
Le Théâtre National de Nice fait comparaître le comte Dracula devant un jury populaire formé par le public. Accusé d'homicide et d'empoisonnement, le prince de Valachie raconte cinq siècles d'errance, la procureure s'appuie sur le roman de Bram Stoker et l'avocate sort le Code pénal. Les spectateurs interviennent, l'un d'eux plaide même la maladie, puis votent à main levée. Un procès fictif où le droit, la littérature et l'humour se mêlent jusqu'au verdict.
Le comte Dracula devant un jury de Niçois
Ce procès fictif, enregistré en public par le Théâtre National de Nice, Centre dramatique national Nice Côte d’Azur, met le comte Dracula sur le banc des accusés : une procureure, une avocate et l’accusé lui-même s’affrontent, et le public, constitué en jury populaire, doit se forger son « intime conviction ». L’avocate commence par lire l’instruction que tout président de cour d’assises adresse aux jurés avant le délibéré. Deux chefs d’accusation sont retenus : un homicide et un empoisonnement, rebaptisé avec humour « agression sensuelle », sang écrit S, A, N, G. Dracula se présente : prince de Valachie né vers 1450, surnommé « l’empaleur » pour la manière dont il a combattu les Ottomans, damné après le suicide de sa bien-aimée Elisabetta, il erre depuis cinq siècles et cherche à Nice le repos de l’âme. Il assure qu’il ne prend qu’un peu de sang et donne en échange la vie éternelle.
Le comédien joue avec la ville, son climat jugé trop frais et sa cuisine à l’ail, et lance quelques piques au conseil municipal.
Le roman de Bram Stoker comme pièce à conviction
La procureure s’appuie sur le roman de Bram Stoker : Jonathan Harker retenu au château, Mina contrainte de boire le sang du comte, Lucie attaquée pendant son sommeil, alors qu’on ne peut consentir en dormant, puis contaminée jusqu’à la folie. Elle invoque la jurisprudence née du scandale du sang contaminé pour qualifier l’empoisonnement, et requiert, plutôt que la peine capitale, une réhabilitation : un emploi de gentil organisateur dans un club de vacances, chargé de cuisiner des plats à l’ail. Le public intervient sans cesse. Une spectatrice demande pourquoi le comte ne passe pas par le don du sang, une autre se porte volontaire, un spectateur présenté comme chirurgien évoque la porphyrie, maladie qui pourrait expliquer son besoin de sang, et devient malgré lui témoin de la défense.
Une spectatrice lui suggère qu’Elisabetta, si elle s’est réincarnée, l’évite peut-être tout simplement.
La plaidoirie et le verdict
L’avocate plaide en citant le Code pénal : incompétence territoriale de la cour, prescription, absence d’intention, contrainte et état de nécessité. Elle relit le roman en sa faveur : l’équipage du Déméter aurait été tué par le second du navire, et c’est le docteur Van Helsing qui, faute de connaître certaines maladies, aurait accusé son client. Elle élargit enfin le propos : le mythe du vampire refléterait nos propres peurs, celle de l’étranger, celle du désir, et le fantasme d’immortalité. Dracula conclut par un poème écrit pour Elisabetta. Le jury vote à main levée : le comte est acquitté « d’un cheveu ».
Le procès suivant, annoncé à la fin, sera celui de Gollum, personnage du Seigneur des anneaux.
Les références de l’épisode
- Dracula, de Bram Stoker : le roman dont les journaux de Jonathan Harker, Mina et Lucie servent de pièces du dossier.
- Vlad l’Empaleur : le prince de Valachie du XVe siècle que l’accusé dit être.
- Docteur Van Helsing : le médecin du roman, accusé par la défense d’avoir préféré le surnaturel au diagnostic.
- Porphyrie : la maladie évoquée par un spectateur pour expliquer le besoin de sang du comte.
- Code pénal : les articles sur l’empoisonnement et l’irresponsabilité pénale cités par l’avocate.
- Voltaire et Cyrano : cités dans la plaidoirie de la défense.
Au fil de l’épisode
- 00:00:59 : ouverture du procès et rôle du public comme jury
- 00:03:23 : la lecture de l’instruction aux jurés
- 00:04:38 : Dracula raconte sa vie, de la Valachie à Nice
- 00:08:19 : Jonathan Harker et Mina
- 00:09:36 : la procureure et le premier chef d’accusation
- 00:12:35 : qu’est-ce que l’empoisonnement ?
- 00:16:09 : comment tuer un vampire
- 00:19:04 : les questions du public, du don du sang au congélateur
- 00:22:09 : Mina et les preuves tirées du roman
- 00:24:00 : le sang contaminé et l’empoisonnement
- 00:26:05 : le cas de Lucie
- 00:32:30 : un chirurgien évoque la porphyrie
- 00:36:53 : Elisabetta l’évite-t-elle ?
- 00:39:38 : le réquisitoire
- 00:42:06 : la plaidoirie de l’avocate
- 00:58:43 : le poème de Dracula
- 01:00:11 : le vote du jury et le verdict
FAQ
Qu’est-ce que le procès de Dracula du Théâtre National de Nice ?
C’est un procès fictif joué en public, enregistré par le Théâtre National de Nice. Une procureure et une avocate s’affrontent autour du comte Dracula, interprété par un comédien, et les spectateurs, constitués en jury populaire, posent leurs questions puis votent à main levée pour l’acquittement ou la culpabilité.
De quoi le comte Dracula est-il accusé ?
La procureure retient un homicide et un empoisonnement, en s’appuyant sur le roman de Bram Stoker : le sort de Lucie, attaquée pendant son sommeil, et celui de Mina, forcée à boire le sang du comte. Elle compare la transmission du vampirisme à la jurisprudence née du scandale du sang contaminé.
Dracula a-t-il été condamné ?
Non. Après la plaidoirie de l’avocate, qui invoque la prescription, l’absence d’intention et l’état de contrainte, puis un poème de l’accusé, le public vote à main levée. Les voix pour l’acquittement l’emportent de très peu : le comte est acquitté « d’un cheveu ».
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