Podcast Méditerranée.

#49: Décider dans l’urgence : retour sur la gestion du COVID

avec Agnès Buzyn

Agnès Buzyn, décider dans l'urgence face au Covid

Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, hématologue, répond aux questions de Code'Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique d'Aix-Marseille Université. Elle revient sur les premières semaines de l'épidémie de Covid, quand il fallait décider pour des millions de personnes sans données fiables. Elle raconte ses calculs de janvier 2020, ses alertes restées sans écho, sa mise en examen puis le non-lieu, et la décision qu'elle juge la plus difficile de son mandat.

Décider sans savoir

Dans cet épisode de Code’Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé de 2017 à début 2020, hématologue et professeure des universités, revient sur les débuts de l’épidémie de Covid et sur la manière de décider dans l’incertitude. L’échange part du non-lieu prononcé en juillet 2025 par la Cour de justice de la République en faveur d’Édouard Philippe, Olivier Véran et Agnès Buzyn. Ancienne dirigeante de l’Institut national du cancer et de la Haute Autorité de santé, elle décrit d’abord le passage de l’expertise à la politique, où « on remet en cause tout ce que vous dites ». Elle raconte ensuite la nuit du 24 janvier 2020 : le premier cas européen, un Français hospitalisé à Bordeaux, n’avait passé que 48 heures à Wuhan, loin du marché aux poissons, à un moment où les autorités chinoises annonçaient une quarantaine de cas dans une ville de 12 millions d’habitants. L’annonce le même jour de deux hôpitaux de 1 000 lits la convainc, par une simple règle de trois, que les chiffres sont faux et que les cas sont 10 à 100 fois plus nombreux. Dès le 25 janvier, elle commande masques et respirateurs et demande des réunions à Matignon. Elle insiste sur la différence entre savoir et percevoir un risque : sans preuve, contredite par l’Organisation mondiale de la santé et par le centre européen de contrôle des maladies, elle choisit de donner chaque jour en conférence de presse tous les faits vérifiés. Elle estime qu’on a manqué d’anticipation à cause d’un « déni » des experts, notamment quand l’Italie est débordée à partir du 21 février 2020, et affirme qu’un confinement une semaine plus tôt aurait évité, selon des calculs de l’Inserm et de l’Inria qu’elle cite, 20 000 des 30 000 morts de la première vague.

Elle évoque aussi une expérience judiciaire « singulière », l’annulation de sa mise en examen par la Cour de cassation, puis la décision dont elle dit qu’elle fut la plus difficile : rendre onze vaccins obligatoires pour les enfants. Elle conclut sur la difficulté, en politique, de faire entendre la parole d’une femme.

Les références de l’épisode

  • Cour de justice de la République : juridiction qui a prononcé le non-lieu en juillet 2025.
  • Cour de cassation : juridiction qui a annulé la mise en examen d’Agnès Buzyn au bout d’un an.
  • Institut national du cancer et Haute Autorité de santé : agences sanitaires qu’Agnès Buzyn a dirigées.
  • Organisation mondiale de la santé : organisation par laquelle passaient les informations venues de Chine.
  • Inserm et Inria : organismes de recherche dont les équipes ont calculé l’effet d’un confinement plus précoce, selon l’invitée.
  • Édouard Philippe et Olivier Véran : anciens membres du gouvernement concernés par le même non-lieu.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:23 : présentation d’Agnès Buzyn et rappel du non-lieu de juillet 2025
  • 00:00:52 : passer de l’expertise à la responsabilité politique
  • 00:02:16 : les informations filtrées venues de Chine
  • 00:04:05 : le premier cas européen à Bordeaux et la nuit des calculs
  • 00:05:31 : commandes de masques et de respirateurs dès le 25 janvier 2020
  • 00:05:55 : les alertes venues de Chine puis d’Italie
  • 00:09:06 : ce qui a manqué selon elle, anticipation et transparence
  • 00:10:57 : savoir ou percevoir un risque, et les conférences de presse quotidiennes
  • 00:14:42 : ce qu’elle aurait changé, le confinement plus tôt
  • 00:16:05 : son expérience de la justice et le non-lieu
  • 00:18:02 : la décision la plus difficile, les onze vaccins obligatoires
  • 00:20:21 : être une femme en politique

FAQ

Quand Agnès Buzyn a-t-elle compris la gravité du Covid ?

Elle situe ce moment au 24 janvier 2020, quand elle apprend que le premier cas européen, un Français hospitalisé à Bordeaux, avait été contaminé en 48 heures à Wuhan loin du marché aux poissons. Avec l’annonce chinoise de deux hôpitaux de 1 000 lits, elle en déduit que les chiffres officiels sont très sous-estimés.

Pourquoi Agnès Buzyn dit-elle qu’elle ne « savait » pas ?

Elle explique qu’il s’agissait d’une perception du risque, fondée sur ses calculs et sa pratique de médecin, et non d’un savoir prouvé. L’OMS et le centre européen de contrôle des maladies jugeaient le risque faible. Elle a donc choisi de communiquer chaque jour les seuls faits vérifiés lors de conférences de presse.

Qu’aurait changé un confinement une semaine plus tôt selon Agnès Buzyn ?

Selon les calculs d’équipes de l’Inserm et de l’Inria qu’elle cite, un confinement une semaine plus tôt aurait évité 20 000 des 30 000 morts de la première vague, réduit de moitié le nombre de malades et empêché le débordement des hôpitaux. Elle regrette aussi le maintien des élections municipales.

Quelle a été la décision la plus difficile d’Agnès Buzyn comme ministre ?

Elle cite l’obligation de onze vaccins pour les enfants, prise dès son arrivée face à un fort sentiment antivaccin et à un regain de rougeole et de méningite. Selon elle, cette mesure a paradoxalement fait reculer la défiance envers les vaccins dans la majorité de la population.

Code'Cast - Parlons droit !

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