
Le 24 janvier 2026, place Saint-François à Nice, le Théâtre National de Nice fait comparaître Pierre Cauchon, l'évêque de Beauvais qui présida le procès de Jeanne d'Arc. Le public forme le jury. Deux chefs d'accusation : intelligence avec l'ennemi anglais et bourguignon pendant la guerre de Cent Ans, et violation du droit à un procès équitable. Face à un procureur qui manie les jeux de mots et les questions à la salle, la défense déroule six arguments tirés du droit canonique pour plaider l'acquittement. Sous la pluie, le jury tranche.
Un évêque de 655 ans à la barre
Chaque samedi matin, le Théâtre National de Nice transforme la place Saint-François en tribunal où le public juge un personnage. Le 24 janvier 2026, sous une pluie menaçante, c’est le tour de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et juge de Jeanne d’Arc, joué par un comédien qui se présente en arrivant « en direct de la basilique de Lisieux ». L’accusé raconte sa vie : né à Reims en 1371, fils d’orfèvre, étudiant en théologie, proche du roi Charles VI puis rallié à Jean sans Peur et aux Bourguignons, alliés des Anglais. Il soutient avoir mené le procès de Jeanne d’Arc « le plus équitablement possible » et tenté de la sauver en obtenant son abjuration. Le procureur l’interroge sur sa fidélité au royaume, et les spectateurs s’en mêlent, de la place des femmes à la cuisine anglaise.
Le procureur requiert que l’évêque fasse la quête pieds nus, chaque jour, sur les galets de la promenade des Anglais.
Six arguments pour un acquittement
L’avocat de la défense rappelle qu’un juge ne peut être mis en cause qu’en cas de déni de justice ou de faute lourde, et reproche au procureur de juger Pierre Cauchon selon les règles d’aujourd’hui. Il invoque le droit canonique de l’époque, pour lequel quiconque prétend parler au nom de Dieu sans se soumettre à l’Église s’expose à l’accusation d’hérésie. Il cite une lettre du 24 novembre 1430 où l’Université de Paris reproche à l’évêque son manque de zèle, souligne que l’acte d’accusation a été réduit de 70 à 12 articles, que l’accusateur était un autre que lui, et que la torture n’a jamais été pratiquée. Jeanne d’Arc, conclut-il, a été jugée hérétique relapse après avoir repris l’habit d’homme, et le bûcher relevait des Anglais. Le drame, dit-il, est celui de « deux fidélités irréconciliables ».
Après un Notre Père récité par l’accusé, le public vote : Pierre Cauchon est condamné.
Les références de l’épisode
- Théâtre National de Nice : organisateur des procès du samedi matin, place Saint-François.
- Jeanne d’Arc : jugée et condamnée au bûcher lors du procès présidé par Pierre Cauchon.
- Guerre de Cent Ans : contexte du premier chef d’accusation, l’alliance avec les Anglais et les Bourguignons.
- Charles VI : roi de France dont l’accusé fut le conseiller, présenté comme fou.
- Jean sans Peur : prince bourguignon dont l’accusé prit le parti.
- Article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme : droit au procès équitable, fondement du second chef d’accusation.
- Gratien et Thomas d’Aquin : auteurs de la doctrine canonique invoqués par la défense.
- Promenade des Anglais : lieu de la pénitence requise par le procureur.
Au fil de l’épisode
- 00:00:47 : ouverture du procès et énoncé des deux chefs d’accusation
- 00:02:30 : Pierre Cauchon se présente et raconte sa vie, de Reims à l’évêché de Beauvais
- 00:06:16 : sa version du procès de Jeanne d’Arc et de l’abjuration
- 00:08:53 : réquisitoire d’ouverture du procureur, place Saint-François
- 00:11:37 : premier chef d’accusation, l’intelligence avec l’ennemi
- 00:14:57 : questions au public sur ce que représente la France
- 00:21:12 : échange avec une spectatrice sur la cuisine anglaise et française
- 00:23:24 : second chef d’accusation, la violation du droit à un procès équitable
- 00:25:26 : le refus d’un avocat pour Jeanne d’Arc et l’abjuration signée d’une croix
- 00:27:36 : un spectateur interroge l’accusé sur l’Inquisition et la place des femmes
- 00:31:22 : les conditions de détention de Jeanne d’Arc dans une prison anglaise
- 00:33:33 : réquisitions du procureur
- 00:34:23 : plaidoirie de la défense en six arguments
- 00:47:52 : derniers mots de l’accusé et Notre Père
- 00:48:51 : vote du public et condamnation de Pierre Cauchon
- 00:49:53 : annonce des spectacles de la semaine suivante
FAQ
Qui était Pierre Cauchon selon ce procès ?
Dans le récit qu’il fait de lui-même, Pierre Cauchon est né à Reims en 1371, fils d’un orfèvre, formé en théologie, conseiller du roi Charles VI puis rallié aux Bourguignons de Jean sans Peur. Nommé évêque de Beauvais, il a présidé le procès de Jeanne d’Arc à Rouen, un procès qu’il affirme avoir conduit selon les règles de son temps.
De quoi l’évêque Cauchon est-il accusé à Nice ?
Le procureur lui reproche deux faits : l’intelligence avec l’ennemi, en l’occurrence les Anglais et les Bourguignons pendant la guerre de Cent Ans, et la violation du droit à un procès équitable dans le procès de Jeanne d’Arc, en référence à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Comment la défense justifie-t-elle le procès de Jeanne d’Arc ?
L’avocat soutient que Pierre Cauchon appliquait le droit canonique de son époque, que la compétence lui a été confiée par le chapitre de Rouen, que l’accusation a été réduite de 70 à 12 articles pour ménager l’accusée, que la torture a été refusée et que la sentence du bûcher relevait des Anglais, non de l’Église.
Quel a été le verdict du public ?
Après les derniers mots de l’accusé, qui fait réciter le Notre Père à l’assistance, le public vote à main levée sur la place Saint-François. La majorité juge Pierre Cauchon coupable, malgré la plaidoirie de la défense qui demandait son acquittement sur l’ensemble des chefs d’accusation.
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