
Béatrice Zavarro, avocate pénaliste à Marseille, a défendu Dominique Pelicot lors du procès de Mazan, jugé à Avignon en 2024. Au micro d'Ils font Marseille, elle revient sur la façon dont ce dossier lui est arrivé, sur sa ligne de défense et sur cent jours d'audience face à cinquante accusés. Elle parle aussi de la pression médiatique, du prix physique qu'elle a payé et de ce qu'elle retient d'un procès qui a fait connaître la soumission chimique au grand public.
Défendre Dominique Pelicot, de la prison des Baumettes au procès d’Avignon
Dans cet épisode d’Ils font Marseille, Béatrice Zavarro, avocate pénaliste marseillaise qui exerce depuis trente ans, revient sur la défense de Dominique Pelicot dans l’affaire dite de Mazan, jugée à Avignon du 2 septembre au 19 décembre 2024. Elle raconte comment ce dossier lui est arrivé : en mars 2021, Dominique Pelicot, alors détenu aux Baumettes, la désigne sur le conseil d’un autre détenu, l’un de ses clients. À la première rencontre, il reconnaît d’emblée avoir drogué son épouse et l’avoir livrée à des hommes pendant plusieurs années. Elle explique que le dossier est resté à l’écart des médias jusqu’à l’ouverture du procès, et que tout a changé lorsque la victime, Gisèle Pelicot, a refusé le huis clos et demandé que les vidéos soient diffusées publiquement. Les accréditations de presse sont alors passées de quelques dizaines à près de 200. Béatrice Zavarro rappelle qu’elle est devenue, au fil des années, le seul lien de son client avec l’extérieur, et décrit la distance qu’elle dit maintenir grâce à l’expérience : « J’ai défendu un homme qui a commis quelque chose de monstrueux. »
Elle défend une ligne qu’elle qualifie d’explication et non de justification : son client a reconnu les faits dès sa garde à vue, et elle a plaidé qu’il était le fruit de ses traumatismes.
Cent jours d’audience face à cinquante accusés
L’avocate détaille le déroulé du procès : cinquante accusés présents, dont une large majorité plaidait l’acquittement en affirmant avoir été trompés. Elle explique pourquoi elle ne pouvait pas rester assise lorsque ces accusés présentaient son client comme un menteur et un manipulateur, en s’appuyant sur les termes de l’annonce qu’il avait publiée sur un site de rencontres. Elle évoque aussi la poignée de main qu’elle a tendue à Gisèle Pelicot le premier jour, qu’elle ne considérait pas comme son adversaire, et le message de la victime selon lequel « la honte doit changer de camp ». Sur le plan personnel, elle raconte avoir porté un corset après des fractures de vertèbres en 2022, pendant l’instruction, puis une douleur revenue le soir même du verdict, et ces semaines vécues dans une location à Avignon avec son conjoint.
Le verdict l’a déçue, dit-elle, mais brièvement : elle savait que la peine maximale était difficile à éviter, et rappelle que l’avocat a une obligation de moyens, pas de résultat.
Ce que le procès a laissé
Béatrice Zavarro dit ne pas avoir changé sa vision des hommes, mais avoir été frappée par un point commun entre les accusés : presque tous avaient un père violent, maltraitant ou abuseur. Elle estime que la modification de la loi sur le consentement n’aurait rien changé aux débats et plaide plutôt pour l’éducation au respect mutuel et la prévention des violences parentales. Elle évoque la notion de soumission chimique, que le procès a fait connaître au grand public. Depuis, des écoles d’avocats l’ont choisie comme marraine de promotion, à Bordeaux puis à Rennes, et elle continue d’assister Dominique Pelicot dans une autre procédure, à Nanterre, où il conteste les faits.
Dans les rues de Marseille, dit-elle, les passants qui l’abordent lui répètent surtout une chose : tout le monde a le droit d’être défendu.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Affaire de Mazan : procès de Dominique Pelicot et de cinquante coaccusés, jugé à Avignon de septembre à décembre 2024.
- Gisèle Pelicot : la victime, qui a refusé le huis clos et demandé la diffusion publique des vidéos.
- Prison des Baumettes : maison d’arrêt marseillaise où Béatrice Zavarro rencontre son client en mars 2021.
- Palais de justice d’Avignon : lieu du procès, ouvert le 2 septembre 2024.
- Gisèle Halimi : avocate dont la victime reprend la formule « la honte doit changer de camp ».
- Défendre l’indéfendable : livre de Béatrice Zavarro sur ce procès, cité pendant l’entretien.
Au fil de l’épisode
- 00:01:34 : un dossier « dont on rêve tous » selon un confrère
- 00:02:48 : le rappel des faits, de l’interpellation à Carpentras à l’enquête
- 00:04:11 : la désignation depuis la prison des Baumettes en mars 2021
- 00:06:01 : un dossier resté à l’abri des médias jusqu’au procès
- 00:07:52 : devenir la seule interlocutrice de son client
- 00:11:14 : une femme pour défendre Dominique Pelicot
- 00:12:50 : défendre un homme sans partager ses actes
- 00:17:08 : le refus du huis clos et l’arrivée de la presse
- 00:19:42 : « la honte doit changer de camp »
- 00:21:46 : saluer Gisèle Pelicot le premier jour
- 00:23:29 : les cinquante accusés et leurs lignes de défense
- 00:29:49 : cent jours d’audience et le corps qui lâche après le verdict
- 00:32:27 : vivre le procès au quotidien
- 00:34:45 : l’après, les écoles d’avocats et les marrainages
- 00:39:47 : la pression et l’absence de droit à l’erreur
- 00:41:42 : le verdict et l’obligation de moyens
- 00:44:13 : les sollicitations après le procès
- 00:47:50 : la procédure toujours en cours à Nanterre
- 00:48:16 : la loi sur le consentement et l’éducation
- 00:50:55 : le rapport aux médias
- 00:54:37 : les réactions des passants à Marseille
FAQ
Qui est Béatrice Zavarro ?
Béatrice Zavarro est une avocate pénaliste marseillaise qui exerce depuis une trentaine d’années. Elle a été l’avocate de Dominique Pelicot lors du procès de Mazan, jugé à Avignon de septembre à décembre 2024. Elle a été choisie comme marraine de promotion par les écoles d’avocats de Bordeaux puis de Rennes.
Comment Béatrice Zavarro est-elle devenue l’avocate de Dominique Pelicot ?
Selon elle, Dominique Pelicot l’a désignée par lettre en mars 2021, alors qu’il était détenu à la prison des Baumettes, sur le conseil d’un codétenu qui était l’un de ses clients. Elle l’a rencontré huit jours plus tard, sans savoir encore que la femme des vidéos était son épouse.
Quelle ligne de défense Béatrice Zavarro a-t-elle choisie ?
Son client ayant reconnu les faits dès sa garde à vue, elle a choisi une défense d’explication, pas de justification : elle a plaidé que Dominique Pelicot était le fruit de ses traumatismes. Elle a aussi contesté les accusés qui le présentaient comme un manipulateur, en s’appuyant sur l’annonce qu’il avait publiée.
Pourquoi le procès de Mazan a-t-il été public ?
Le huis clos dépendait de la victime. Gisèle Pelicot ne l’a pas demandé et s’est battue pour que les vidéos soient diffusées publiquement. Béatrice Zavarro raconte l’avoir appris par un journaliste quelques jours avant l’ouverture, et dit avoir compris, en tant que femme, ce choix porté par la formule « la honte doit changer de camp ».
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