
Le Théâtre National de Nice fait comparaître chaque samedi matin un personnage de roman sur la place Saint-François. Ce jour-là, Emma Bovary, l'héroïne de Flaubert, est accusée d'avoir ruiné son ménage et négligé sa fille. Face à une procureure implacable et une avocate qui plaide la condition des femmes de son époque, les passants deviennent jurés. Ils interrogent l'accusée, rient, débattent, puis votent. Un procès joué en plein air, entre comédie et vraie question de société.
Emma Bovary jugée par les passants de la place Saint-François
Le Théâtre National de Nice organise chaque samedi matin, sur la place Saint-François rebaptisée pour l’occasion « Saint-François de la Cour d’assises », le procès d’un personnage de la littérature. Ce samedi de janvier, c’est l’héroïne de Flaubert qui comparaît, accusée de « mise en péril des finances du ménage » et de « trahison et négligence de son foyer et de son enfant ». Le public, debout et emmitouflé, tient le rôle du jury : c’est lui qui décidera. Emma Bovary, jouée par une comédienne qui grignote des chips et grelotte, se présente comme une morte, empoisonnée à l’arsenic. Elle raconte le couvent et ses romans « à l’eau de rose », la ferme de son père, son mariage à 17 ans avec Charles, officier de santé, l’ennui de Yonville, la naissance de sa fille Berthe, puis deux amants qui l’abandonnent. L’avocate qui la défend rappelle que Flaubert lui-même avait été poursuivi pour ce roman.
Le spectacle tient de l’improvisation : les comédiens interpellent sans cesse les spectateurs, qui répondent, rient et posent leurs propres questions.
Réquisitoire, plaidoirie et verdict
La procureure attaque la « fièvre acheteuse » d’Emma, ses dettes auprès du marchand qui lui faisait crédit, ses cadeaux aux amants payés avec l’argent du ménage et une fille confiée à une nourrice indigne. Elle requiert le don de toute sa garde-robe à la Croix-Rouge et cinq ans de bénévolat auprès d’associations niçoises qui accueillent des enfants maltraités. Une spectatrice prend la défense de l’accusée : « elle n’avait que 17 ans ». La plaidoirie replace Emma dans la condition des femmes de son temps : « incapables majeures », sans compte en banque, sans études ni travail possibles sans l’accord du mari, alors que l’adultère n’était une infraction que pour elles. L’avocate cite Flaubert : « Un homme au moins est libre » et conclut : « Si Emma Bovary est coupable, alors c’est la société tout entière qui l’est. »
Au moment du vote, aucun juré ne se lève pour la déclarer coupable : Emma Bovary est acquittée.
Les références de l’épisode
- Madame Bovary : le roman de Flaubert dont l’héroïne est jugée ; l’avocate rappelle que l’écrivain fut lui-même poursuivi pour ce livre.
- Théâtre National de Nice : il organise ces procès de personnages chaque samedi matin.
- Place Saint-François : la place niçoise où se tient l’audience, devant le public.
- Code Napoléon : l’avocate rappelle que le mariage y figurait parmi les moyens d’acquérir la propriété.
- Croix-Rouge : la procureure requiert qu’Emma lui donne toute sa garde-robe.
- Bovary Madame : spectacle de Christophe Honoré annoncé en fin d’audience dans la programmation du théâtre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:31 : ouverture de l’audience, le public debout dans le rôle du jury
- 00:01:03 : les chefs d’accusation contre Emma Bovary
- 00:04:05 : Emma se présente : « je suis morte, empoisonnée à l’arsenic »
- 00:05:46 : le couvent, les romans d’amour et la ferme de son père
- 00:07:04 : le mariage avec Charles, officier de santé, et l’ennui de Yonville
- 00:10:35 : la passion, puis deux amants qui l’abandonnent
- 00:14:19 : le réquisitoire de la procureure commence
- 00:16:30 : la « fièvre acheteuse » et les dettes du ménage
- 00:23:35 : le marchand qui pousse à la consommation, « l’algorithme de l’époque »
- 00:28:12 : le suicide, fuite ou sacrifice
- 00:30:31 : second chef d’accusation : trahison et négligence
- 00:32:23 : l’opération ratée de Charles sur un pied bot
- 00:40:55 : les questions du public, « elle n’avait que 17 ans »
- 00:44:11 : les peines requises par la procureure
- 00:44:47 : la plaidoirie : une femme enfermée dans le mariage et la société
- 00:52:40 : les derniers mots d’Emma Bovary
- 00:54:31 : le vote du jury et l’acquittement
FAQ
Qu’est-ce que les procès du samedi matin du Théâtre National de Nice ?
Chaque samedi matin, le Théâtre National de Nice installe sur la place Saint-François un tribunal où des comédiens jouent le procès d’un personnage de la littérature. L’accusé, une procureure et une avocate s’affrontent, et le public, qui sert de jury, pose ses questions avant de voter. Après Emma Bovary, le procès suivant annoncé est celui d’Aphrodite.
De quoi Emma Bovary est-elle accusée dans ce procès ?
Elle comparaît pour deux chefs d’accusation : la mise en péril des finances du ménage, à cause de ses achats et de ses dettes, et la trahison et la négligence de son foyer et de sa fille Berthe. La procureure lui reproche ses amants, ses dépenses avec l’argent de son mari Charles et une enfant confiée à une nourrice incompétente.
Quels arguments la défense avance-t-elle pour Emma Bovary ?
L’avocate rappelle qu’Emma, mariée à 17 ans, était une « incapable majeure » : pas de compte en banque, pas d’études ni de dépense sans l’accord du mari, pas de travail possible. Elle souligne que l’adultère n’était alors une infraction que pour les femmes et désigne le marchand qui lui faisait crédit comme le vrai coupable.
Emma Bovary a-t-elle été condamnée par le public ?
Non. Au moment du vote, les jurés qui la jugeaient coupable étaient invités à se lever : personne ne s’est levé. Emma Bovary a donc été déclarée innocente par le public de la place Saint-François, malgré les peines requises par la procureure, dont le don de sa garde-robe à la Croix-Rouge.
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