
À la veille des élections municipales, l'émission Commune Planète de RCF en Provence interroge Sandrine Bélier, directrice d'Humanité et Biodiversité, et Nathan Horrenberger, chargé de mission de l'association. Ils expliquent pourquoi la commune est la bonne échelle pour agir, comment bien planter des arbres, ce que peuvent les zones humides contre les inondations, et quels outils, du programme Oasis Nature aux obligations réelles environnementales, sont à la portée des élus et des citoyens.
La commune, bonne échelle pour protéger le vivant
À l’approche des élections municipales de mars, l’émission Commune Planète, magazine d’écologie de RCF en Provence, reçoit Sandrine Bélier, directrice de l’association Humanité et Biodiversité, et Nathan Horrenberger, chargé de mission, pour expliquer ce que les maires peuvent faire concrètement en faveur de la biodiversité. L’association, qui fête ses 50 ans, a rédigé des fiches pour que les citoyens interpellent les candidats : menus bio dans les cantines, gestion des espaces verts, renaturation de la ville, démarches comme l’Atlas de la biodiversité communale, lutte contre l’artificialisation des sols. Pour Sandrine Bélier, changement climatique et érosion de la biodiversité sont « les deux faces d’une même pièce » : des sols vivants et des espaces végétalisés réduisent les risques d’inondation et les îlots de chaleur. Elle présente le programme Oasis Nature, une charte que particuliers, entreprises ou collectivités signent pour un balcon, un jardin ou un espace naturel : plus de pesticides, des zones laissées en libre évolution, des espèces locales seulement. Planter des arbres est « une bonne mesure », selon elle, mais il faut aller plus loin : façades végétalisées, gestion écologique des espaces verts, cours d’école renaturées. Nathan Horrenberger, qui travaille avec les députés, insiste sur la manière de planter : épaisseur de sol suffisante, place pour l’infiltration de l’eau, essences locales adaptées au climat, qui ne seront « pas les mêmes à Marseille et à Lille ».
Les deux invités soulignent que ces actions coûtent peu et que leurs effets se voient vite, à condition d’associer les habitants dès le début des projets.
Cantines, zones humides et outils juridiques
La seconde partie aborde les leviers moins connus. Pour approvisionner les cantines en produits locaux, il n’est pas nécessaire, selon Sandrine Bélier, de modifier le code des marchés publics : un critère de distance dans l’appel d’offres suffit, et l’obstacle est d’abord « la volonté politique ». Nathan Horrenberger rappelle que la France a perdu environ 80 % de ses zones humides en un siècle, alors qu’elles stockent l’eau « comme de véritables éponges », et évoque le plan de restauration de la nature en préparation dans le cadre d’un règlement européen : selon lui, un euro investi rapporte sept à huit euros à la société. Ancienne députée européenne de 2009 à 2014, Sandrine Bélier juge que l’environnement a reculé dans les priorités de l’Union, mais que l’héritage existant (directives Oiseaux et Habitats, Natura 2000) permet encore beaucoup. Il est aussi question d’extinction de l’éclairage nocturne et des obligations réelles environnementales, créées par la loi de 2016.
La pause musicale fait entendre L’Hymne de nos campagnes de Tryo, choisi par Sandrine Bélier comme « une très belle ode à la nature ».
Les références de l’épisode
- Humanité et Biodiversité : association qui fête ses 50 ans d’action en faveur du vivant.
- Oasis Nature : programme et charte de l’association pour accueillir la biodiversité sur un balcon, un jardin ou un espace naturel.
- Atlas de la biodiversité communale : démarche que les citoyens peuvent pousser leur maire à engager.
- Règlement européen sur la restauration de la nature : cadre du plan français de restauration en préparation.
- Directive Oiseaux, directive Habitats et Natura 2000 : héritage européen cité par Sandrine Bélier.
- Obligations réelles environnementales (ORE) : outil juridique issu de la loi de 2016, encore peu utilisé.
- Loi Nature : première loi en faveur de la nature, dont l’association célèbre aussi les 50 ans.
- L’Hymne de nos campagnes : chanson de Tryo diffusée pendant la pause musicale.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : biodiversité et élections municipales, la présentation des invités
- 00:01:44 : les 50 ans d’Humanité et Biodiversité et le programme Oasis Nature
- 00:02:51 : les fiches pour interpeller les candidats aux municipales
- 00:04:31 : climat et biodiversité, les deux faces d’une même pièce
- 00:05:33 : le travail de l’association auprès des députés
- 00:07:48 : ce qu’est une Oasis Nature
- 00:09:58 : planter des arbres suffit-il ?
- 00:12:17 : bien planter, des essences adaptées au climat
- 00:13:51 : associer la population et pause musicale avec Tryo
- 00:16:37 : cantines scolaires et code des marchés publics
- 00:18:43 : zones humides et inondations
- 00:20:14 : la restauration de la nature et le rôle de l’Europe
- 00:22:32 : éteindre l’éclairage la nuit
- 00:23:30 : les obligations réelles environnementales
- 00:26:30 : webinaires et 50 ans de la loi Nature
FAQ
Que peut faire une commune pour la biodiversité ?
Selon l’association Humanité et Biodiversité, une commune peut servir des menus bio dans les cantines, gérer ses espaces verts de façon écologique, végétaliser façades et cours d’école, lutter contre l’artificialisation des sols, engager un Atlas de la biodiversité communale ou réduire l’éclairage nocturne. Ces mesures coûtent peu et leurs effets se voient rapidement.
Qu’est-ce qu’une Oasis Nature ?
C’est un espace, du balcon au grand terrain, dont le propriétaire, particulier, entreprise ou collectivité, signe la charte de l’association Humanité et Biodiversité : ne plus utiliser de pesticides, laisser des zones en libre évolution et ne planter que des espèces locales. Le programme figure dans la stratégie nationale biodiversité, selon Sandrine Bélier.
Pourquoi les zones humides limitent-elles les inondations ?
Nathan Horrenberger explique que les zones humides fonctionnent comme des éponges capables de stocker de grandes quantités d’eau. La France en a perdu environ 80 % en un siècle, et les inondations font le plus de dégâts là où elles ont été asséchées et où les rivières, autrefois sinueuses, ont été canalisées.
Qu’est-ce qu’une obligation réelle environnementale ?
Créée par la loi de 2016, l’ORE permet à un propriétaire de confier à une association ou à une commune, sur une longue durée, souvent trente ans, la gestion d’un espace naturel, avec des obligations : l’entretenir, ne pas y construire, agir pour la biodiversité. Selon Sandrine Bélier, l’outil reste peu connu mais commence à intéresser des membres du réseau Oasis Nature.
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