
Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz sont chorégraphes et danseuses, installées entre la Guyane et Marseille. Leur pièce de danse contemporaine Incorrigibles, présentée à la Chapelle du Verbe incarné pendant le Festival OFF d'Avignon, raconte un pan méconnu de l'histoire coloniale : les mille femmes condamnées au bagne de Guyane. Au micro de Marie-Cécile Drécourt, elles expliquent leurs recherches dans les archives, la création sonore du spectacle et les échanges avec les adolescents guyanais sur les violences faites aux femmes.
Mille femmes effacées de l’histoire du bagne
Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz, chorégraphes et danseuses dont la compagnie est basée en Guyane et qui vivent aujourd’hui entre la Guyane et Marseille, présentent Incorrigibles, pièce de danse contemporaine jouée à la Chapelle du Verbe incarné pendant le Festival OFF d’Avignon. Elle parle des mille femmes envoyées au bagne de Guyane, venues de l’Hexagone, des Antilles et d’Algérie, souvent récidivistes de petits délits. Après leur peine venait le doublage, l’obligation de rester sur place, à Saint-Laurent-du-Maroni, ville pénitentiaire où, expliquent-elles, être libre revenait souvent à retourner en prison. L’idée est née d’une visite du bagne de Saint-Laurent, où presque rien ne parlait des femmes. Leur création sonore s’appuie sur des extraits de dossiers pénitentiaires retrouvés aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, lus par des étudiantes en théâtre de Guyane, sur un discours d’un ancien vice-président du Sénat et sur un chant de bagnards qu’elles ont féminisé.
Jouée en collège et en lycée en Guyane, la pièce a ouvert des échanges avec des adolescentes sur les violences sexuelles ; pour les deux danseuses, la sororité est la réponse que porte le spectacle.
Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz nous recommandent…
- Descendantes de combattantes : une pièce de danse sur des femmes noires qui ont marqué l’histoire, vue à la Chapelle du Verbe incarné.
- Barrage : une pièce qui aide, selon elles, à réfléchir aux sociétés postcoloniales et aux événements de Nouvelle-Calédonie.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Bagne de Saint-Laurent-du-Maroni : la ville pénitentiaire où étaient envoyés bagnards et bagnardes.
- Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence : où les deux chorégraphes ont retrouvé les dossiers pénitentiaires des femmes.
- Chapelle du Verbe incarné : le lieu où Incorrigibles est joué pendant le OFF d’Avignon.
Au fil de l’épisode
- 00:00:05 : deux chorégraphes entre la Guyane et Marseille
- 00:00:57 : les mille femmes condamnées au bagne de Guyane
- 00:01:51 : le doublage et la vie à Saint-Laurent-du-Maroni
- 00:02:19 : la naissance du projet au bagne de Saint-Laurent
- 00:03:54 : la recherche historique et la création sonore
- 00:05:30 : parler du réel et de la condition des femmes
- 00:08:00 : jouer devant des adolescents en Guyane
- 00:10:36 : sortir d’un spectacle physiquement et émotionnellement intense
- 00:12:24 : une fin sur une note d’espoir
- 00:14:43 : le trac et le rituel avant la scène
- 00:17:10 : la sororité et leurs coups de cœur du OFF
- 00:19:19 : l’avis de Marie-Cécile Drécourt sur le spectacle
FAQ
De quoi parle le spectacle Incorrigibles ?
Incorrigibles est une pièce de danse contemporaine en duo sur les mille femmes envoyées au bagne de Guyane. Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz y racontent par le corps l’enfermement, la contrainte et les violences subies par ces femmes condamnées pour de petits délits, utilisées pour peupler la colonie, et terminent sur une note d’espoir.
Qui étaient les femmes envoyées au bagne de Guyane ?
Selon les deux chorégraphes, il s’agissait de récidivistes de petits délits : vol à l’arraché, avortement qualifié d’infanticide, parfois simple absence de domicile. Venues de l’Hexagone, des Antilles et d’Algérie, elles subissaient après leur peine le doublage, l’obligation de rester en Guyane, où la prostitution et les délits les ramenaient souvent au bagne.
Comment le spectacle a-t-il été documenté ?
Les deux danseuses ont mené une longue phase de recherche avant de créer. Elles ont sélectionné des extraits de dossiers pénitentiaires aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, fait lire ces fragments par des étudiantes en théâtre de Guyane, intégré un discours d’un ancien vice-président du Sénat et remis en musique un chant de bagnards dont seules les paroles avaient été conservées.
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