
Stéphanie et Lisa animent bénévolement le collectif Enfantiste 13, à Marseille. Sur Dialogue RCF, dans Témoins de Provence, elles expliquent l'enfantisme, ce mouvement né en France en 2022 qui veut changer le rapport de domination entre adultes et enfants. Manifestations nationales de novembre, parole de l'enfant mise en doute, préjugés sur l'enfant roi ou insupportable, exemples suédois et danois : elles défendent une éducation sans violence, qui n'est pas pour autant laxiste.
Un mot nouveau pour une lutte
Dans Témoins de Provence, sur Dialogue RCF, Stéphanie et Lisa, deux bénévoles qui animent le collectif Enfantiste 13 à Marseille, expliquent ce qu’est l’enfantisme : selon elles, une lutte pour changer le rapport de domination entre adultes et enfants, sur le modèle des autres mots en « isme » comme le féminisme. Le terme calque l’anglais « childism », issu des sciences sociales ; il s’oppose à l’adultisme, cette conviction que les adultes sont supérieurs aux enfants. Elles rappellent que d’autres parlent d’infantisme, titre du livre de Laélia Benoit, et que le mouvement a été lancé en France par Claire Bourdille, autrice d’« Enfantisme. Il est temps de respecter les enfants », après la présidentielle de 2022, dont aucun programme ne mentionnait l’enfance alors que les enfants représentent, disent-elles, 15 % de la population. À la différence des associations d’accompagnement, le mouvement se veut militant. Le groupe des Bouches-du-Rhône est né lors de la première manifestation nationale, en novembre 2023. Cette marche annuelle, autour du 15 novembre, est passée de 7 villes en 2023 à 14 en 2024, puis à une quarantaine lors de la dernière édition, jusqu’en Belgique, et une antenne se prépare en Italie. Le reste de l’année, le collectif organise des ciné-débats, des collages, des interventions et des actions coups de poing, comme une banderole après le changement de direction de la Ciivise, la commission que présidait le juge Édouard Durand.
Tous les militants sont bénévoles et le collectif vit de dons. Les invitées disent avoir été approchées par des partis politiques avant les municipales.
Ce que recouvre l’adultisme
Pour l’une des invitées, l’enfantisme est « la mère de toutes les luttes », parce que c’est dans l’enfance que se forment les schémas de domination ; elle s’adresse aussi aux militants antiracistes, féministes ou écologistes. Les deux invitées décrivent l’adultisme comme un système nourri de préjugés : l’adolescent paresseux, l’enfant roi, l’enfant insupportable. Elles citent les offres de la SNCF qui excluent les enfants et les restaurants qui les refusent, et opposent cette exclusion à des solutions inclusives comme un wagon réservé aux enfants. Elles affirment que la parole de l’enfant n’est pas crue en France, en particulier lorsqu’il dénonce des violences sexuelles, et répondent à ceux qui leur reprochent de tout mettre sur le même plan : il ne s’agit pas de comparer un manteau imposé et l’inceste, mais de montrer un continuum. L’une d’elles, mère d’un garçon, précise qu’elle n’est pas laxiste : elle fait le choix d’une éducation sans violence, à l’écoute des besoins de l’enfant. Elles évoquent enfin les cours d’empathie à l’école au Danemark, la loi suédoise de 1979 contre toutes les violences faites aux enfants, et les travaux d’Alice Miller sur l’autorité et la montée du fascisme dans les années 1930.
L’émission se termine par un texte de Christian Bobin sur les bébés, lu par Stéphanie.
Les références de l’épisode
- Enfantisme. Il est temps de respecter les enfants : livre de Claire Bourdille, fondatrice du mouvement enfantiste en France.
- Infantisme : livre de Laélia Benoit sur les formes de discrimination envers les enfants.
- Ciivise : commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, autrefois présidée par le juge Édouard Durand.
- Édouard Durand : juge des enfants, décrit par les invitées comme une figure de la protection de l’enfance.
- Alice Miller : autrice citée pour ses travaux sur l’éducation autoritaire et la montée du fascisme.
- Christian Bobin : écrivain dont un texte sur les bébés clôt l’émission.
- Les Ogres de Barback : groupe dont une chanson écrite pour leurs enfants est diffusée pendant l’émission.
Au fil de l’épisode
- 00:00:30 : présentation des invitées et du collectif Enfantiste 13
- 00:01:48 : définition de l’enfantisme, de l’adultisme et du mot anglais childism
- 00:03:00 : enfantisme ou infantisme, et la création du mouvement en 2022
- 00:04:28 : des militants bénévoles et la manifestation nationale de novembre
- 00:07:01 : de 7 à une quarantaine de villes, et une antenne en Italie
- 00:08:00 : ciné-débats, interventions et liens avec les mouvements féministes
- 00:08:53 : les partis politiques et les revendications de santé publique
- 00:09:06 : la Ciivise et le juge Édouard Durand
- 00:11:03 : pause musicale avec Les Ogres de Barback
- 00:15:08 : tout le monde peut s’engager, l’enfantisme comme « mère de toutes les luttes »
- 00:17:31 : une éducation sans violence n’est pas une éducation laxiste
- 00:18:04 : préjugés et stéréotypes à l’origine de l’adultisme
- 00:19:13 : l’exemple des offres de train et des restaurants qui excluent les enfants
- 00:21:31 : une parole de l’enfant qui n’est pas crue
- 00:24:20 : les cours d’empathie au Danemark et la loi suédoise de 1979
- 00:26:08 : lecture d’un texte de Christian Bobin
FAQ
Qu’est-ce que l’enfantisme ?
Selon les militantes du collectif Enfantiste 13, l’enfantisme est une lutte pour changer le rapport de domination entre adultes et enfants. Le mot calque l’anglais « childism » et s’oppose à l’adultisme, la conviction que les adultes sont supérieurs aux enfants. Le mouvement a été lancé en France par Claire Bourdille en 2022.
Qu’est-ce que l’adultisme ?
Les invitées le décrivent comme un système de domination de l’adulte sur l’enfant, nourri de préjugés et de stéréotypes : l’enfant roi, l’adolescent paresseux, l’enfant insupportable, ou l’enfant vu comme un adulte en devenir plutôt que comme un être humain avec des droits. Pour elles, ce système rend les violences possibles.
Que fait le collectif Enfantiste 13 à Marseille ?
Ce groupe départemental, né lors de la première manifestation nationale de novembre 2023, prépare chaque année la marche de la mi-novembre, organise des ciné-débats, des collages, des interventions et des actions coups de poing selon l’actualité. Tous ses membres sont bénévoles et il vit de dons.
Pourquoi les invitées citent-elles la Suède et le Danemark ?
Elles rappellent que la Suède a voté en 1979 une loi contre toutes les violences faites aux enfants, d’où selon elles un retard de 40 ans de la France, et que le Danemark enseigne l’empathie à l’école depuis plusieurs années. Pour elles, ces pays ont lié la place de l’enfant à la protection de la démocratie.
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