Podcast Méditerranée.
Envie de Nîmes11 mai 2026

EMISSION DU 6 MAI – Le livre « Au delà de l’absence » et la vie de Marc BERNARD

Marc Bernard, écrivain de Nîmes, et le deuil d'Au-delà de l'absence

Bernard Mourret et Salem Marchi reçoivent dans Envie de Nîmes le biographe Alain Artus et l'historien Michel Boissard pour raconter Marc Bernard, écrivain né et mort à Nîmes, enfant ouvrier devenu prix Goncourt en 1942. De ses débuts à la revue Monde à la guerre vécue avec sa femme Else, juive autrichienne, ils arrivent à Au-delà de l'absence, le livre où il écrit son deuil, et dessinent la géographie nîmoise de son œuvre.

Marc Bernard, enfant ouvrier de Nîmes devenu écrivain

Dans cette émission d’Envie de Nîmes, enregistrée au studio Jean Orsi, Bernard Mourret et Salem Marchi reçoivent le biographe Alain Artus et l’historien Michel Boissard pour raconter la vie de l’écrivain nîmois Marc Bernard, né à Nîmes en 1900 et mort à Nîmes, et son livre Au-delà de l’absence. Alain Artus retrace une enfance très pauvre : un père parti aux États-Unis, une mère blanchisseuse morte d’épuisement quand il a 13 ans, des logements insalubres du centre-ville, et un certificat d’études obtenu avant de devenir enfant ouvrier, dans une usine de chaussures, chez un pâtissier, chez un droguiste. Monté à Paris à 23 ans, il est ouvrier au chemin de fer puis fraiseur. Il écrit un premier livre, Zigzag, que Gallimard accepte et qui restera son éditeur toute sa carrière. Henri Barbusse, qui s’intéressait aux jeunes écrivains d’origine ouvrière, publie deux de ses nouvelles dans L’Humanité et le fait engager à la revue Monde, où Marc Bernard devient critique littéraire. Michel Boissard, qui l’a rencontré à l’hôtel de ville de Nîmes pour ses 80 ans, le 23 décembre 1980, alors qu’il était directeur de cabinet du maire Émile Jourdan, lit la critique très sévère qu’il a écrite contre François Mauriac et rappelle un article cinglant contre Jean Giono.

Pour Michel Boissard, Marc Bernard est moins un écrivain prolétarien au sens doctrinal des années 1930 qu’un écrivain engagé, « le romancier du petit peuple de Nîmes ». Salem Marchi insiste sur la langue classique de l’auteur, maître de l’imparfait du subjonctif.

Else, la guerre et le prix Goncourt

Alain Artus raconte la rencontre, en 1938 au Louvre, devant une sculpture antique, avec Else Reichmann, universitaire juive autrichienne qui a fui Vienne et cherche à rejoindre les États-Unis. Elle reste en France, ils se replient à Nîmes après l’entrée des Allemands à Paris et se marient à la mairie de Nîmes en 1940. Sans ressources, ils vivent du crédit d’une épicière du quartier. Le biographe ne cache pas la période où, déçu par le Front populaire et la guerre d’Espagne, Marc Bernard adhère aux idées du régime de Pétain, sans jamais collaborer, selon lui. C’est alors qu’il écrit Pareil à des enfants, récit de son enfance, qui reçoit le prix Goncourt en 1942, grâce notamment à Léo Larguier, membre de l’Académie Goncourt. Les déportations de Juifs vues à Nîmes et des pendaisons d’otages le font rompre avec ces idées. Menacé, le couple quitte le mas acheté près de la garrigue et se réfugie à Saint-Junien, dans le Limousin, où Marc Bernard découvre un village voisin détruit par les Allemands et écrit un texte lu à la radio à la Libération de Limoges.

Michel Boissard dessine ensuite une géographie nîmoise de l’écrivain, des rues de ses romans au mas de la garrigue, jusqu’à la plaque commémorative posée près de la gare, sur l’immeuble du docteur Paradis, chez qui il est mort en octobre 1983. Salem Marchi annonce une promenade Marc Bernard prévue au printemps.

