et ses retrouvailles avec Sami Bouajila, son partenaire de Bye-bye, trente ans plus tard dans la série Un prophète, avec Ouassini Embarek. Il évoque L’Immortel de Richard Berry, qu’il sait être une fiction, La French de Cédric Jimenez, et un vieux monsieur qui lui offre un jour son repas au restaurant en se présentant comme un ancien de la French Connection. Il défend aussi, sans mépris, les comédies des Déguns et des Segpa, nées d’une série sur YouTube, et ses apparitions dans des clips, de Crise de nerfs de la Psy 4 de la Rime à un clip de Jul.
L’entretien se termine sur la politique : candidat aux municipales de 2020 à Marseille sur la liste de Martine Vassal, il dit avoir répondu présent pour se rendre utile, en avoir beaucoup appris, s’être parfois senti utilisé, et ne plus vouloir recommencer. Son rêve désormais : qu’on lui propose de réaliser un film, projet auquel il dit travailler.
Les références de l’épisode
- La Criée : théâtre de Marseille où Moussa Maaskri a joué Les Paravents de Jean Genet
- Théâtre du Merlan : salle marseillaise de ses débuts sur scène
- Les Flamands : cité de Marseille où il a grandi
- Les Côtelettes : pièce de Bertrand Blier jouée avec Michel Bouquet et Philippe Noiret
- Bye-bye : film de Karim Dridi sorti en 1995, présenté à Cannes
- Mondialito : film coécrit par Moussa Maaskri, prix d’interprétation au festival de Tokyo
- Ce que le jour doit à la nuit : film d’Alexandre Arcady d’après Yasmina Khadra
- Vidocq : film de Pitof, dont il dit avoir été écarté de la promotion
- Pour elle : film de Fred Cavayé avec Vincent Lindon
- Malavita : film de Luc Besson avec Robert De Niro
- L’Immortel : film de Richard Berry
- La French : film de Cédric Jimenez, autour du juge Michel et de la French Connection
- Un prophète : série diffusée sur Canal+, avec Sami Bouajila et Ouassini Embarek
- Les Déguns et Les Segpa : comédies issues d’une bande découverte sur YouTube
- Crise de nerfs : clip de la Psy 4 de la Rime dans lequel il apparaît
Au fil de l’épisode
- 00:01:41 : jouer les voyous et les caïds, un retour sur le travail quand le rôle est bien écrit
- 00:03:46 : la série Un prophète
- 00:04:12 : les rôles confiés parce qu’il est marseillais
- 00:05:42 : second rôle assumé, la métaphore du latéral droit
- 00:07:03 : naissance en Algérie et arrivée sur le port de Marseille
- 00:08:25 : le bidonville face à la Sauvagère
- 00:10:11 : la cité des Flamands et le racisme d’hier et d’aujourd’hui
- 00:12:08 : l’ami tué en 1980 et le choix du théâtre
- 00:15:26 : la MJC, le théâtre du Merlan et La Criée
- 00:17:14 : jouer en provençal et le regard des proches
- 00:19:18 : le déclic à La Criée et le directeur d’école
- 00:21:27 : Michel Bouquet, Philippe Noiret et Les Côtelettes
- 00:22:57 : Bye-bye de Karim Dridi et la découverte de Cannes
- 00:26:00 : vivre du métier et le soutien de sa femme
- 00:28:25 : Mondialito et le prix d’interprétation à Tokyo
- 00:31:12 : la réputation, les rôles de méchant et les films d’Alexandre Arcady
- 00:33:32 : les années à Paris et le retour à Marseille
- 00:35:46 : assumer les films moins réussis
- 00:38:12 : Pour elle et Vincent Lindon
- 00:40:12 : Robert De Niro, puis les retrouvailles avec Sami Bouajila
- 00:42:11 : L’Immortel et La French
- 00:44:44 : l’ancien de la French Connection qui paie l’addition
- 00:45:37 : écarté de la promotion de Vidocq
- 00:47:00 : l’étiquette du Marseillais dans les films tournés à Marseille
- 00:48:24 : Les Déguns, Les Segpa et la génération YouTube
- 00:52:18 : les clips, de Crise de nerfs à Jul
- 00:56:36 : le rêve de réaliser un film
- 00:57:04 : la candidature aux municipales de 2020
FAQ
Qui est Moussa Maaskri ?
Moussa Maaskri est un acteur né en Algérie et arrivé enfant à Marseille, où il a grandi dans la cité des Flamands. Formé au théâtre, notamment à La Criée, il a joué avec Michel Bouquet dans Les Côtelettes avant de tourner au cinéma, de Bye-bye de Karim Dridi à La French et à la série Un prophète. Il est connu pour ses rôles de voyous et de policiers.
Pourquoi Moussa Maaskri est-il devenu comédien ?
Il raconte que tout part d’un drame : adolescent, il perd un ami tué en 1980 à la Busserine par un CRS. Ce sentiment d’injustice l’a poussé vers le théâtre, qu’il voyait comme un moyen de changer les choses et de montrer qu’il ne serait pas le méchant de service, en passant par la MJC, le théâtre du Merlan puis La Criée.
Quel prix Moussa Maaskri a-t-il reçu à Tokyo ?
Moussa Maaskri a reçu un prix d’interprétation au festival de Tokyo pour Mondialito, un film qu’il a coécrit et dont le football est la toile de fond. Il raconte que le film n’a pas vraiment eu de sortie en France, qu’il est sorti en Suisse, et que le jury comptait des personnalités du cinéma qu’il admirait.
Pourquoi Moussa Maaskri joue-t-il souvent les méchants ?
Selon lui, on lui propose un rôle de méchant parce que le précédent a été bien joué : c’est un retour sur son travail. Il accepte ces rôles quand ils sont bien écrits, pour la palette de jeu qu’ils offrent, mais refuse ceux où l’on attend de lui qu’il arrive sans travailler le personnage parce qu’il est marseillais.
Moussa Maaskri a-t-il fait de la politique à Marseille ?
Oui. Il s’est présenté aux élections municipales de 2020 à Marseille sur la liste de Martine Vassal et n’a pas été élu. Il dit s’être engagé par amitié et pour se rendre utile, avoir beaucoup appris, mais s’être parfois senti utilisé, et affirme qu’il ne recommencerait pas.
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