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Entretien avec Nedjma Hadj Benchelabi pour نوبَتي Nouba-ti `| 31 Edition

avec Nedjma Hadj Benchelabi

Nedjma Hadj Benchelabi, Nouba-ti, laboratoire d'artistes femmes au Festival de Marseille

Dramaturge et chorégraphe, Nedjma Hadj Benchelabi présente sur Radio Grenouille Nouba-ti, le laboratoire qu'elle a imaginé pour la 31e édition du Festival de Marseille avec Samaa Wakim et Samira Negrouche. Neuf artistes venues du Caire, de Ramallah, de Tunis ou de Mascate y travaillent une semaine ensemble avant d'ouvrir leur espace au public à la Friche la Belle de Mai. Lignage, récits de famille, souveraineté narrative, circulation des œuvres hors d'Europe : elle explique ce que ce collectif cherche, et comment on crée à plusieurs en une semaine.

Nouba-ti, « c’est mon tour »

Au micro de Radio Grenouille, pendant la 31e édition du Festival de Marseille, la dramaturge et chorégraphe Nedjma Hadj Benchelabi présente Nouba-ti, un laboratoire artistique ouvert au public un dimanche de 14 h à minuit à la Friche la Belle de Mai, avec deux temps forts dans l’après-midi. Elle explique le titre : en darija, le dialecte nord-africain, « nouba » désigne le tour, et Nouba-ti veut dire « c’est mon tour », celui de neuf artistes réunies pour dire ce qu’elles ont à dire, avec leurs corps, leurs voix et leurs pratiques. La nouba est aussi une forme de la musique arabo-andalouse : elle rappelle qu’il en existait vingt-quatre, dont certaines se sont perdues, et pose la question de la différence entre disparition et absence. Le projet rappelle des figures féminines, artistes, cinéastes, militantes, qui ont écrit des récits souvent méconnus, dans le sillage d’Assia Djebar et de son film La Nouba des femmes du mont Chenoua. Elle présente les artistes venues du Caire, de Marrakech, de Ramallah, de Tunis ou de Mascate, aux côtés de la poétesse Samira Negrouche, installée à Alger, et de la chorégraphe Samaa Wakim, récemment installée à Marseille. Leur pari : une semaine de travail commun, sans production à la clé, en effaçant la hiérarchie entre disciplines. Le public traversera un paysage fait de projections, de textes dits et d’un travail sonore.

Le fil rouge, dit-elle, ce sont les récits de famille, « miroirs de toute une société », d’un système politique et d’une violence systémique, dans un temps qu’elle qualifie de génocide envers les Palestiniens.

Faire circuler les œuvres au-delà de l’Europe

La seconde partie de l’entretien porte sur la souveraineté narrative. Nedjma Hadj Benchelabi constate que les festivals européens programment volontiers un ou deux spectacles d’artistes palestiniens ou, après 2015, syriens, mais elle demande de la durée : un soutien aux artistes dans le temps, et non une réponse à l’agenda d’un moment. Elle évoque le programme qu’elle mène depuis 2018 avec le Goethe-Institut au Caire, dont la quatrième édition a eu lieu en avril 2026, pour faire circuler œuvres et artistes de l’Afrique du Nord vers le Moyen-Orient et inversement, entre sociétés qui partagent une langue et un référentiel. Elle plaide pour des références qui ne soient pas seulement européennes dans le langage du corps, et cite des poètes et des penseurs du monde arabe à lire au même titre qu’Éluard ou Verlaine. Elle raconte enfin la méthode du laboratoire : d’abord créer la confiance, puis « se fatiguer ensemble », mettre son ego de côté et tisser peu à peu un canevas commun.

Le collectif n’est composé que de femmes : elle explique que ce n’était pas une décision de départ, mais le constat fait en dressant la liste des artistes avec qui elles voulaient travailler.

Nedjma Hadj Benchelabi nous recommande…

Assia Djebar, écrivaine et cinéaste algérienne : elle fait partie des auteurs qu’il faut « absolument lire » selon elle, et son film La Nouba des femmes du mont Chenoua inspire le projet.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Festival de Marseille : 31e édition, du 14 juin au 8 juillet 2026, qui accueille le projet Nouba-ti.
  • Radio Grenouille : radio marseillaise partenaire du festival, qui reçoit les artistes de l’édition.
  • Friche la Belle de Mai : lieu où Nouba-ti s’ouvre au public, de 14 h à minuit.
  • La Nouba des femmes du mont Chenoua : film d’Assia Djebar, dans le sillage duquel s’inscrit le projet.
  • Samaa Wakim : chorégraphe venue de Palestine, récemment installée à Marseille, à l’origine du projet.
  • Samira Negrouche : poétesse installée à Alger, associée au projet.
  • Goethe-Institut : partenaire du programme de circulation d’artistes qu’elle mène au Caire depuis 2018.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:47 : la 31e édition du Festival de Marseille sur Radio Grenouille
  • 00:01:23 : Nouba-ti, un laboratoire ouvert au public de 14 h à minuit
  • 00:02:53 : « c’est mon tour » : le sens du mot nouba en darija
  • 00:03:29 : lignage, transmission et figures féminines oubliées
  • 00:05:38 : une semaine de travail entre artistes qui n’avaient jamais collaboré
  • 00:06:43 : la nouba arabo-andalouse, entre disparition et absence
  • 00:07:17 : les artistes du collectif, du Caire à Mascate
  • 00:08:26 : souveraineté narrative, archive partagée et recherche collective
  • 00:10:25 : le public invité à traverser un paysage
  • 00:13:06 : les récits de famille, fil rouge du collectif
  • 00:17:05 : programmations de festivals et narratif des artistes
  • 00:20:58 : faire circuler les œuvres entre Afrique du Nord et Moyen-Orient
  • 00:23:45 : un référentiel qui ne soit pas seulement européen
  • 00:26:30 : la méthode du laboratoire : confiance et fatigue partagée
  • 00:29:06 : un paysage sonore à traverser, sans participation demandée
  • 00:31:41 : un collectif entièrement féminin, sans l’avoir décidé

FAQ

Que veut dire Nouba-ti ?

Selon Nedjma Hadj Benchelabi, « nouba » signifie le tour en darija, le dialecte nord-africain : Nouba-ti veut dire « c’est mon tour ». Le mot désigne aussi une forme de la musique arabo-andalouse, dont certaines noubas se sont perdues, ce qui nourrit la réflexion du projet sur la disparition et l’absence.

Où et comment voir Nouba-ti au Festival de Marseille ?

Le laboratoire s’ouvre au public un dimanche de 14 h à minuit à la Friche la Belle de Mai, avec deux temps forts dans l’après-midi. Le public circule librement dans un paysage fait de projections, de textes dits et de sons, guidé d’une matière à l’autre, sans participation demandée.

Qui sont les artistes de Nouba-ti ?

Le projet est porté par Nedjma Hadj Benchelabi, Samaa Wakim et Samira Negrouche, qui réunissent six artistes : Amina Abouelghar, Eman Hussein, Imane Elkabli, Noor Abed, Rym Hayouni et Safa Baluchi, venues du Caire, de Marrakech, de Ramallah, de Tunis ou de Mascate, et de plusieurs disciplines.

Pourquoi parler de souveraineté narrative ?

Nedjma Hadj Benchelabi souhaite que l’intérêt des festivals pour les artistes palestiniens, syriens ou arabes s’inscrive dans la durée, et ne réponde pas à l’agenda d’un moment. Elle défend aussi la circulation des œuvres entre pays voisins qui partagent une langue et des références, pas seulement vers le public européen.

Festival de Marseille, Radio Grenouille

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