Au-delà de l’absence, l’écriture du deuil

Else meurt en 1969 d’un cancer, après un été aux Baléares, à Majorque, où le couple passait ses étés. Marc Bernard raconte sa fin dans La Mort de la bien-aimée, puis, dans Au-delà de l’absence, la façon dont il continue à vivre comme si elle était à ses côtés. Un intervenant lit : « Tout ce qui me rappelle Else m’est à la fois cher et ennemi. J’avance en boitant, un pied dans la réalité, l’autre dans les souvenirs. » Alain Artus évoque la parole d’une religieuse infirmière, « s’il n’y avait rien après, ce serait trop bête », que l’écrivain dit avoir reçue comme un réconfort, et le chemin vers une forme de spiritualité. Un intervenant parle d’une « écriture prière » et d’une lutte mystique contre la mort.

Les invités retiennent un art de vivre fait de richesses accessibles à tous, résumé par le titre de son dernier livre, Tout est bien ainsi, et souhaitent que Nîmes rende sa place à l’écrivain.

Les références de l’épisode

  • Au-delà de l’absence : livre de Marc Bernard consacré au deuil de sa femme Else.
  • Pareil à des enfants : récit de son enfance nîmoise, prix Goncourt 1942.
  • Zigzag : son premier livre, accepté par Gallimard.
  • Une journée toute simple : roman nîmois dont est tirée sa pièce Le Carafon.
  • La Mort de la bien-aimée : récit de la maladie et de la mort d’Else.
  • Tout est bien ainsi : son dernier livre.
  • Revue Monde : revue créée par Henri Barbusse, où Marc Bernard a été critique littéraire.
  • Léo Larguier : membre de l’Académie Goncourt qui a défendu Pareil à des enfants.
  • Saint-Junien : ville du Limousin où le couple s’est réfugié pendant la guerre.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:10 : présentation de l’émission et du sujet, Marc Bernard
  • 00:01:30 : les invités, Michel Boissard et Alain Artus
  • 00:03:42 : la réception de Marc Bernard à l’hôtel de ville pour ses 80 ans
  • 00:05:30 : comment Alain Artus a découvert Pareil à des enfants
  • 00:10:04 : une enfance pauvre à Nîmes et le travail dès l’enfance
  • 00:12:33 : le départ pour Paris et le premier livre, Zigzag
  • 00:13:57 : Henri Barbusse et la revue Monde
  • 00:16:38 : un écrivain classique, maître de l’imparfait du subjonctif
  • 00:18:28 : le romancier du petit peuple de Nîmes
  • 00:21:29 : les critiques contre Mauriac et Giono
  • 00:30:55 : Au-delà de l’absence et la mélancolie
  • 00:32:55 : la rencontre avec Else Reichmann au Louvre
  • 00:35:32 : la vie à Nîmes sous l’Occupation
  • 00:39:25 : Pareil à des enfants et le prix Goncourt 1942
  • 00:41:24 : la rupture avec le régime de Vichy et la fuite vers le Limousin
  • 00:46:47 : la géographie nîmoise de Marc Bernard
  • 00:50:27 : la mort d’Else et le deuil
  • 00:53:09 : vers une spiritualité
  • 00:56:26 : ce qu’il reste de Marc Bernard

FAQ

Qui était Marc Bernard ?

Marc Bernard est un écrivain né à Nîmes en 1900 et mort à Nîmes en 1983. Enfant ouvrier après une enfance très pauvre, il devient critique littéraire à la revue Monde, publie chez Gallimard toute sa carrière et reçoit le prix Goncourt en 1942 pour Pareil à des enfants. Ses invités le décrivent comme le romancier du petit peuple de Nîmes.

De quoi parle Au-delà de l’absence de Marc Bernard ?

Au-delà de l’absence raconte la vie de Marc Bernard après la mort de sa femme Else en 1969. Selon les invités de l’émission, il y décrit comment il continue à vivre comme si elle était présente, et le chemin vers une forme de spiritualité. Les intervenants y voient une « écriture prière » et une lutte contre la mort.

Pourquoi Marc Bernard a-t-il reçu le prix Goncourt en 1942 ?

D’après Alain Artus, l’Académie Goncourt était divisée pendant l’Occupation. Le candidat prévu par un clan ayant refusé le prix, Léo Larguier a proposé Pareil à des enfants, récit d’une enfance pauvre à Nîmes, jugé acceptable dans le contexte. Le prix lui a rapporté un peu d’argent, limité par la pénurie de papier.

Où retrouver Marc Bernard à Nîmes ?

Michel Boissard décrit une géographie nîmoise de l’écrivain : les rues parcourues par ses personnages, le mas acheté près de la garrigue grâce au Goncourt et la plaque commémorative posée près de la gare, sur l’immeuble du docteur Paradis, où il est mort. Une promenade Marc Bernard est annoncée pour le printemps.

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