
Le Théâtre National de Nice fait comparaître Orgon, le père de famille du Tartuffe de Molière, devant un jury de spectateurs niçois, pour maltraitance intrafamiliale et atteinte à la sûreté de l'État. Victime d'un escroc ou complice de son propre aveuglement ? Une procureure, une avocate et un public très sollicité débattent du mariage forcé de Marianne, de l'emprise de Tartuffe et des papiers compromettants confiés au faux dévot, avant un vote à main levée.
Orgon, de la pièce de Molière au banc des accusés
Le Théâtre National de Nice, centre dramatique national dirigé par Muriel Mayette-Holtz, fait juger Orgon, le père de famille du Tartuffe de Molière, par un jury de spectateurs niçois, lors d’un procès participatif enregistré le 2 mai 2026. Deux chefs d’accusation : maltraitance intrafamiliale et atteinte à la sûreté de l’État. Orgon se présente d’abord lui-même, un chapelet à la main : né peu après l’assassinat d’Henri IV, fidèle au futur Louis XIV pendant la Fronde, veuf de sa première épouse Madeleine puis remarié à Elmire, il raconte avoir rencontré à l’église Saint-Eustache, à Paris, un homme pauvre et pieux, Tartuffe, qu’il a installé chez lui « comme mon propre frère ». Il se dit simplement trahi, comme beaucoup peuvent l’être un jour.
La procureure lui oppose un portrait sévère : un père autoritaire et aveuglé, qui a fait entrer chez lui un escroc et sacrifié sa famille. Pour elle, « la bêtise et la naïveté ne sont plus une excuse ».
Maltraitance familiale et emprise : le public interrogé
La procureure fait réagir les jurés : qui accueillerait un inconnu chez soi, qui a déjà vu un proche sous l’influence d’une personne que tout l’entourage déteste ? Elle reproche à Orgon d’avoir voulu marier de force sa fille Marianne, promise à Valère, à Tartuffe, d’avoir chassé et déshérité son fils Damis, qui accusait Tartuffe de courtiser Elmire, et d’avoir donné ses biens à Tartuffe. Elle revient sur la scène où Orgon, caché sous la table, assiste aux avances de Tartuffe à sa femme, et sur celle où il ne s’inquiète que du « pauvre homme » quand on lui dit qu’Elmire est malade. Elle avance l’hypothèse d’un Orgon amoureux de Tartuffe, relève l’influence de sa mère et ouvre un débat sur l’emprise, les générations et les réseaux sociaux. Sur le second chef, Orgon explique avoir caché les papiers compromettants d’un ami resté dans le parti opposé pendant la Fronde, puis les avoir confiés à Tartuffe, qui les a portés au roi. Une spectatrice rappelle le rôle de la Compagnie du Saint-Sacrement dans l’interdiction de la pièce.
La procureure requiert un « stage intensif de lucidité » : huit heures par jour à démêler une histoire vraie de deux fausses.
La plaidoirie, les vers d’Orgon et le verdict
L’avocate plaide la relaxe autour de trois piliers : la foi sincère d’un homme vulnérable en quête de sens, l’emprise exercée par un manipulateur, et la loyauté d’Orgon envers le roi, qui exclut selon elle toute atteinte à la sûreté de l’État. Elle relie l’affaire à l’actualité judiciaire et aux réseaux sociaux, et demande aux jurés de ne pas condamner « un homme parce qu’il a le cœur trop grand ». Orgon dit enfin les vers de la pièce adressés à sa mère, où il raconte l’ingratitude de Tartuffe, puis le public vote à main levée.
Orgon est acquitté. Le comédien invite le public à voir Tartuffe au théâtre, du 7 au 12 mai.
Les références de l’épisode
- Tartuffe : pièce de Molière dont Orgon est le personnage jugé, dont les représentations sont annoncées du 7 au 12 mai.
- Molière : auteur de la pièce, dont l’épisode rappelle qu’elle a connu trois versions, dont deux censurées.
- La Fronde : troubles de la minorité de Louis XIV, pendant lesquels Orgon dit être resté fidèle au roi.
- Église Saint-Eustache : église parisienne où Orgon dit avoir rencontré Tartuffe.
- Compagnie du Saint-Sacrement : groupe religieux évoqué par une spectatrice à propos de l’interdiction de la pièce.
- Théâtre National de Nice : centre dramatique national Nice Côte d’Azur, qui organise ces procès de personnages.
Au fil de l’épisode
- 00:00:41 : Orgon en prière, ouverture du procès
- 00:02:11 : les deux chefs d’accusation, puis Orgon raconte sa vie, de la Fronde à son second mariage
- 00:05:51 : la rencontre avec Tartuffe à l’église Saint-Eustache
- 00:08:38 : le portrait d’Orgon par la procureure
- 00:11:01 : accueillir un inconnu chez soi : les jurés interrogés
- 00:14:23 : Tartuffe, un pique-assiette ?
- 00:15:27 : l’emprise et ceux qui ne veulent pas écouter
- 00:16:35 : le mariage forcé de Marianne
- 00:19:38 : Damis chassé et déshérité, les biens donnés à Tartuffe
- 00:22:16 : la scène de la table
- 00:25:27 : « Le pauvre homme » et l’hypothèse d’un Orgon amoureux
- 00:27:48 : l’emprise selon les générations, les réseaux sociaux
- 00:31:10 : atteinte à la sûreté de l’État : les papiers de l’ami
- 00:37:27 : la Compagnie du Saint-Sacrement
- 00:39:45 : les réquisitions : un stage intensif de lucidité
- 00:41:20 : la plaidoirie de l’avocate
- 00:58:04 : les vers d’Orgon à sa mère
- 00:59:30 : l’invitation à voir Tartuffe
- 01:00:07 : le vote et le verdict
FAQ
Qu’est-ce que le procès d’Orgon au Théâtre National de Nice ?
C’est un spectacle participatif enregistré le 2 mai 2026, dans lequel Orgon, le personnage du Tartuffe de Molière, est jugé pour maltraitance intrafamiliale et atteinte à la sûreté de l’État par un jury de spectateurs niçois. Une procureure et une avocate s’opposent, le public est interrogé, puis il vote le verdict à main levée.
De quoi Orgon est-il accusé ?
La procureure lui reproche d’avoir voulu marier de force sa fille Marianne à Tartuffe, d’avoir chassé et déshérité son fils Damis, d’avoir donné ses biens à Tartuffe et d’avoir confié à celui-ci les papiers compromettants d’un ami opposé au roi pendant la Fronde, ce qu’elle qualifie d’atteinte à la sûreté de l’État.
Orgon a-t-il été condamné ?
Non. Après la plaidoirie de son avocate, qui a présenté Orgon comme la victime d’une emprise et un sujet loyal envers le roi, et après les vers qu’il adresse à sa mère dans la pièce, les spectateurs ont voté à main levée. Orgon a été acquitté.
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