
Jacques Liautier dirige à Marseille Diogène Service, une entreprise de nettoyage extrême spécialisée dans le syndrome de Diogène. Depuis dix ans, il entre dans des logements où l'accumulation dure parfois depuis des décennies. Au micro d'Ils font Marseille, il décrit la réalité de ces chantiers, des punaises de lit aux rats, mais surtout les personnes qui vivent derrière ces portes fermées, la honte qui les isole et l'accompagnement qu'il tente de leur apporter.
Entrer là où personne n’entre plus
Invité d’Ils font Marseille, Jacques Liautier, Marseillais à la tête de la société Diogène Service, raconte dix ans de nettoyage extrême. Le syndrome de Diogène, explique-t-il, associe accumulation compulsive et insalubrité extrême ; il représente environ 80 % de ses missions, le reste allant aux logements après décès, à l’incurie et à la désinfection. Les appels viennent rarement des personnes elles-mêmes : dans plus de la moitié des cas, ce sont les services sociaux, sinon un propriétaire, des voisins ou la famille. Il intervient à Marseille, dans toute la région et ailleurs en France, chez des gens de 20 à 77 ans, directeur de banque ou professeur des écoles compris. Livres et vêtements reviennent souvent, mais aussi des pots de yaourt lavés et rangés. Jamais de force, insiste-t-il : vider un logement sans préparation peut finir en drame, et une coordinatrice accompagne chaque personne pendant et après l’intervention.
Il raconte une dame de 81 ans menacée d’expulsion, chez qui l’équipe est revenue trois fois plutôt que de renoncer.
Punaises de lit, rats et odeur de la mort
Le nettoyeur décrit ses chantiers les plus durs : une maison du centre de la France couverte de moisissures, une autre restée figée pendant des décennies, 100 mètres cubes évacués dans une maison de 400 mètres carrés à Nîmes, ou un devis de 600 mètres cubes de déchets alimentaires dans les Alpes-Maritimes. Les situations les plus extrêmes, selon lui, se cachent dans les villages, où personne ne voit rien. Son ennemi numéro un reste la punaise de lit, très présente à Marseille où des rues entières seraient touchées, capable d’attendre un an sans se nourrir. Personnellement, c’est des rats qu’il a peur. Il évoque aussi l’odeur de la décomposition, qu’il rencontre une à deux fois par mois après des décès et qu’il dit ne jamais oublier. Une intervention coûte de 1 500 à 4 000 euros pour un T3, et jusqu’à 30 000 euros.
Son objectif : une fondation et la reconnaissance du syndrome de Diogène comme une maladie prise en charge par la Sécurité sociale.
Au fil de l’épisode
- 00:00:19 : présentation de Jacques Liautier et de Diogène Service
- 00:01:03 : ce qu’est le syndrome de Diogène
- 00:01:45 : syndrome de Diogène, après-décès et désinfection : les activités de l’entreprise
- 00:03:33 : qui appelle, des services sociaux aux propriétaires
- 00:04:20 : un métier entre hygiène et accompagnement social
- 00:05:06 : convaincre sans forcer : pourquoi une intervention brutale peut finir en drame
- 00:06:18 : livres, vêtements, pots de yaourt : ce que collectionnent les personnes
- 00:08:43 : la honte, qui empêche d’ouvrir la porte
- 00:09:25 : une maison familiale envahie de moisissures et de rats
- 00:10:36 : les risques sanitaires pour l’équipe
- 00:11:28 : un syndrome qui touche tous les âges et tous les milieux
- 00:11:53 : la dame de 81 ans menacée d’expulsion
- 00:13:17 : animaux morts et congélateurs
- 00:15:07 : 100 mètres cubes évacués dans une maison de Nîmes
- 00:15:50 : depuis le Covid, plus de dépressions et de logements laissés à l’abandon
- 00:16:32 : les cas les plus extrêmes se cachent dans les villages
- 00:17:22 : les punaises de lit, ennemi numéro un à Marseille
- 00:21:19 : faudrait-il une politique publique contre les punaises de lit ?
- 00:22:40 : la peur des rats
- 00:24:11 : l’objectif d’une fondation et la reconnaissance du syndrome
- 00:25:39 : ce que coûte une intervention
- 00:26:30 : les sociétés qui cassent les prix et la traçabilité des déchets
- 00:27:27 : la seule fois où il a reculé
- 00:28:33 : un devis de 600 mètres cubes de déchets alimentaires
- 00:30:33 : l’odeur de la décomposition, à laquelle on ne s’habitue pas
FAQ
Qu’est-ce que le syndrome de Diogène, selon Jacques Liautier ?
Pour Jacques Liautier, dirigeant de Diogène Service à Marseille, le syndrome de Diogène associe une accumulation compulsive d’objets et une insalubrité extrême du logement. Il part d’une pathologie mentale : chaque objet garde pour la personne une valeur sentimentale. Il distingue ce trouble de l’incurie, quand des personnes âgées ou déprimées se laissent dépasser et n’entretiennent plus leur logement.
Qui fait appel à un nettoyeur de l’extrême ?
Selon Jacques Liautier, les personnes atteintes appellent rarement elles-mêmes. Dans plus de la moitié des cas, ce sont les services sociaux qui le contactent ; viennent ensuite les propriétaires, souvent quand une expulsion menace, les voisins gênés par les odeurs, ou les familles, parfois trop tard. La honte et la peur d’être jugé expliquent qu’on n’ouvre pas sa porte.
Combien coûte un nettoyage après syndrome de Diogène ?
Il n’y a pas de prix fixe, explique Jacques Liautier : tout se fait sur devis, selon le volume, l’étage, l’accès et la nature des déchets. Pour un appartement de trois pièces, il cite une fourchette de 1 500 à 4 000 euros, et jusqu’à 30 000 euros pour les cas les plus lourds. Il met en garde contre les prestataires trop bon marché qui ne paient pas la déchetterie.
Pourquoi les punaises de lit sont-elles si difficiles à éliminer ?
Selon Jacques Liautier, la punaise de lit est son « ennemi numéro un ». Elle peut rester un an sans se nourrir, cachée dans un logement vide, puis piquer dès qu’elle détecte le gaz carbonique d’un humain. Elle voyage dans un pli de vêtement ou une chaussette. Il estime que personne ne peut garantir son éradication et regrette l’absence de politique publique.
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